Parution : 25 mai 2016
PCF : Les enjeux d’un congrès

Le 37e congrès du Parti communiste français qui se tiendra du 2 au 5 juin 2016 à Aubervilliers sera décisif non seulement pour l’avenir de la presque centenaire organisation, mais aussi pour les classes populaires et moyennes confrontées à une régression sans précédent des droits salariaux et sociaux

Depuis les débuts du quinquennat de François Hollande, la réforme des retraites, le Pacte de responsabilité, la loi Macron, la loi « travail », la liquidation de grands sites industriels, la poursuite du démantèlement des services publics, semblent suivre une feuille de route visant à transférer le plus d’argent possible du travail, du salaire socialisé, vers les profits capitalistes. Ces orientations d’un gouvernement issu de l’ex- maison commune socialiste sont dans la logique de la métamorphose du PS, débutée depuis 1983 et qui atteint ce point ultime où s’impose l’évidente et cruelle vérité corroborant l’analyse marxienne trop précipitamment enterrée : la bourgeoisie capitaliste, à ne pas confondre avec les patrons de PME, mais la mondialisée, celle qui préside aux destinées des banques, celle qui règne sur les Bourses, celle qui spécule sur les prix des céréales , sur les cours du pétrole et des sources d’énergie, cette classe qui n’a d’autre maître que l’Argent, ne peut exister sans « révolutionner toujours plus avant les instruments de production, donc les rapports de production, donc l’ensemble des rapports sociaux… Le bouleversement continuel de la production l’ébranlement ininterrompu de toutes les catégories sociales, l’insécurité et le mouvement éternels distinguent l’époque bourgeoise de toutes celles qui l’ont précédée…

Tout ce qu’il y avait d’établi et d’assuré part en fumée, tout ce qu’il y avait de sacré est profané… Talonnée par le besoin de débouchés toujours plus étendus pour ses produits, la bourgeoisie gagne la terre entière. Il lui faut se nicher partout, s’installer partout, créer partout des relations »1. Parce qu’il est progressiste et révolutionne tout, le capitalisme libéral s’est mêlé de politique, liquidant la vieille droite conservatrice et la social démocratie républicaine au profit d’un large camp démocrate auquel il était nécessaire d’adjoindre une indispensable aile gauche ralliée à l’économie de marché mais suffisamment moderne pour profaner avec allégresse le tabernacle sacré de la République sociale du prolétariat tout en apparaissant comme la gauche innovante du « Mariage pour tous », du « Paris plage », des joyeuses gambades sexuelles présidentielles. La rupture idéologique et pratique avec la vieille maison « Section Française de l’Internationale socialiste » (SFIO) étant achevée, le vide d’image propre à abuser le candide « peuple de gauche », inquiète soudain les cercles « démocrates » de la politique spectacle. Les « thing- tank » s’agitent alors afin de multiplier les leurres pour militants déboussolés : primaires des gauches, médiatisation de personnalités « alternatives » qui, après avoir cautionné toutes les réformes antisociales du Président Hollande et de ses deux gouvernements, s’inquiètent soudain au sujet d’une absurde et inefficace « déchéance de nationalité » des auteurs d’attentats terroristes. Cette agitation proposée par de médiocres prestidigitateurs semblait fasciner quelques dirigeants du PCF qui se prirent à rêver d’une recomposition « de gauche » ressemblant à la reconstitution d’une social-démocratie de substitution. La forte mobilisation contre la « Loi travail », la radicalisation ouvrière sur les grands sites industriels délocalisés et victimes du dumping social, fit soudain comprendre à bien des observateurs éberlués, que le peuple était de retour et qu’il était très, très, en colère !

Les temps étaient durs et les idées molles. Le Front national, autre imposture ou leurre électoraliste, fit son beurre sur l’effacement du rôle tribunicien du PCF et de la capacité de ce dernier à représenter les intérêts populaires. Le parti de la famille Le Pen assumant son rôle de récupérateur de colères et de frustrations sociales, navigua allégrement sur le vide idéologique laissé, après l’effondrement de l’URSS. Sur les décombres de celle-ci, les nouveaux maîtres à penser du libéralisme triomphant n’eurent de cesse de répéter qu’il n’y avait là rien à voir, seulement l’horreur du goulag. Cette lecture unique de l’Histoire ne trouva à gauche que peu de contradicteurs : ainsi furent oubliés, Marx et Engels, les combattants de la Commune, le long cortège des dirigeants et théoriciens, inspirés et féconds d’un marxisme critique du centralisme léniniste et dressé contre le tsarisme continué et repeint de rouge de Staline : Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Antonio Gramsci, Karl Kautsch, Georg Lukacs,Ernst Bloch, et en France, le courant socialiste révolutionnaire antérieur à l’avènement de l’URSS et représenté par la primitive CGT de Victor Griffuelhes qui préconisait le recours à la grève générale conçue non pas comme une simple cessation du travail mais comme la prise de possession de l’outillage social, c’est-à-dire l’expropriation de la classe capitaliste et la réorganisation de la production et de la circulation des produits par les syndicats, les Bourses du travail devenant les lieux assurant la circulation des produits nécessaires à la vie des populations. L’ouvrier cordonnier, Victor Griffuelhés, soutenait que « le mouvement naîtra des circonstances, d’une mentalité ouvrière élevée, à la hauteur des événements… »2 . Un enseignement à ne pas négliger en ces jours où la formidable offensive antisociale déclenchée en Europe dans le cadre de la financiarisation de l’économie mondiale, trouve en France, notamment, et en Espagne, l’émergence d’une radicalité portée par de jeunes diplômés précarisés ainsi que par des salariés sacrifiés dans le cadre d’une entreprise générale visant à baisser le coût du travail au profit d’ intérêts financiers d’une minorité d’actionnaires et de managers. Les événements sont là, inscrits dans une phase historique débutée par le coup d’Etat au Chili le 11 septembre 1973, ouvrant ce pays à l’expérimentation ultra libérale de l’Etat minimum théorisé par les Chicago boy’s. La même année 1973, le gouvernement français renonçant aux prérogatives économiques de l’Etat, décide d’emprunter auprès des banques privées, dotant ainsi le Capital de l’arme de destruction massive de la dette publique, prétexte en or pour soumettre les biens et services publics aux lois du marché. Cette entreprise progressive, débutée voici plus de quarante ans, puis accélérée en 2008, entre dans une phase cynique et violente qui bouleverse les équilibres économiques, sociaux, humains, psychologiques, jadis établis en Occident dans le cadre de rapports de force, pour opposer des limites et un cadre législatif, aux turbulences de l’économie de marché. La déréglementation devient la norme des réformes dites structurelles et ce processus présente un coût humain de plus en plus insupportable avec l’extension de la précarité sociale affectant à présent une classe moyenne salariée jusque là à l’abri des aléas économiques.Cette souffrance généralisée, au cœur du monde du travail, dans les sociétés occidentales, résultant notamment de pratiques managériales visant à casser du personnel à moindre coût, exacerbe les colères et donc la lutte des classes. La résurgence de celle-ci ne peut qu’orienter différemment l’activité syndicale mais aussi celle des partis politiques issus du mouvement ouvrier socialiste et communiste censés accompagner la volonté populaire vers le contrôle et la réappropriation des moyens de production.
La collaboration active de la gauche dite de gouvernement avec le redéploiement structurel du Capitalisme moderne crée les conditions d’une remise en cause profonde des modèles politiques issus de la social-démocratie et, par contrecoup, impose au Parti communiste français de se positionner vis à vis de son identité et de son rôle au sein de la société.

Le PCF ébranlé depuis plus de trente ans, par le discrédit lié au modèle dit improprement « soviétique », pensa, en se social-démocratisant, reconquérir son audience perdue : échec. Cependant, au sein du parti, demeure un « patrimoine » culturel, un héritage historique dont se sont emparés nombre de militants. Ces derniers confrontés aux nouvelles réalités sociales par le biais de leur engagement syndical ou associatif, estiment que la classe ouvrière, certes affaiblie par la casse industrielle, est animée par une profonde colère à laquelle il est essentiel de proposer des débouchés politiques révolutionnaires capables de dépasser la domination capitaliste.

Le PCF à la croisée des chemins

En vue de la préparation du 37ème congrès du PCF, quatre textes alternatifs et collectifs proposés au vote des adhérents et issus de la base militante préconisent un retour aux fondamentaux du communisme. Une franche rupture avec la social- démocratie et avec les institutions européennes compromises dans l’élaboration des politiques libérales est exprimée essentiellement dans deux contributions à fortes connotations marxistes arrivées en tête dans les fédérations du Pas de Calais, du Nord et des Ardennes, c’est-à-dire sur la plupart des grands sites industriels frappés par les restructurations et les délocalisations. Le texte proposé par le Conseil national comme base commune obtient une faible majorité (51,20%). La volonté exprimée par le Conseil national du PCF d’aider à constituer un front populaire et citoyen unissant les forces mobilisées contre la loi travail en vue des présidentielles et des législatives de 2017 recueille une certaine méfiance parmi des militants craignant une récupération du mouvement par des personnalité qui viseraient la reconduction d’un gouvernement néo-social-libéral, après avoir manifesté une opposition de façade à la loi travail : il est vrai que l’attitude des frondeurs du PS ne « parvenant pas » à mobiliser l’ensemble des voix des parlementaires censés appartenir à la gauche du parti, laisse perplexes bien des observateurs. L’initiative gaullienne de Jean-Luc Mélenchon inscrite dans le cadre de la Vème République qui favorise le charisme d’un personnage en phase avec l’histoire et avec les préoccupations d’une majorité populaire ne laisse pas indifférents des militants au sein du parti. Cependant la force du mouvement social actuel pourrait être une chance historique afin que le PCF retrouve son rôle révolutionnaire consistant à déployer les moyens militants du parti pour faire réussir la bataille contre la loi travail, contre la casse industrielle, pour le développement des services publics et permettre l’ émergence, comme sujet politique, des couches populaires ce qui serait un avantage sur une classe politique qui a perdu ces dernières depuis longtemps…

- Dans la rubrique: SOCIÉTÉ
Guy Caunègre
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