Parution : 13 juin 2016
Credo

J’ai récemment relu les paroles du Credo, aussi bien dans sa version du Symbole des Apôtres, que dans celle de Nicée-Constantinople, et j’ai été frappé que n’y figure en aucune façon ce que Jésus a enseigné durant sa vie. On n’y mentionne que sa naissance, sa passion, sa mort, sa résurrection, et l’attente de son retour futur. Mais sur tout ce qu’il a pu dire pendant son magistère, même réduit à trois ans, il y a un silence complet, que je trouve bien singulier.

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Y réfléchissant, je pense que c’est tout simplement la construction paulinienne qui sous-tend le Credo, et Paul n’était pas intéressé par l’enseignement de Jésus, qu’il ne cite pratiquement jamais. Il a construit un scénario du sacrifice rédempteur du Messie, emprunté pour une partie au chapitre 53 d’Isaïe sur le « Serviteur souffrant », qu’il a interprété à sa manière, bien différente de celle des juifs, et en partie aux cultes à mystères païens très répandus à l’époque, où un dieu meurt et ressuscite pour le salut de ses fidèles. Cette construction est à la base du christianisme majoritaire, dont Paul est le créateur, et c’est naturellement qu’elle se retrouve dans le Credo.
Je trouve dommage qu’elle puisse faire oublier ce qu’a pu être l’enseignement même de Jésus. Certes je comprends bien qu’elle puisse émouvoir profondément les foules. Mais enfin Jésus s’y trouve en quelque façon instrumentalisé, jusqu’à sa divinisation même, dont on peut juger qu’il n’eût pas voulu. Ainsi le Fils de Dieu est-il devenu Dieu le Fils, et notre Enseigneur, Notre Seigneur. Quant au storytelling paulinien, il nous touche beaucoup certes, mais ne nous éclaire pas beaucoup sur la façon dont nous devons vivre dès ici-bas. Et pire, il peut mener, par l’imitation qu’il peut nous proposer, à faire une croix sur notre vie même.
Bref, je préfère quant à moi le Christ enseignant qui nous sauve, au Christ qui nous sauve en saignant. Il me semble que l’accès à Jésus se fait mieux par ses paroles, que par une construction mythologique, si touchante soit-elle. Un homme se connaît par ce qu’il a dit, plutôt que par ce qu’on nous a dit qu’il était : « Ses disciples lui disaient donc : ‘Qui es-tu ?’ Jésus leur dit : ‘Absolument ce que je vous dis’. » (Jean 8/25) – « Par les choses que je vous dis, ne savez-vous pas qui je suis ? » (Évangile selon Thomas, logion 43).

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Bonjour cher MT. 17 juin 2016 12:14, par Agnès GOUINGUENET

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Le Credo catholique est l’affirmation d’une foi particulière, se distinguant fermement des autres croyances du moment.
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Il faut remettre sa conception dans le contexte historique de lutte contre les dites "hérésies".
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De ce fait, le Christ y est bien mis à sa place dans la Trinité, et dans la communauté de tous ceux qui y croient.
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Ne pas oublier qu’avec la croix, le Christ "sauve" les humains du Mal (les souffrances intrinsèques, endogènes, que les humains se font entre eux), mais pas du Malheur (les souffrances extrinsèques, exogènes, que tous les humains subissent, sans exception : maladies incurables, cataclysmes naturels ...).
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Les premiers chrétiens étaient des insoumis. Ce n’est qu’avec Constantin Ier que les scribes chrétiens purent dominer les analphabètes. Les inventeurs de l’écriture, qui mutèrent la Pré-histoire en Histoire, connaissaient depuis longtemps la puissance de la pensée, transmissible au-delà de la mort de ceux qui écrivaient, grâce à la lecture. Concernant l’Art, c’est différent puisqu’il y a Lascaux ... A mon avis, si Dieu existe, Il se manifeste là, bien avant l’écriture ... :)
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Joli vendredi.
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AG à MT.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Credo 14 juin 2016 23:23, par Françoise

Bonsoir Michel

Le credo est une prière de soumission au clergé catholique romain plus qu’une démarche d’attachement à Dieu. Personnellement, si j’ai envie de manifester mon attachement à Dieu dans la prière, je ne récite pas. Mais je lui parle avec mon coeur. C’est tellement plus relationnel et affectueux...
Si vous observez bien, on passe du "je crois en Dieu" à en fin de credo, "je crois en l’Eglise, une, catholique et apostolique", c’est à dire en gros je crois à la domination cléricale de cette religion précisément. Ce qui est un glissement particulièrement éclairant sur l’objectif réel de cette récitation.
Quand vous pensez que des générations de croyants ont récité cette prière sans oser s’interroger ni manifester d’interrogations quant aux buts réels du texte, ça fait un peu mal au coeur. Mais on peut se réjouir d’une certaine prise de conscience, toute récente de l’aspect abusif et manipulateur de certaines prières.

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