Parution : 11 juillet 2016
Choix

Il est essentiellement tragique, car il suppose une élimination : de tout ce qui précisément n’est pas choisi. Toute détermination, disait Spinoza, est une négation. Et Gide a dit la même chose dans ses Nourritures terrestres : « Choisir m’apparaissait non tant élire, que refuser ce que je n’élisais pas. » Cette situation, liée à l’exercice même de notre liberté, ou de ce qu’on s’imagine être liberté, est éminemment problématique, ce qu’on peut voir dans l’expression, prise en son sens fort, de « l’embarras du choix ».

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En pied de l'article.

C’est à quoi j’ai repensé en voyant le dernier beau film de Woody Allen Café Society. L’héroïne aime deux hommes, l’oncle et le neveu, hésite entre eux, puis épouse le premier qui a déjà, à la différence du second, une situation sociale rassurante. Mais ce choix fait deux malheureux, à la fois celle qui le fait et celui qui en est la victime, même si ce dernier parvient lui aussi à faire un mariage brillant et à réussir socialement. Car ils ne cessent et ne cesseront de s’aimer jusqu’à la fin, qui est extrêmement pathétique, chacun rêvant en secret à l’autre. « Les rêves ne sont que des rêves », dit l’héroïne, et là j’ai pensé à ce que dit Calderon dans La Vie est un songe : « Et les songes ne sont que des songes ». Le film est donc une double éducation sentimentale, qui s’achève dans un double échec et une double résignation, justifiant ce que dit un personnage : « La vie est une comédie écrite par un auteur sadique ».
Plus nous choisissons dans la vie, plus nous refoulons, et plus l’ombre qui nous habite et nous suit, pour reprendre un terme essentiel de C-G. Jung, s’opacifie, se densifie. Elle se nourrit de tous nos refus, c’est la part non choisie de tous nos choix. Et à la fin elle nous engloutit : nous devenons la proie pour l’ombre. Nous pouvons fonctionner mécaniquement à l’extérieur, mais à l’intérieur de nous s’installe et réside un profond sentiment de néant. Le thème n’est évidemment pas nouveau, mais c’est le mérite essentiel de ce film de nous l’avoir rappelé.

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Merci MT ... 12 juillet 2016 22:03, par Agnès GOUINGUENET

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Car votre billet m’a fait lire cela ...
http://www.philoflo.fr/resources/L$27ind$C3$A9cision.pdf
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Le choix est indissociable de l’acte de vie.
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Pas certaine que nous soyons libres de nos amours. Et je ne parle pas d’hormones.
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Quant aux deux amours, je crois que c’est un refus autolytique inconscient du bien-être personnel dans une société monogame. Dans une société polygame (polygynie, polyandrie), où est le problème ? Pas besoin de choisir ; on prend les deux :)
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Jules et Jim. Stéphane Hessel.
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J’espère que vous ne prenez pas de vacances goliasardes ! Quelques rediffusions ?
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Joli soleil.
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Agnès G.
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N.B. Fierté familiale. Une petite-fille d’une cousine germaine de feu papa vient d’être reçue cacique à l’agrégation d’Economie à 22 ans. Olé ! Remarquez, son grand-père fut major à l’agrégation d’Anglais. Elle n’avait donc pas le choix ... :)

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Choix 12 juillet 2016 00:08, par Françoise

Choisir, c’est renoncer.
C’est l’apprentissage que nous faisons très tôt dans la vie, Michel. A partir de là, tout dépend de ce qui importe réellement à nos yeux. Il est des renoncements qui sont plus faciles à faire que d’autres.

Sur le plan sentimental, vous avez deux autres films poignants qui traitent du même thème :

- Sur la route de Madison de et avec Clint Eastwood. Avec cette fameuse scène du choix :

https://www.youtube.com/watch?v=jAqyy-OJrec

- Je l’aimais de Zabou Breitmann, d’après le roman d’Anna Gavalda.

https://www.youtube.com/watch?v=ndbrtc75aQo

https://www.youtube.com/watch?v=XJUcVkmcTds

https://www.youtube.com/watch?v=LVvQd4F_QzQ

Dans ces histoires, l’un des deux amoureux fait le choix pour les deux, ou plutôt impose son choix à l’autre et ne fait que le regretter par la suite. C’est vrai dans les deux films mais aussi dans la vie.

Celui des deux qui subit le choix de l’autre le vit très mal quelques années, mais finit par se reconstruire.
Sans jamais oublier. Mais sans nostalgie ni regret, non plus.

Ce qui n’est pas le cas de l’initiateur ou l’initiatrice du choix.

C’est le phénomène inverse qui se produit : le choix est vécu au départ comme la seule voie possible, la plus pragmatique, la plus raisonnable, la moins douloureuse, la plus évidente.
Mais au fil du temps, le choix qui avait paru si bon n’est plus un choix, mais seulement un renoncement. Un renoncement qui pèse de plus en plus lourd jusqu’au non-sens. L’amour perdu, déchu par ce choix, va hanter la personne jusqu’à la fin de sa vie. Avec un lot de regrets et de gâchis de plus en plus envahissant.

Le personnage joué par Auteuil dans "Je l’aimais" parle de mort intérieure. Et c’est très vrai. Mais c’est peut-être aussi cette mort intérieure qui permet au personnage joué par Auteuil de conscientiser le prix de l’amour et de la vie. Et de comprendre le choix amoureux de son fils, comme de rassurer sa belle-fille pour la ramener vers la vie et l’amour.

Allez, une petite chanson pour conclure ce propos sans donner dans le tristement définitif : le carnet de tickets d’Anne Sylvestre :

https://www.youtube.com/watch?v=FPM1r9Nt7aQ

Bon été, Michel !

Amicalement
Françoise

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