Parution : 26 septembre 2016
Histoire des vocations ou Histoire des « retours » ?

L’Histoire des vocations religieuses et sacerdotales, par les autorités catholiques minimise ou occulte le phénomène des retours à la vie civile, jusqu’à considérer ceux-ci comme des « déchets »… Ce mot sans doute moins verbalisé aujourd’hui fut pourtant d’un usage courant y compris dans les années 70 et 80 du siècle dernier.

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Le but de la présente recherche est d’extérioriser la question taboue des retours à la vie ordinaire après un début ou un temps plus ou moins long de vie religieuse ou presbytérale. Les données chiffrées (France, sauf exception) allant de 1789 à 2010, seront séquencées sous forme de Travaux pratiques (TP). Le phénomène des « vocations » du monde catholique étant analysé sous l’angle des adhésions ou des refus qu’il a pu susciter tant de la part des individus, que des familles et de la société en général.

Le TP N°1, prend en compte les chiffres de 1789, et ceux 1809 pour vérifier la réalité des « retours » (en l’occurrence ici) à la vie religieuse après la période révolutionnaire. Comme pour chacun des travaux pratiques à venir, les réactions des internautes seront précieuses pour infirmer ou confirmer les épisodes de cette Histoire des vocations de 1789 à 2010 :





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Histoire des vocations ou Histoire des « retours » ? 3 décembre 2016 19:24, par Outrillo

Pour m’en faciliter la lecture et la conservation, serait-il possible d’avoir votre très intéressant TP n°01 dans un unique PDF ? Je vous en remercie.

Voir en ligne : http://golias-news.fr/article6465.html

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J’ai connu autrefois un prêtre en difficulté qui me disait
"Moi, je voulais être instituteur. Mais le curé de ma paroisse a dit à mes parents que l’Ecole Normale était un lieu de perdition. C’est pour cela que je suis rentré au séminaire ..."

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Histoire des vocations ou Histoire des « retours » ? 1er octobre 2016 21:01, par Bernard

Je recommande vivement la lecture, sur un sujet connexe, du résumé de la thèse de Gwenaël Murphy, publié en 2005 sous le titre (discutable)"les religieuses dans la révolution française". L’auteur étudie tous les parcours qu’il a pu retrouver des religieuses du diocèse de Poitiers et les résultats sont souvent inattendus et toujours passionnants.

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Histoire des vocations ou Histoire des « retours » ? 1er octobre 2016 13:37, par professeur Tournesol

Très intéressante étude, et intéressants commentaires, ça change des habituelles polémiques.
Concernant le clergé concordataire, il y a en effet un biais statistique. A cette époque il y avait aussi des prêtres enseignants, des prêtres sans fonction paroissiale, non comptabilisés par le Ministère. Par ailleurs le nombre de paroisses et de curé officiels avaient été très limités par le Premier Consul, mais cela n’empêchait pas les évêques de quadriller davantage le terrain, en nommant un prêtre dans une ex-paroisse. Dans l’idéal il faudrait juxtaposer les sources du Ministère et les archives diocésaines.

Concernant les "vocations", il ne suffit pas de se croire appelé au sacerdoce ou a la vie religieuse, il faut aussi être appelé par l’Eglise. Souvent les vocations naissent parce qu’un prêtre ou quelqu’un suggérera à un jeune "as tu pensé que tu pourrais être prêtre/frère/etc ?". Enfin il ne suffit pas de vouloir devenir prêtre pour être accepté au séminaire puis à l’ordination, il faut être accepté par les autorités du séminaire et par l’évêque. On peut remarquer que pour le diaconat ce sont rarement des hommes qui proposent spontanément leur candidature, mais que c’est l’Eglise qui fait appel à eux. N’est ce pas d’ailleurs présomptueux de se dire "appelé par Dieu" ?

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Histoire des vocations ou Histoire des « retours » ? 1er octobre 2016 09:19, par marie ch

Je suis étonnée que dans nos communautés de base ,je n’ai jamais entendu ni prêtres,ni religieux,ni laïcs témoigner de leur conversion.Or la conversion donne un désir fort de partager avec d’autres.
Chaque personne baptisé dans l’enfance doit chercher Dieu et se convertir.C’est un choix personnel.
En général le témoignage personnel n’est pas encouragé surtout s’il dérange.

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Histoire des vocations ou Histoire des « retours » ? 29 septembre 2016 19:13, par Jacques HULOTTE

Intéressante étude. Il n’est pas question de nier qu’un certain nombre de prêtres et de religieux qui ont quitté le ministère durant la Révolution n’y sont jamais revenus parce qu’ils préféraient la vie laïque. Mais il y a un gros "biais statistique" dans les tableaux présentés à savoir le nombre de prêtres et de religieux qui se sont exilés dans des pays tiers, surtout au Royaume-Uni et aux Etats-Unis où ils ont en fait créé (surtout aux Etats-Unis) ou recréé (surtout au Royaume-Uni) ou renforcé l’Eglise catholique locale, ainsi qu’en Amérique du Sud. L’histoire de l’Eglise catholique nord-américaine en particulier décolle durant la période de la révolution française à cause des centaines de prêtres venus de France qui s’y sont installés et y sont restés. Le renouveau catholique en Angleterre (qui aboutira au mouvement d’Oxford dans les années 1830) ne peut pas s’expliquer sans l’implantation dans ce pays de centaines de prêtres catholiques qui y furent généreusement accueillis par les autorités britanniques (qui y voyaient aussi autant d’agents contre-révolutionnaires, mais passons). Ces prêtres changèrent largement la vision des élites anglaises sur le catholicisme (les lois anti-catholiques du XVIème siècle furent d’ailleurs révoquées en 1829 largement à cause de cela). Or dans les tableaux qui sont affichés on ne voit pas trace de ces prêtres. Juste pour donner une indication bibliographique, je renvoie au numéro 17 de la revue "Histoire et missions chrétiennes" (mars 2011) consacré aux missionnaires français aux Etats-Unis à partir de 1791. Bien sûr il s’agissait surtout de prêtres partis relativement jeunes (entre 20 et 40 ans) et encore en âge de refaire leur vie outre-mer. Il s’agissait souvent de prêtres instruits, nombre d’entre eux deviendront évêques (par exemple Ambroise Maréchal, évêque de Baltimore ; Jean Dubois, évêque de New York ; Jean-Louis de Cheverus, ordonné en France en 1790, presque tout de suite exilé aux Etats-Unis où il deviendra évêque de Boston en 1808, mais il reviendra en 1822 en France comme archevêque de Bordeaux ;Louis Dubourg, qui sera évêque de la Nouvelle-Orléans et ne reviendra en France qu’en 1826 pour devenir évêque de Montauban. Je cite ces exemples pour souligner que certains retours se font non pas 20 mais trente voire quarante ans après 1789, en sorte que le travail statistique de Jean Doussal, pour intéressant qu’il soit me semble assez partiel. Autre biais statistique, recensé mais non évalué par l’étude : les statistiques du ministère des cultes ne prennent en compte que les prêtres appointés par ce ministère, or le nombre de postes était limité. Qu’on songe que le curé d’Ars, ordonné en 1815,n’a commencé à être appointé qu’en 1818 comme "desservant" d’Ars (qui n’était pas une cure du point de vue du ministère des cultes, même s’il en avait le titre canonique). Combien étaient ces prêtres "habitués ?" en Bretagne certainement plusieurs centaines puisqu’ils formaient la base des précepteurs des fils de bonne famille, desservaient la chapelle de leur château et par suite la population des hameaux environnants (il n’y avait de cures que dans les bourg importants de 2000 habitants ou plus).
Pour le reste, que durant les périodes de persécution il y ait une minorité de martyrs et une majorité de "lapsi" n’a rien qui doive surprendre : la sainteté a toujours été l’exception et le péché est toujours la règle et on observe la même chose dans toutes les périodes semblables d’histoire de l’Eglise. En fait, ce qui me surprend, c’est qu’il y ait autant de clercs, tant réguliers que séculiers, qui soient au bout de 20 ans, restés fidèles à leur vocation.

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Bonjour Monsieur DOUSSAL. 29 septembre 2016 08:58, par Agnès GOUINGUENET

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Bravo pour votre travail.
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En page 3, il y a un chiffre étonnant, c’est celui des 40-60 ans en 1848, soit 22866. Or, 18 ans plus tôt, en 1830, les 40-60 ans s’étaient effondrés à 5575. Cette explosion des 40-60 ans paraît surprenante.
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Votre article concerne l’histoire des vocations cléricales catholiques / retours au civil en France, et pendant une période ô combien troublée. Il est certain qu’à cette époque-là et en notre belle France, on risquait sa vie en étant clerc catholique. De ce fait, il est normal que beaucoup aient fui ce qui pouvait les tuer, à savoir leur "état".
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Elargissons un peu notre "espace-temps" ; n’oublions pas qu’en Europe et trois siècles avant, Martin Luther publiait ses 95 thèses (1517, quelques années après l’invention de l’imprimerie, qui permit à tout le monde de lire les textes sacrés, et donc de se faire "une idée" hors-dogme romain).
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Cette partie de l’histoire du christianisme européen n’est pas à négliger. Les vocations cléricales catholiques pouvaient alors être réelles, sincères, mais aussi immatures, excessives, contre-réformistes. D’où claque magistrale contre les clercs catholiques à la révolution française et au moment du concordat, qui libérait les autres cultes "ennemis du Pape", à savoir le culte israélite et le culte réformé.
https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9gime_concordataire_fran%C3%A7ais
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Une référence intéressante ...
http://www.persee.fr/doc/rbph_0035-0818_1946_num_25_3_1761_t1_0735_0000_2
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Et une précision ...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Latreille
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Actuellement, la question se pose de considérer si le mariage possible mais non obligé des clercs catholiques permettrait le renouveau des vocations cléricales catholiques.
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Il serait intéressant de recueillir le témoignage d’humain-e-s (vivant-e-s et identifié-e-s) qui ont choisi de ne pas honorer leur vocation religieuse ou sacerdotale catholique, parce que le célibat obligé les a fait fuir.
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La révolution scientifique a supprimé la Foi superficielle, mais pas la Foi sincère et solide.
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Nous sommes au présent, maintenant, et pas au passé, avant.
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De ce fait, il serait dommage de se priver de belles "Fois", tout simplement parce que les clercs catholiques veulent se démarquer des autres clercs, en étant les seuls à faire une croix sur une vie affective en couple épanouie. Cette attitude manque de vent du large.
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Ah j’oubliais ! Paul de Tarse trouvait l’esclavage à son goût. On ne trouve donc pas tout dans "le Texte".
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Pardon d’avoir été longue.
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Cordialement.
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Agnès G.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Histoire des vocations ou Histoire des « retours » ? 28 septembre 2016 10:47, par Françoise

Bonjour Jean Doussal

J’ai bien aimé vos tableaux statistiques qui démarrent un travail manifestement inexistant jusqu’à présent. C’est intéressant de voir l’évolution à travers le temps. Peut-être en y ajoutant en dessous les contextes socio-économiques, ça permettrait de comprendre encore mieux.

Toutefois, l’histoire des vocations est peut-être déjà un terme maladroit jusqu’au milieu du 20ème siècle : dans la mesure où une bonne partie des religieux, religieuses, prêtres ne choisissaient pas d’entrer en religion.

On a tendance à oublier qu’ils étaient placés (voire vendus) dès leur enfance (jusqu’à la Révolution) ou fin de leur adolescence (entre 1830 et 1920) par leurs familles, leur entourage, soit sous l’angle de la promotion sociale, de la préservation (d’une mauvaise influence, d’une vie considérée comme incompatible avec l’ordre moral, de la pauvreté), du placement forcé par le droit de correction paternelle pour les plus pauvres ou, soit sous l’angle de l’héritage et d’une tradition familiale de "don à Dieu".

Ces contextes majoritaires réglant l’accès aux professions religieuses, la notion de vocation réelle, sincère, a toujours été minoritaire. Pour autant, l’institution cléricale peine à assumer cet état de fait.

Autre raison qui amenèrent certains à entrer en religion : l’homosexualité qu’elle soit féminine ou masculine. Pendant longtemps, cette sexualité ayant été taboue et criminalisée, il était bien plus facile de la vivre librement au sein du clergé que dans la vie civile.

L’institution catholique était donc un refuge pour ces hommes et femmes. Leur offrant en plus une diversité de partenaires et en même temps un certain contrôle.

Enfin pour quelques individus particulièrement effrayés par l’idée de devoir s’assumer seuls à tous points de vue, appartenir à une communauté qui gère en grande partie les choses un peu pénibles, c’est extrêmement rassurant psychologiquement.

Je n’ai pas eu connaissance qu’un réel travail historique sur les raisons réelles de l’entrée en religion ait été fait. Les motivations (autres que spirituelles) n’ayant pas voie de cité, il devient difficile de recueillir des témoignages, même si certains religieux osent plus facilement aujourd’hui qu’hier, dévoiler l’origine de leur "vocation".

A partir de là, le retour à la vie civile s’explique plus facilement. D’autant plus après la seconde guerre mondiale et l’avènement de l’ordonnance de 1945, de la décolonisation, des manifestations pour plus de droits sociaux, pour une libération hors du corset moral.
Pourquoi l’Eglise institutionnelle via son clergé, échapperait-elle à cette volonté d’indépendance et de sortie d’emprise et de contrôle moral et social ?

Ce que l’institution religieuse n’admet pas, c’est que ses membres, hommes et femmes soient parcourus par les mêmes préoccupations, les mêmes désirs, les mêmes aspirations que n’importe quel autre citoyen du monde.

Les hauts clercs voulant à toute force définir le clergé comme une caste supérieure, ayant dépassé les contingences humaines classiques, ils ne comprennent pas que le bas clergé puisse éprouver l’envie de s’extraire hors du moule. Et que même la vocation librement choisie ne réponde pas toujours dans la durée aux aspirations complexes et contradictoires d’un être humain, si haut placé dans une hiérarchie communautaire soit-il.

Il faudrait donc que le clergé admette qu’elle n’est pas une caste supérieure. Que le célibat consacré n’est pas la résolution de toutes les questions, tous les problèmes, toutes les aspirations. Que même avec un certain pouvoir, on peut avoir envie d’autre chose à un moment donné...

Et que l’Eglise n’est plus (hormis pour les pays dits en voie de développement) une promotion sociale ni un placement considéré comme enviable pour la plupart des croyants.

Un gros travail, qui prendra du temps et sera complémentaire de vos statistiques si intéressantes.

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