Parution : 10 octobre 2016
Pastorale

Ses nécessités passent souvent avant la réflexion et l’examen personnels. C’est ce que je me suis dit après une discussion avec un prêtre de mes amis. Il a convenu bien volontiers avec moi que beaucoup de dogmes et enseignements de l’Église étaient caducs, mais il a ajouté qu’il était nécessaire de continuer à les défendre publiquement, pour des raisons précisément de pastorale, c’est-à-dire, en clair, pour ne pas choquer les fidèles en les déstabilisant par la remise en question de tout ce qui leur a été inculqué depuis leur enfance.
Cette opposition entre pastorale et recherche est classique. Ainsi il y a eu des papes pasteurs, comme Jean-Paul II, et des papes théologiens, hommes de cabinet, comme Benoît XVI. Les seconds ont moins d’aura, de charisme, que les premiers. Comme si la foule préférait toujours suivre par empathie celui qui les guide, que réfléchir sur ce qu’on lui dit de croire.

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La conversation avec mon ami m’a amené à deux conclusions. D’abord qu’il y a souvent un fossé énorme entre ce qui s’échange librement en privé, et ce qui se dit en public. Tel esprit est ouvert et se confie en toute liberté à ses amis, qui au contraire coram populo endossera un rôle et répètera un catéchisme. Ce n’est pas propre en monde chrétien au monde catholique : c’est vrai de toutes les confessions. C’est pourquoi j’ai pu parler à ce propos, y incluant les pasteurs protestants, de Schizophrénies religieuses (Golias Magazine, n°115).
En second lieu, je trouve bien dommage de continuer à admettre ce double langage. J’ai pensé à ce que dit le prêtre à K. à la fin du Procès de Kafka, à propos de la parabole de La Porte : « On n’est pas obligé de croire vrai tout ce qui est dit, il suffit qu’on le tienne pour nécessaire. » À quoi K. répond, de façon à mon avis fort pertinente : « Triste opinion… elle élèverait le mensonge à la hauteur d’une règle du monde. » Faut-il, pour garantir la pérennité d’une Institution, maintenir les ouailles, les petites brebis, dans l’aveuglement ? Je ne le pense pas.

 Voir aussi sur le même sujet mes articles : Peurs (Golias Magazine n°114) et Conseil (Golias Hebdo, n°421).

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Pastorale 14 octobre 2016 21:38, par FXM

Bonjour Michel,

Cette justification pastorale d’une adhésion sans faille et souvent littérale à toutes les croyances de l’église laisse très perplexe le baptisé catholique que je suis.

Par exemple les dogmes mariaux (de l’assomption, de l’immaculée conception, de la virginité) me semblent donner une forme de croyance bien directive et sans lien évident avec la vie quotidienne. Mon esprit cartésien est d’instinct rétif à ces dogmes. D’une part ces dogmes m’apparaissent plus du domaine mythologique à interpréter et réinterpréter personnellement et de façon variée, d’autre part je remarque qu’ils sont vus comme archaïques et hors propos pour une partie de nos semblables, ils sont à côté d’une société scientifique et technique : les modes de raisonnement actuels ne sont plus tout à fait les mêmes que dans un monde essentiellement rural.

Je n’ai rien contre cette partie des croyants qui s’appuie sur ces dogmes, la construction de la foi de chacun est en partie personnelle et fragile !

Cependant j’entends quelques coreligionnaires proclamer que la fidélité d’un catholique à sa foi se mesure à son adhésion résolue (et sans aucune critique) à ces dogmes, souvent d’ailleurs en même temps qu’à une société patriarcale, et à une opposition vindicative à toutes études sociologiques sur le genre ; ceux la ont tendance à me faire fuir ! leur discours est dans la surenchère permanente et leur projet politique autoritaire prend le masque de la religion.

Ainsi, paradoxalement, l’argument de "pastoral" pour défendre littéralement ces dogmes risque d’aboutir à éloigner l’église de certains fidèles.

Je remarque aussi un mal-aise certain autour de ces discussions. La "parole publique" et la "parole privée" ne sont pas les mêmes. Cela me fait penser aux discussions relatives aux décisions prises sous la contrainte d’une hiérarchie (d’une entreprise, d’une administration, etc.), sans contre-pouvoir, et quelquefois injustes.

Enfin les théologiens qui tentent de rapprocher ces dogmes de la vie contemporaine me semblent rares et inspirent souvent la méfiance de leur hiérarchie. La vigueur de l’église pour les prochaines générations passe partant par le sens donné par ces dogmes à leurs contemporains, pas par la nostalgie d’un passé idéalisé.

Pour conclure, que cela est loin de l’histoire de Jésus-Christ racontée par les Évangiles !

FXM

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