Parution : 14 octobre 2016
François a mauvais genre

Au terme d’un voyage dans le Caucase où il tint un discours de part en part réactionnaire sur le mariage auquel d’obscures forces mèneraient une « guerre mondiale », dans l’avion qui le ramenait à Rome le dimanche 2 octobre, François poursuivit ce récit en l’étendant à la « théorie du genre », un « endoctrinement » pratiqué paraît-il en France par le biais des manuels scolaires dans lesquels elle serait enseignée.

376 commentaires
En pied de l'article.

C’est finalement toujours en avion que les papes se crashent le mieux. Il y eut Benoît XVI et ses préservatifs qui accentuent le sida, il y aura désormais François et sa « théorie du genre » enseignée par l’Education nationale française. Le problème n’est pas tant qu’ils disent des bêtises – c’est humain –, c’est qu’ils y croient. En l’espèce, François reprend l’antienne de l’extrême-droite qui a construit de toute pièce cette « théorie du genre » face aux « études de genres » menées aux Etats-Unis. L’objectif de ces chercheurs était de montrer que « le sexe biologique ne
suffit pas à transformer un garçon en un homme et une fille en une femme ; ils estiment que les normes sociales contribuent à définir l’identité d’une personne d’un point de vue sociologique (…). Les chercheurs veulent montrer que les fonctions attribuées à chacun – par exemple le métier d’infirmière pour une femme et de mécanicien pour un homme – tout comme les valeurs – par exemple le fait d’être sensible pour une femme et d’être courageux pour un homme – ne sont pas des caractères héréditaires mais relèvent de constructions culturelles »1. Nous sommes
donc très loin de ce que prétendent le pape argentin et l’extrême-droite de l’Eglise. Ils sont en vérité contre cette définition que l’on trouve en effet dans certains manuels de Sciences et Vies de la Terre (SVT) : « L’identité sexuelle est le fait de se sentir totalement homme ou femme. Et ce n’est pas si simple que cela peut en avoir l’air ! (…). En effet, chacun apprend à devenir homme ou femme selon
son environnement, car on ne s’occupe pas d’un petit garçon comme d’une petite fille, on ne les habille pas de la même façon, on ne leur donne pas les mêmes jouets. » Ces Savonarole actuels considèrent, eux, que l’on enseigne la sexualité à l’école en ces termes : à chacun de choisir, il n’y a pas de norme, ce qui est faux et absurde. Néanmoins, François y croit puisqu’il poursuivit après sa sortie sur la
« théorie du genre » : « Une chose est qu’une personne ait cette tendance, cette option, et aussi qu’il change de sexe. Et c’est autre chose de faire l’enseignement dans les écoles sur cette ligne, pour changer la mentalité. C’est cela que j’appelle colonisation idéologique. » Des propos graves qui heurtèrent à raison les enseignants de SVT du public comme du privé.

Cette construction de la « théorie du genre » recèle au vrai une volonté plus ou moins affichée de remettre en selle l’image traditionnelle de la famille : le père – après sa journée de labeur – lit le journal dans son fauteuil (jadis, il aurait fumé la pipe, mais ce n’est plus très politiquement correct à présent) pendant que la mère – au foyer dans l’idéal – s’occupe du repas ou fait prendre le bain aux enfants. Derrière l’invention de la « théorie du genre », c’est l’émancipation de la femme qui est visée ; qu’elle puisse travailler, disposer de son corps comme bon lui semble et
exister par elle-même restent au travers de la gorge de François et de l’extrême-droite du Christ. Aux yeux de ces derniers, elle ne pourra jamais être l’égale de l’homme. Ces idées arriérées ont pourtant le vent en poupe ou, pour être plus exact, connaissent un nouvel essor un peu partout dans le monde : l’Amérique latine bascule à droite et les femmes continuent de s’y battre pour leurs droits ; les
Etats-Unis sont menacés par Donald Trump, lequel tient des propos sexistes, misogynes et nauséeux sur les femmes (son adversaire démocrate, une ancienne miss…) ; l’Europe vacille sous les coups de boutoir des nationalismes et des
extrémismes. En Pologne, les femmes durent descendre dans la rue pour défendre l’IVG. En France, depuis septembre dernier, le collectif d’extrême-droite « Vigi-Gender » diffuse auprès des écoles, des collèges et des lycées un manuel « anti-genre » quand la Fondation Jérôme-Lejeune distribue, elle, un « manuel bioéthique des jeunes » anti-IVG accumulant les contre-vérités scientifiques au sein des établissements de l’Education catholique ; dans le même temps à Toulouse, le vicaire général incite les curés à ne pas donner suite aux demandes de Ludovine de La Rochère, pasionaria de la Manif pour tous, laquelle souhaite « insérer dans nos bulletins paroissiaux, sites internet ou tous autres supports de communication de nos paroisses une annonce pour [sa] manifestation du 18 octobre prochain » tout en
admettant qu’« il peut être bon cependant de prévenir les assemblées d’initiatives venues des fidèles (distribution de tracts par exemple) se déroulant sur l’espace public à la sortie de nos lieux de culte »… François a raison de parler de « guerre mondiale » : elle est bel et bien menée par ses amis qui lui racontent des sornettes qu’il croit volontiers ; la « colonisation idéologique » est en effet en marche !
Dans ce contexte, nous ne pouvons qu’approuver la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, quand celle-ci – en réponse aux propos aériens
de François – apporta cette réponse : « Je vois qu’il aura été lui aussi victime de la campagne de désinformation massive conduite par les intégristes (…). Je conseille
au pape lors de l’un de ses prochains déplacements en France de venir à la rencontre d’enseignants de l’école française, de feuilleter lui-même ces manuels scolaires, ces programmes et de m’expliquer en quoi il y aurait une théorie du genre, qui n’existe pas par ailleurs, dans ces livres », déplorant une « parole pour le moins légère et infondée »2. Ce recadrage pourtant fondé subit les foudres des ténors Les Républicains, lesquels coursent le FN et Sens commun (issu de la Manif pour tous) : Nicolas Sarkozy, Christian Estrosi, Éric Ciotti, Hervé Mariton, François
Fillon… La parole du pape serait inattaquable : elle est d’Evangile. Ce qu’en dit ce dernier démontre de fait qu’il ne connaît pourtant pas grand-chose de ce sujet et que
plutôt que d’approfondir ces thèmes, il préfère en rester à la superficialité et à l’anachronisme (cf. Golias Magazine n° 170 à paraître). Cette polémique préfigure en tout cas d’une non-réforme s’agissant de la place des femmes dans l’Eglise quand bien même cette commission sur de possibles diaconesses et le souhait bergoglien d’une « théologie de la femme » (« comme les fraises dans un gâteau », si l’on se souvient de ce mot prononcé fin 2014), une théologie sur ces femmes si « intuit[ives] », si « sensib[les] ». Cette controverse prouve en tout cas qu’en matière d’égalité des droits homme-femme, le Vatican n’a rien à envier à l’Arabie
saoudite.

1. http://www.20minutes.fr/societe/1935251-20161003-propospape-
ecole-francaise-cherche-transformer-garcons-filles-fillesgarcons
2. https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20/linvite-
de-8h20-03-octobre-2016

376 commentaires
Pauvre François 18 octobre 2016 00:05, par Jacques Hulotte

François met ma foi catholique à l’épreuve. Je crois bien que s’il est pape, c’est que le Saint-Esprit a estimé qu’il devait l’être plutôt qu’un autre. Tout pape qu’il est, cela n’exclut pas qu’il dise des sottises, notamment quand il s’agit de l’ordre temporel où il ne dispose d’aucune assistance divine particulière. Tous les papes en ont dit : il n’ont la garantie du Ciel que contre l’erreur en matière de foi et de morale, ce qui laisse de la marge pour dire des sottises dans les autres domaines et c’est bien pour cela qu’autrefois ils avaient le bon sens de ne parler que rarement et solennellement ("quand il se tait, même le fou paraît sage" dit l’Ecriture). Mais là, le brave homme -car on sent bien qu’il est brave et ne ferait pas, de propos délibéré, de mal à qui que ce soit- pousse quand même un peu loin le bouchon. Le nombre d’âneries dont il peut nous gratifier, que ce soit sur les migrants, sur l’économie, sur l’écologie notamment, sur l’ordre temporel en général, a quelque chose de stupéfiant. Ca sent à plein nez cette suffisance latino de qui ne sait rien mais a des idées sur tout qu’il faut avoir vécu quelques années dans ce sous-continent américain pour pouvoir apprécier. Dans cette affaire de manuels scolaires et de théorie du genre, on voit mal, par exemple, à quoi exactement il faisait référence. Pour le reste, le gentil François, on ne voit pas à quoi il sert. Mais bon, son pontificat n’étant pas terminé, il reste à espérer que les raisons pour lesquelles le Bon Dieu l’a fait souverain pontife nous apparaîtront bientôt. Prions pour lui.

repondre message

François a mauvais genre 14 octobre 2016 23:03, par Françoise

Bonsoir Gino !

Si vous essayez de comprendre pourquoi F1 sort ce type de discours, remontez à qui est son directeur de la communication : Greg Burke. Et qui est ce monsieur Burke ? Je vous le donne en mille, un haut surnuméraire de l’Opus Dei.

Oh, comme c’est étrange, l’Opus Dei qui chapeaute la Fondation Lejeune, Alliance Vita, Genethique, l’ECLJ de Gregor Puppinck au plan européen, mais aussi Liberté Politique (ex Fondation de Service Politique), et pour les petits nouveaux, le fonds d’investissement Raise et l’association Objection.
Les mêmes qui lancent des OPA sur le Conseil de l’Ordre des Pharmaciens cet été via la présidente Mme Adenot.
Les mêmes qui envoient directement parfois (si l’évêque est pro OD) des manuels anti IVG à tous les collèges et lycées privés (c’est le cas dans notre département, j’ai eu la confirmation par une collègue prof d’histoire et un autre prof de math en collèges et lycées catholiques du département).

A quoi rime donc la sortie papale sur le genre ?
C’est un écran de fumée de communication. C’est à dire faire disparaître l’information qui les gêne en les désignant comme coupables, par une autre information pour déplacer le scandale sur une autre cible. Une technique de communication que fait régulièrement toute secte (la Scientologie par le passé a utilisé fréquemment cette astuce). Et c’est une technique que pratique l’OD, d’autant plus avec Greg Burke à sa tête !

Car que vient-il de se passer ?

La Fondation Lejeune et sa clique se sont faits épingler par la ministre Laurence Rossignol pour l’affaire des manuels anti-IVG dans les écoles privées. Et la défense fut assez laborieuse, partiellement mensongère puisque l’envoi direct est pratiqué, du moment que l’évêque du diocèse est idéologiquement proche de l’OD (ce qui est le cas sur notre département).

Alors hop, pour rebondir, il faut retourner l’affaire des manuels contre la cible, l’école. Et l’école publique bien sûr, l’Education Nationale. Et qui mieux que le pape peut faire le job ?
L’OD est très forte pour se dissimuler derrière des personnalités en apparence inattaquables.

Manque de bol, l’OD multipliant les attaques en France sur très peu de mois, commence un peu trop à montrer ses stratégies.

Quand le surnuméraire Joël Hautebert, déjà impliqué dans une pétition contre le mariage civil pour tous il y a quelques années, créée le pendant de l’association opusienne espagnole Objectivadores, à savoir Objection, la cible est le Conseil de l’Ordre des Pharmaciens et l’objectif est : obtenir une clause de conscience pour que désormais il soit quasi impossible pour femmes et hommes, adolescents de se procurer en pharmacie des médicaments et dispositifs contraceptifs.

Bien sûr, l’association opusienne Objection n’apparaît pas. Celle qui va au feu pour l’OD, c’est la présidente du Conseil de l’Ordre, Mme Adenot, en juillet dernier.

Ouf, un collectif majoritaire de pharmaciens proteste contre cette demande, ainsi que le Planning Familial et différentes associations féministes. Une pétition est même lancée qui rapporte plus de 10 000 signatures en à peine 48H. Et en plus, s’ensuit un rappel à l’ordre au Conseil de l’Ordre des Pharmaciens tant de Marisol Touraine que de Laurence Rossignol. Et les deux ont vu de leur fenêtre qui se dissimulait derrière, même si elles ne désignent pas directement les responsables...

Zut, ça n’a pas marché. L’OD ne peut rester sur un échec et a déjà un nouveau plan.
Inonder d’idées opusiennes les collèges et lycées cathos avec des manuels anti-IVG, sauf que là, difficile de se planquer seulement derrière des catéchistes et parents d’élèves militants anti-IVG, parce que manque de bol, y a des profs et des directions qui dénoncent l’envoi postal direct. Ben oui, faudrait un peu cesser de nous prendre pour des imbéciles...

Alors, re zut, encore une opération ratée, qui fait plus de bruit que l’affaire des pharmaciens (ben oui on est fin septembre alors que l’affaire pharmacie datait de début juillet) il faut masquer tout ça, occuper le terrain médiatique autrement et rapidement. Et l’outil de communication choisi sera F1. En se servant de son côté réac, l’OD va lui monter la tête. Et hop, le discours dans l’avion sur le genre est avancé.

Dans la série, méga entourloupe, l’OD se pose là.
Mais franchement, le coup de la marmotte qui met le chocolat dans le papier d’alu, Mr Greg Burke, je voudrais pas dire, mais c’est un peu du beaucoup déjà vu ! Faudra trouver autre chose ! En France, ce n’est pas comme en Espagne. Le peuple n’est pas à la botte de l’OD, les politiques et les médias non plus. Et nous savons identifier rapidement qui se cache derrière ce genre d’opération médiatique.

https://www.youtube.com/watch?v=_Qg3Rk-B09o

repondre message

Berboglio , quel Genre ? . 14 octobre 2016 21:05, par eliane

Ce serait un homme habillé d’une robe longue comme une femme...C’est quel genre cela ?. Que connait-il du mariage ?.Pour ma part au vu de son comportement je pense qu’il est du Genre " M’as tu vu "...

repondre message

Bonjour "Gino Hoel". 14 octobre 2016 12:45, par Agnès GOUINGUENET

- 
Il semble que le pape François ne soit pas un demeuré.
- 
Il existe des personnes femmes à l’aise dans leur genre féminin (ce n’est pas parce qu’une nénette conduit un tracteur qu’elle n’a pas envie de mettre une jolie nuisette pour plaire à sa moitié), des personnes hommes à l’aise dans leur genre masculin (ce n’est pas parce qu’un bonhomme fera la cuisine et le ménage à la maison qu’il ne participera pas au concours de force basque ; les exemples sont plus difficiles à trouver dans ce sens, car les femmes font tout désormais, à part docker manutentionnaire manuel !), et des gens mal à l’aise dans leur genre identitaire de naissance (garçon se sentant fille et fille se sentant garçon). C’est ainsi, et c’est probablement pluri-factoriel (à part le cas particulier des anciens "testicules féminisants", qui sont en fait des individus mâles, de génome sexuel XY, mais atteints du "Syndrome d’insensibilité aux androgènes" entraînant un phénotype féminin sans utérus, soit 1 naissance mâle sur 100 000).
- 
Il faut reconnaître qu’il n’est pas très facile de s’y retrouver dans le phénomène trans-genre, trans-sexualité, trans-identité ... Mais bon, on commence à y voir plus clair quand même.
- 
Il se peut que, dans l’exemple donné par le pape François (petit garçon disant à son papa qu’il veut devenir fille), le papa qui a raconté cette histoire au pape François ait un petit garçon transgenre.
- 
Ah La France et ses intellectuels !
https://fr.wikipedia.org/wiki/French_Theory
- 
Allez, la plupart des cisgenres savent qu’il existe des transgenres. Le pape François le sait parfaitement aussi, qui fait la différence dans son commentaire, ne faisant que préciser qu’il ne faut pas mettre dans la tête des cisgenres qu’ils pourraient devenir transgenres (à 3 ans, en général, c’est plié) :
« Une chose est qu’une personne ait cette tendance, cette option, et aussi qu’il change de sexe. Et c’est autre chose de faire l’enseignement dans les écoles sur cette ligne, pour changer la mentalité. C’est cela que j’appelle colonisation idéologique. »
- 
Remarquez, imaginez qu’une fille transgenre devenue garçon, décide d’entrer au séminaire catholique ! Bouddiou ... :)
- 
Cordialement.
- 
Agnès G.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

repondre message

François a mauvais genre 14 octobre 2016 09:52, par tai_gong_wang

Je connais bien ce lobbying qui est pratiqué chez moi par le renouveau charismatique, je refuse à chaque fois de prendre leur tract pour La Manif pour tous, je me suis même opposé personnellement à plusieurs reprises durant les assemblées paroissiales à cette opposition stérile au mariage gay.

Durant une assemblée paroissiale, j’ai même demandé à la paroisse de voir la souffrance des couples LGBT dans la paroisse, mais le terme homosexuel ne leur plaisait pas et ils préféraient le terme "homosensible", alors que ce terme ne désigne nullement l’homosexualité, mais la métrosexualité.

J’ai eu la surprise de savoir que des fidèles nous avaient dénoncé à notre prêtre, qui lui était heureux que nous étions "contestataires" (une expression mise avec beaucoup d’humour de sa part), mais pas eux sans doute. Doit-on être surpris ? Non, car quand on a demandé aux paroissiens de faire des efforts pour la quête, ils sont passés par les prêtres et ceux qui s’occupaient des dons pour St Vincent de Paul et le Secours catholique pour qu’on arrête en chantant sur le don pour les deux associations.

Cela donne une belle idée de ce que doit vivre un fidèle ouvert dans une paroisse où une minorité fait la loi.

Merci !

Voir en ligne : http://paroissiens-progressiste.ove...

repondre message

| © Le site officiel de GOLIAS pour les informations d’actualité 2009-2017 | Fait avec : SPIP et Thélia plugin thelia |

| Courriel à la Rédaction | RSS RSS | Adresses Postale et bancaire | Mentions légales | à propos de Golias |

article jeune