Parution : 17 novembre 2016
Le pape François devant le mur Trump

Sans doute le pape François ne fut-il pas surpris par les résultats des élections américaines : il les redoutait depuis le départ. Ils ne concordent pas tout à fait à ses plans pour les Etats-Unis et pour l’Eglise nord-américaine qu’il est en train de remodeler.

32 commentaires
En pied de l'article.

« Nous adressons nos vœux au nouveau président, pour qu’il puisse avoir un gouvernement vraiment constructif (…). Nous l’assurons de nos prières afin que le Seigneur l’illumine et l’aide dans le soutien de sa patrie, naturellement, mais aussi au service du bien-être et de la paix dans le monde. »1 Ce sont les mots du cardinal-secrétaire d’Etat, Mgr Parolin, le mercredi 9 novembre au matin, après la victoire du candidat républicain à la Maison blanche Donald Trump. Elu à la stupéfaction générale, mais pas pour tout le monde. En tout cas, pas pour François, assurément devenu – en raison de cette élection dramatique – un des seuls leaders mondiaux d’une certaine gauche – incroyable ! –, celles dites « de gouvernement » et même « de la gauche », étant aujourd’hui balayées ou discréditées partout sur la planète (Amérique du Sud, Espagne, Grèce, France, et Etats-Unis à présent).

Dès le vendredi 4 novembre, nos sources indiquaient que François frapperait plusieurs coups à la veille du scrutin, anticipant l’élection de Donald Trump, candidat
« infâme » mais – élu – capable de se muer en être respectable, semble-t-il, comme si l’élection avait changé l’homme. A moins qu’il ne s’agisse d’un énième rôle qu’il endosse, en bon bonimenteur de téléréalité qu’il est. Chrétien comme l’auteur de ces lignes est archevêque, il fut jadis pro-choix avant – par calcul politique – de devenir pro-vie. Mais toujours autant représentant des forces de l’argent, celui qui corrompt, qui pourrit les cœurs…, contre lequel se bat le pape jésuite. Ainsi, faut-il noter le contrepoint pris par avance par ce dernier dans un discours prononcé lors de la 3e rencontre mondiale des Mouvements populaires, ces « poètes sociaux » capables de mettre en œuvre un « projet-pont des peuples face au projet-mur de l’argent ». Il est vrai que François souhaite être un « pontife » (« qui fait le pont »), il souhaite aussi que les chrétiens soient des « pontifes ». Ce qu’ont renoncé à être les chrétiens nord-américains, eux qui votèrent majoritairement pour Donald Trump. Bien sûr, il s’agit aussi de la faillite du camp démocrate, cette fameuse « troisième voie » – qu’incarnaient jadis Bill Clinton aux Etats-Unis (1992-2000), Tony Blair au Royaume-Uni (1997-2007) et Gerhard Schröder en Allemagne (1998-2005) – qui consiste, en caricaturant à peine, à se faire élire sur un programme de gauche tout en gouvernant à droite. Mais après le Brexit et avec l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis – « ces jours de rage » pour paraphraser le New York Times –, nous faisons nôtre la thèse de Jonathan Freedland, éditorialiste au Guardian, lequel parle de la « nouvelle ère de l’Obscurcissement »2, qu’il oppose au siècle des Lumières. En effet, l’obscurantisme est de retour, le savoir scientifique remis en cause (n’oublions pas que le nouveau président Trump est entouré de créationnistes…) ; la liberté, l’égalité et la fraternité sont partout attaquées ou menacées de l’être. Depuis Vatican II, l’Eglise s’est réconciliée avec les Lumières ; certains clercs – entre autres à Rome – estiment même que ce que nous appelons les « valeurs de la République » trouvent leurs racines dans l’Evangile.

L’église a donc un rôle primordial à jouer dans ces temps que nous vivons, d’autant qu’elle est elle-même menacée par cet Obscurcissement, la Curie étant infestée d’éléments archi-conservateurs, dont le fameux cardinal Burke (d’origine nord-américaine), patron de l’Ordre de Malte, lequel s’empressa de se réjouir de l’élection du Républicain avant d’être convoqué par François… Ce dernier doit se sentir bien seul dans son combat contre l’argent-roi, désormais. Sans doute cette élection aura-t-elle une influence sur la politique interne de l’Eglise, notamment aux Etats-Unis que l’évêque de Rome reconfigure depuis son élection dans un sens… démocrate. Nous devrions le constater après le prochain consistoire lors duquel trois évêques nord-américains – réformistes, voire progressistes – seront créés cardinaux. François, le pape des Lumières ? C’est en tout cas ce qu’il pourrait devenir, dans ces temps incertains qui menacent les fondements de cette civilisation chrétienne que l’Eglise défend tellement. Incroyable !

1. http://fr.radiovaticana.va/news/2016/11/09/%C3%A9lection_de_trump__pas_de_jugement_h%C3%A2tif_selon_le_cardinal_parolin/1271073 - 2. http://www.nytimes.com/2016/11/09/opinion/after-these-days-of-rage.html?_r=1

32 commentaires
Le pape François devant le mur Trump 25 janvier 14:15, par pierre

ce Pape ne fait que de la com....!
l’eglise est trop corrompue et malhonnete pour sortir de la voie réac., mysogyne et perverse qu’elle pratique depuis plusieurs siecles !

repondre message

Le pape François devant le mur Trump 21 novembre 2016 09:09, par Françoise

" Mais toujours autant représentant des forces de l’argent, celui qui corrompt, qui pourrit les cœurs…, contre lequel se bat le pape jésuite."

J’ai personnellement de gros doutes que F1 se batte réellement contre les puissances d’argent. Si réellement il le faisait, je pense qu’il aurait limogé la plupart des cardinaux mais aussi son chargé de communication et dégagé manu militari du Vatican tout représentant de l’Opus Dei, de la Légion du Christ, mais aussi des marchands d’armes liés à l’IOR. Préféré vendre les richesses vaticanes pour indemniser les victimes de pédophilie et redistribué l’argent aux plus nécessiteux. Préféré assurer une retraite digne aux vieux religieux, religieuses et prêtres que de mettre en difficulté ces hommes et femmes parvenus au grand âge. Il aurait sorti de leurs palais différents cardinaux et supprimé limousines, chauffeurs et personnels de maison.

Ce qu’il n’a pas fait. Et ce qu’il ne fera jamais.

Dernièrement, F1 fait venir différents grands groupes américains de Mac Do à Starbucks, qui ne sont pas spécialement des philanthropes mais des puissances d’argent.
Et comme B16, F1 est dépendant pour des publications personnelles, de milliardaires américains dont un certain Tom Monaghan, ancien fondateur de Domino’s Pizza et créateur d’un disneyland catho intégriste, appelé Ave Maria. Qui concentre une bonne partie de la propagande anti-IVG et catho intégriste qu’on retrouve autant aux US qu’en Europe et même en France, et qui depuis la fin de la papauté de JP2, publie et diffuse différents écrits papaux.

Que F1 tente, au moins en terme de communication et de média, de prétendre se détacher des puissances d’argent, certes. Qu’il combatte réellement ces puissances d’argent dont lui-même dépend jusque dans sa communication élaborée par l’Opus Dei(elle-même liée à différentes puissances d’argent dont la Caixa Bank, la Banque Santander, la BNP, Axa Assurances, etc, etc) et en partie par les Légionnaires du Christ (via le groupe média Zénit), faudrait quand même pas nous prendre pour des imbéciles.

La divergence entre F1 et Trump n’est donc pas sur la notion de puissance d’argent, mais peut-être un peu plus sur les idées.

Pour autant concrètement, est-ce que l’institution ne ralliera-t-elle pas Trump, comme elle le fit tant de fois avec différentes dictatures, du moment qu’elles portent un discours religieux qui va dans le sens du dogmatisme ?

C’est la question qu’on est tous en droit de se poser.

repondre message

François devrait être plus prudent 18 novembre 2016 13:10, par Jacques Hulotte

Ca,je l’avais bien dit dans mon post du 18 octobre sur l’article "François a mauvais genre", notre cher pape a -quand il s’agit d’affaires temporelles- le mauvais goût très sûr. Qu’il parle de migrants, d’économie ou, sur ce sujet particulier, de politique, François est une boussole qui indique le sud. On ne va pas lui en vouloir : tout se passe comme si l’infaillibilité pontificale en matière de foi et de morale se payait dans les matières temporelles d’une sorte de déterminisme infaillible à dire des sottises. Il est rare que les papes parient sur le bon cheval en matière politique (à dire vrai, à part Franco en Espagne et uniquement s’agissant du statut international du Vatican avec Mussolini, la papauté a rarement joué le cheval gagnant au moins depuis deux siècles). Concédons encore cependant que Jean-Paul II a eu le nez creux en pariant sur Reagan et Thatcher. Mais pour le reste, entre Pie IX qui a parié qu’il pourrait rester pape-roi, entre ses prédécesseurs et successeurs qui sont restés attachés à la monarchie pendant tout le XIXème siècle, entre Paul VI qui n’a pas voulu que Vatican condamne solennellement le communisme ou Pie X qui a pris de front la République française, on ne compte plus les papes, y compris saints à titre personnel, qui ont systématiquement joué le perdant. Heureusement, la papauté s’est dotée d’une diplomatie très réaliste et surtout très lente voire très ambigüe, qui lui permet sinon de voir loin, du moins de ne pas trop s’enferrer trop vite ni trop profondément et surtout de savoir saisir l’occasion quand elle se présente.
Espérons au moins que ce cuisant échec servira de leçon au pape latino. Trump est une réalité, il va falloir qu’il apprenne à faire avec. Espérons qu’il apprendra vite. Mais rien n’est certain.

repondre message

Le pape François devant le mur Trump 17 novembre 2016 14:03, par noel beda

primo : qui a t-il de non chretien de se réjouir de l’élection de Trump ? L’homme ne m’est pas sympathique mais au moins avec lui je n’aurai pas à creuser mon abri anti-atomique comme l’élection de la folle du logis l’eût exigé.
Secundo : Qu’à a faire le Pape dégagé de puis 1870 des affaires du Monde des élections dans un pays souverain ?
Tertio : Je voudrais rappeler à d’aucuns que l’Ordre de Malte est un Ordre Souverain . c’est à dire qu’il a autant les prérogatives d’un ETAT que la Cité du Vatican.François a sans doute été mal inspiré ce jour là !!!

repondre message

- Dans la rubrique: L’info du jour de GOLIAS
| © Le site officiel de GOLIAS pour les informations d’actualité 2009-2017 | Fait avec : SPIP et Thélia plugin thelia |

| Courriel à la Rédaction | RSS RSS | Adresses Postale et bancaire | Mentions légales | à propos de Golias |

article jeune