Parution : 13 décembre 2016
Les religieuses dans la tourmente révolutionnaire… et après ?

Les faits rapportés par l’historien Gwénaël Murphy(1), sont si anciens (avant, pendant et après 1789) que les diocèses, les congrégations et les communautés nouvelles, pensent pouvoir dire aujourd’hui : « avec nous, ça ne s’est jamais passé comme cela ! ». Or les témoignages actuels d’anciennes religieuses et de membres de communautés telles Béatitudes, Travailleuses missionnaires, Congrégation de Saint Jean, Communauté de Bethléem etc. démontrent le contraire et invitent à affronter les vérités de ce qui se passait alors(2). Plus encore la question est du côté de ceux et celles qui sont toujours dans ces structures de l’Église catholique : l’historien décortique les mécanismes de déformation des faits soit par omissions, soit par propensions à exalter en les exagérant les « bons » comportements, tant au niveau des hiérarchies que des individus.

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En pied de l'article.

Le XIXe connaîtra une progression fulgurante des « religieuses ». A la différence du XVIIIe il ne s’agira plus de contemplatives, mais de religieuses vouées aux hôpitaux ce qui était déjà vrai, mais surtout à l’enseignement. Dans la deuxième partie du XXe l’érosion, s’étalant sur plusieurs décennies apparait souvent moins spectaculaire que les départs des prêtres diocésains. Elle est, objectivement pourtant, bien plus forte. Comme pour les hommes, et comme au moment de la Révolution, elle commence par les jeunes refusant les « vocations consacrées ». Ensuite les décès de celles qui restent ne rendent pas compte d’une dégradation démographiquement impossible sans l’existence de retours massifs à l’était laïc :

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Lorsque ces départs se tarissent, les restées vieillissent. S’agissant des chiffres de 1999 et 2009, s’il y a des recrues, elles viennent pour une bonne part de l’extérieur : 10% de sœurs « étrangères », dans les effectifs de 1999 et 2009. Pour ces mêmes années la moitié des religieuses encore présentes ont alors plus de 80 ans…, la prévision de 2030 étant un nombre de religieuses autour des 10 000.

Toutefois ce tableau doit être nuancé, des jeunes non répertoriées dans cette statistique sont allées vers des « communautés nouvelles » pour des engagements plus ou moins longs. Ensuite il faudrait tenir compte des « laïcs en mission ecclésiale » (majoritairement féminins) qui assurent aujourd’hui le service (la survie ?) de l’Église de France. Enfin une nuance supplémentaire serait à apporter par l’étude des Fraternités laïques et « oblatures » constituées autour des congrégations de religieux et religieuses.

Les « vocations » féminines dépassent ainsi largement le côté restrictif de « vocations consacrées ». Le regard porté par ces travaux pratiques, est avant tout celui de la compréhension. Bonne fin d’année 2016, et à l’année prochaine pour les suites. Jean Doussal

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Notes : 1. Gwenaël Murphy, Les religieuses dans la Révolution française, BAYARD, 2005. 2. Voir en particulier la dernière communication de Gamiliel21 http://gamaliel21.pagesperso-orange.fr/03%20QUOI%20DE%20NEUF.htm#SIMACOURBE

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Bonjour,

voir le document joint remettant en cause la validité des travaux pris comme références par l’auteur de l’article.

Cordialement,
G Bazin

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Selon les derniers chiffres disponibles, il ne reste plus en 2015 que 24 971 religieuses en France (dont 21 853 apostoliques et 3 118 moniales).

Parmi les religieuses apostoliques, on compte 2 761 religieuses étrangères soit 12,6 % (contre 2 413 religieuses étrangères en 2012, soit 9,3%).

Le nombre de religieuses est en chute libre en France depuis plus de quarante ans ! Il y en avait près de 100 000 en 1970 !!! L’importation de religieuses étrangères n’est qu’un pansement de fortune sur une hémorragie.

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Merci pour ce complément, Jean Doussal, là encore très intéressant. Le faible retour des religieuses occupant les postes les plus bas dans les congrégations pourrait alors expliquer aussi au 19ème, l’intérêt de recruter parmi les prostituées d’abord puis chez les familles pauvres, de nouvelles recrues domestiques sous couvert de rééducation sociale, morale, correspondant par ailleurs à une politique générale européenne en matière sociale par le biais du religieux, qui durera jusque fin des années 60 (en ce qui concerne au moins l’éducation ou la rééducation des filles).
La prise d’habit et l’engagement religieux étant alors pour ces filles et femmes, le seul moyen de pouvoir se loger, manger à leur faim, puisque abandonnées ou délaissées familialement, socialement.

La congrégation religieuse à vocation éducative et pénitentiaire aurait eu donc un double objectif : correspondre aux politiques de l’époque, donc s’inscrire dans un projet financier et social pour récupérer l’argent perdu. Et en même temps, pouvoir recruter rapidement et massivement des religieuses domestiques qui manquaient aux congrégations.
On comprend d’autant mieux l’utilisation de la culpabilisation et de mesures de rétorsion, d’assujettissement envers les pénitentes (anciennes prostituées, puis jeunes filles pauvres issues de familles en difficultés et placées dans ces établissements soit de façon religieuse, ou paternelle ou judiciaire). Le but étant de faire de l’institution religieuse par une domination violente et autoritaire, la seule issue possible des jeunes filles et femmes reçues.

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