Parution : 11 janvier 2017
Formalisme

Le jour de Noël dernier, à midi, 150 000 cadeaux reçus dans la nuit étaient déjà en vente sur EBay. Un sondage a montré que 40% des destinataires ont avoué « ne pas aimer leur cadeau ». Et on a estimé qu’entre Noël et le Jour de l’An le montant des cadeaux revendus pourrait s’élever à 350 millions d’euros. C’est ce que j’ai entendu au Journal de 19 heures de France Inter, le 25 décembre dernier.

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L’échange des cadeaux relève donc souvent aujourd’hui d’un pur formalisme : c’est une démarche qu’on effectue par tradition, mais elle est vidée de vraie signification, puis-qu’aussitôt reçu le cadeau est appelé la plupart du temps à rentrer dans le grand cycle de la circulation des marchandises. Cela montre bien l’esprit mercantile qui anime notre civilisation de la consommation : elle n’a égard, de façon strictement utilitaire, qu’aux biens effectivement convoités, et oublie le reste, l’intention humaine qui normalement doit présider à l’offrande d’un cadeau, et être en tant que telle respectée.
Tout ce qu’on peut dire alors est que le commerce et l’économie sortent gagnants de cette déshumanisation. Mais accepter cet argument reviendrait à sanctionner notre aliénation. Car de même que, selon la parole évangélique, le sabbat est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat, on pourrait dire que l’économie est faite pour l’homme et non pas l’homme pour l’économie.
Je songe maintenant à l’étonnement navré qui pourrait affecter celui qui découvre en vente sur EBay le cadeau qu’il a fait lui-même de bon cœur. Ou bien simplement celui à qui l’on demande, en recevant le cadeau, le ticket de caisse en vue d’un échange. Car offrir n’est pas toujours une action purement formelle : certains encore peuvent y investir leur âme. Le problème est que cette belle attitude altruiste peut s’oublier chez d’autres, au bénéfice du seul calcul personnel. J’aimerais bien croire, avec Claudel, que « le pire n’est pas toujours sûr ». Mais à voir parfois les réactions de mes contemporains, je n’en suis pas du tout certain.

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Formalisme 12 janvier 13:47, par Françoise

Bonjour et bonne année, Michel !

Santé, joie, bonheur à partager en famille !

Merci pour votre texte.
Vous oubliez dans votre analyse, dont je partage assez le contenu (même si je pense que le côté surmédiatisé du phénomène est volontairement accentué pour servir une image du marché, donc aussi du capitalisme), qu’il y a aussi une tendance majeure chez les humains : celle d’offrir des cadeaux, sans tenir compte des souhaits de la personne à qui ils sont destinés.

Beaucoup achètent quelque chose pour se faire plaisir à eux-mêmes, mais ne pensent pas à l’autre dans leur démarche.

L’autre n’existe qu’au travers d’une valorisation de leur personne et de leurs valeurs, qui ne sont pas forcément celles de la personne à qui ils offrent le cadeau. D’où des plantages récurrents en terme de choix.

C’est selon moi, ce qui engendre actuellement le plus, ces retours massifs de cadeaux. Je suis d’accord avec vous pour dire qu’ils sont massivement dus à l’aspect mercantile et d’ultra consommation, mais tout autant dus à un manque flagrant d’observation, de relation et d’absence de recherche de compréhension des désirs et attentes des autres, y compris de gens très proches affectivement.

Pour ne pas se tromper ni faire d’impair, beaucoup d’adultes aujourd’hui offrent des cartes cadeaux dans un magasin pour que l’ami, le parent, l’enfant choisisse lui-même la destination du cadeau. Ce phénomène s’est amplifié ces dernières années.

Beaucoup d’enfants, à partir de 8-9 ans, reçoivent des cartes cadeaux, mais aussi de l’argent pour Noël. Une façon de ne pas se tromper pour l’entourage mais aussi, de ne pas avoir à chercher vraiment ce qui intéresserait l’enfant. Parce que ça prend du temps, pour connaître les goûts d’autrui, entrer dans son univers, ses centres d’intérêts réels et non pas supposés.

Et vous avez la même chose pour les adultes et ados.
Autrefois c’était le billet des étrennes, maintenant c’est la carte cadeaux, le bon d’achat dans telle ou telle boutique.

L’argent donné remplace le temps passé d’observation, de partage, de relation. C’est cela que je constate au fil du temps et des années. L’éloignement géographique, le manque de relation réelle physique régulière et familiale, fait utiliser aux gens davantage l’argent direct ou la carte alimentée d’argent, plutôt que de se creuser la tête à faire un cadeau par rapport aux goûts de la ou des personnes concernée(s).

Même si parallèlement, vous avez aussi un retour des cadeaux faits main (souvent très finement exécutés et parfaitement dans le goût du destinataire) et pas seulement fabriqué par les grands-mères au moment des naissances.

Le petit meuble peint, le vêtement cousu maison, le pull tricoté, le doudou ou la poupée de chiffon, le vase monté et cuit à l’atelier poterie façon raku, la maison de poupées, l’étole de soie peinte, la bouture de plante cultivée, le joli cadre en bois flotté, le fauteuil retapissé maison.

Ce retour du cadeau fabriqué, participe à une double valorisation : celle de la personne qui fait et celle de la personne à qui est destiné le cadeau, cadeau plus affectif que le cadeau acheté et donc qu’on garde davantage, et que l’on investit davantage aussi affectivement (à moins que le résultat soit raté ou vraiment pas dans les goûts).

Mais est-ce que nos médias, à la botte du capitalisme y portent attention ? Ben non, ça ne servirait pas vraiment l’économie de marché et les intérêts des multinationales...

Alors que le retour des cadeaux en magasin, c’est montrer le boom économique des fêtes de fin d’année, quelque part c’est le double bonus des actionnaires et grands pdg du CAC 40 ! Flattons donc la consommation dans le sens du poil ! ;-))

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