Parution : 16 janvier 2017
Vœux

On en formule à chaque début d’année. Ordinairement on souhaite aux autres la réalisation de leurs désirs. Et si, pour une fois, on essayait de varier la formulation, dire par exemple : « Je vous souhaite de ne pas obtenir, cette année, tout ce que vous désirez » ? Je vois d’ici les réactions : De qui se moque-t-on ? Que lui ai-je fait pour qu’il m’agresse ainsi ? – Et pourtant...

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Pourtant il y a sûrement quelque sagesse à ne pas vouloir obtenir tout ce qu’on désire. Tout simplement parce que s’il y a obtention, on ne peut plus rien désirer. Il est dur, certes, de ne pas obtenir ce qu’on désire. Mais il peut être aussi dur de l’obtenir. On peut menacer quelqu’un de l’accomplissement de tous ses vœux. Les dieux nous punissent en nous exauçant.
« Le désir fleurit, la possession flétrit toute chose », dit Proust. L’expression : « laisser à désirer », chez nous péjorative, peut être réhabilitée dans un sens positif. Qui ne voit que la vraie fête est la veille de la fête, le vrai dimanche le samedi soir, et le meilleur moment en amour, quand on monte l’escalier ? Quand quelque chose a commencé de se réaliser, l’émotion et l’élan initiaux diminuent, et très vite s’installe l’habitude, fossoyeuse du cœur. C’est peut-être pour cela qu’au deuxième jour de la création Dieu ne redit pas que ce qu’il a fait est bon (Genèse 1/8).
Je laisserai sourire les lecteurs, sceptiques devant cet idéalisme, qui chez certains esprits au moins est profondément ressenti. Pensez à la réponse que fait chez Saint-Exupéry l’aviateur au Petit Prince qui lui demande de dessiner un mouton. Comme aucun mouton dessiné ne satisfait l’enfant, finalement l’aviateur lui dessine la caisse dans laquelle le mouton est contenu, à charge pour lui de l’imaginer. C’est la seule réponse satisfaisante. Je trouve, après Bachelard par exemple, qu’un coffret, une armoire, pourquoi pas l’enveloppe d’une lettre, sont plus attirants fermés, parce qu’on peut davantage imaginer leur contenu. Et je laisserai les analphabètes du cœur se ruer pour les ouvrir...

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Vœux 20 janvier 12:32, par agapé

Bonjour Michel, Vous soulevez là un point essentiel, à mon sens.....
L’être humain est fait pour l’infini, son drame peut être et qu’il ne trouve souvent que des entités finies et qu’il veut assouvir sa soif en les possédant mais cette soif étant infinie il court toujours vers la possession d’un autre objet.....Le consumérisme actuel est un mode d’expression de ce phénomène. On peut voir cela aussi à travers notre capacité d’excès : lorsqu’un animal n’a plus faim il s’arrête de manger.Il n’y a que l’homme qui soit capable de empiffrer jusqu’à tomber malade, parce qu’il confond son désir d’infini avec son besoin physiologique de se nourrir.
Sa planche de salut ,est d’entrer dans une vraie relation avec l’autre, c’est de reconnaître la part de mystère de chacun d’entre nous,qui renvoie à l’infini impossible à posséder.

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Vœux 18 janvier 22:58, par Françoise

Encore faudrait-il que l’humain ose faire la différence entre désirs profonds et désirs superficiels ?
Parce que c’est cela au fond qui est important, n’est-ce pas, Michel.
Si le désir reste du futile et superficiel qui une fois possédé, n’a plus vraiment d’importance, il n’est pas si désirable que ça.
Mais lorsqu’il s’agit d’un désir qui va amener plus de sérénité intérieure, qui va améliorer réellement et durablement l’existence, ouvrir des champs de possibles, permettre des découvertes, des rencontres magnifiques, là, c’est tout autre chose.

Souvent nous sommes obsédés par des désirs futiles quand nous repoussons aux calendes grecques nos désirs profonds, comme s’ils étaient illégitimes. C’est pas dingue, ça ?
Et pourtant, c’est d’un banal dans nos vies....

Il y a fort longtemps, Oscar Wilde écrivait qu’il était important d’avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre de vue quand on est à l’âge de les poursuivre.
Il voulait parler bien sûr de ces désirs profonds qui nous font avancer et qui en même temps nous relient à l’enfant que nous avons été et celui que nous sommes encore tout au fond de nous jusqu’à notre dernier souffle.

Alors pour les voeux, c’est pareil...L’important est de réaliser nos désirs profonds, parce qu’il en va de notre équilibre, de notre cohérence et de notre sécurité intérieures. Pour le reste, ça peut effectivement attendre, n’être que partiellement réalisé, du moment que nous osons réaliser ce qui vraiment, compte pour nous.

Amitiés
Françoise

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