Parution : 7 février 2017
Fiction (2)

J’ai entendu, aussi bien à la radio qu’à la télévision, Michel Onfray faire la promotion de son dernier livre Décadence. Il y annonce la mort de notre civilisation judéo-chrétienne, et avec lui je serais bien d’accord, vu la sécularisation de notre société que chacun peut constater. Il dit aussi que le christianisme n’est qu’une vaste fiction, construite à partir de textes de la Bible juive pris comme des prophéties dont on a pensé qu’elles avaient été réalisées effectivement. Il y inclut la figure du Christ, pour lui totalement inventée, à la fois au sens ancien (invenire) de trouvée dans le Texte de référence, et au sens moderne, imaginée, objet d’un progressif storytelling ecclésial, et aussi finalement politique, à partir de Constantin. Cette position d’un Christ personnage fictif a d’ailleurs déjà été soutenue naguère par Prosper Alfaric, et plus récemment par Bernard Dubourg dans L’Invention de Jésus, comme je l’ai indiqué à l’article Mythistes de mon Petit lexique des hérésies chrétiennes (Albin Michel, 2005).

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En pied de l'article.

Avec tout cela encore je pourrais être d’accord. Mais là où je me suis senti en opposition avec Onfray, c’est sur le statut du mythe. La « fonction fabulatrice », comme dit Bergson, est vitale pour l’homme : il est le fils de ses propres fictions, qui le construisent, l’édifient. Il descend du Songe. Qu’il y ait donc un mythe chrétien, soit. Mais qu’il soit une mystification, comme cela ressort finalement de la façon qu’a notre auteur de s’exprimer, je ne l’approuve pas. Car le mythe non seulement fait battre le cœur, mais aussi il éveille l’intelligence, n’en déplaise à l’athée Onfray, qui rejette sans regret aux oubliettes toute la construction chrétienne. Bien sûr il faut faire un tri dans les textes. Mais enfin, qui niera que la parabole du Bon Samaritain, ou de l’Enfant prodigue, ou même celle des Talents, ait une profonde vérité ? Il n’y a pas que les sages antiques qui puissent soigner notre âme, comme le pense notre philosophe, que je trouve ici trop polémique et sélectif.

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Fiction (2) 11 février 13:17, par Françoise

Bonjour Michel

Onfray est dans la lignée des écrits de Richard Dawkins, notamment de son essai "en finir avec Dieu", mais la culture scientifique en moins. Ces dix dernières années, toute une littérature à la fois scientifique et philosophique, est sortie pour parler de ça. Ca va avec le déclinisme, en réaction et en opposition (du moins en apparence) au créationnisme des mouvances intégristes, toutes religions confondues.
Il me semble plus juste de dire que c’est la part dogmatique et mythologique religieuse qui s’effondre en terme de crédibilité pour intégrer Dieu dans une réalité et une intériorité plus intime qu’extérieure à soi. Pour autant peut-on parler de disparition ? Je ne pense pas.

Je verrais plutôt ça, du moins personnellement, comme une évolution.

Nous changeons nous-même à chaque seconde. Alors il est logique que la façon d’investir la transcendance change aussi. Qu’elle ait eu besoin des religions et d’une forme mythologique et dogmatique durant un temps où l’humain était encore relativement ignorant de tas de domaines, dont le domaine scientifique, ça paraît logique.
Mais depuis un siècle, au moins une partie de l’humanité dispose de connaissances et d’informations scientifiques, archéologique, historique, linguistique, en partie psychanalytique, anthropologique. Du coup, l’approche religieuse ne peut plus être la même.

Je suis tombée l’autre jour sur les extraits d’un essai (la libération de l’Homme) en trilogie de Jean-Yves Jézéquel, qui situe Dieu dans notre conscience humaine. Un propos différent de Dawkins et Onfray (qui se situent plutôt dans un éloge de l’athéisme), tout en sortant d’une vision de Dieu traditionnelle religieuse.
Je trouve l’hypothèse intéressante, car universaliste et non exclusive et puis, incluant nos savoirs scientifiques en partie sans éliminer la transcendance.

Ceci dit, ça reste seulement une hypothèse liée aussi à la personnalité de l’auteur et son parcours, passant de la théologie à la psychologie.
Tout comme les écrits d’Onfray et Dawkins sont liés à leur culture, leur formation, leur évolution.

Nos propres fictions personnelles, liées à nos parcours, influencent forcément nos réflexions autour d’une fiction religieuse.

Ceci dit, à moins de s’inscrire dans le fondamentalisme, on ne peut plus avec les connaissances que nous avons, inscrire Dieu et la transcendance, sur le même plan mythologique qu’autrefois.

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