Parution : 3 mars 2017
Célibat : de Gréa ou de force

La rédaction a sorti les Kleenex à la lecture des nombreuses réactions accompagnant le départ du P. David Gréa du ministère. C’est que ce fringant quadragénaire lyonnais souhaite désormais convoler en justes noces avec « une femme avec laquelle [il] pense que Dieu [l]’appelle à vivre »1. Il en a fait part à son archevêque de Lyon, le cardinal Barbarin, qui l’avait à la bonne.

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Associé à Glorious, le groupe de jeunes musiciens archi-classiques qui diffuse de la « pop louange », le Père Gréa avait fait de la paroisse Lyon Centre–Sainte Blandine un lieu incontournable de la nouvelle évangélisation qui, sous couvert de modernité, diffuse des idées plus très fraîches… Il s’était aussi tissé un réseau dans le sérail du journalisme catholique, d’où ce chœur de pleureuses à l’annonce de son abandon, coup de bambou sur la tête du primat des Gaules, prêt à tout pour le retenir. Sans compter les jeunes curés aux vieilles idées, tourneboulés par la tournure que prend cette histoire, et dans l’incapacité de repenser le ministère.

Branché, connecté, David Gréa avait tout pour plaire à son évêque, si heureux de voir de jeunes gens affluer vers la paroisse du nouveau quartier de la Confluence. Ses particularités ? La «  louange vivante  » et les gazouillis sur Twitter repris par la presse (comme le Père Gréa apparaissant avec un sabre laser lors de la sortie du dernier Star Wars et cette phrase : «  Je suis ton père »), bref, un curé cool dans une paroisse cool. David Gréa le reconnaît lui-même dans sa lettre à ses paroissiens : « Heureux comme prêtre je suis convaincu d’être appelé par Dieu pour ce beau ministère. » Seulement voilà : il a rencontré une femme «  il y a quelque temps » et cette «  joie insoupçonnée [lui] semble dans la continuité de ce qu[’il a] vécu jusque-là ». David Gréa veut continuer son ministère en étant marié. Le primat des Gaules sait bien que c’est impossible mais ne souhaite pas fermer la porte : allons voir le pape ensemble pour lui en parler. C’est ainsi que le P. Gréa fut reçu avec son évêque par François. En dépit de cette «  démarche d’intégrité », le pape jésuite conseilla au cardinal Barbarin de demander à son protégé « de prendre, dès à présent, un temps de discernement et de recul ». Dès lors, il ne put célébrer une dernière fois avec ses paroissiens, ni leur communiquer son choix : c’est un des vicaires généraux qui s’en chargea.

L’annonce de ce départ donna des vapeurs au monde catholique, à commencer par La Vie et son directeur de la rédaction Jean-Pierre Denis : « Un prêtre s’en va »(2), « David [qui] représente ce que l’on fait de mieux en matière de réveil missionnaire. C’est une figure charismatique. Une sorte de pasteur évangélique fait curé. Un entrepreneur de Dieu, un “leader” comme on en cherche partout sans en trouver assez. » Diantre ! Mais alors que faire ? Réponse de M. Denis : « Vu l’urgence de l’évangélisation, je crois que je préférerais que David Gréa se marie et reste curé de Lyon-Centre, plutôt que de le savoir perdu pour la mission (…). En même temps, le célibat sacerdotal demeure un pilier que l’on ne peut abattre sans menacer l’édifice (ce n’est pas pour rien d’ailleurs que les ennemis du catholicisme s’y attaquent avec une joie mauvaise [sic]). Il en va de même pour l’indissolubilité du mariage.  » Vous suivez ? Ceux qui remettent en cause le célibat des prêtres sont des «  ennemis du catholicisme » mais dans le cas du P. Gréa, ce « leader », il faudrait faire une exception, M. Denis s’appuyant même sur Amoris Laetitia dans laquelle «  le pape offre cependant une autre perspective, invitant à ne pas s’affranchir de la loi, mais à essayer de discerner l’intelligence des situations  » ! Visiblement, il n’y a pas que «  l’Eglise latine [qui] se trouve devant un problème apparemment insoluble » ! De l’autre côté du spectre, si l’on peut dire, et les mains jointes, Famille chrétienne(3) proposa de donner la parole à quatre prêtres de la génération de David Gréa. Pour eux, « ce n’est pas le moment de remettre en cause le lumineux témoignage du célibat », ce « grand trésor ». Vous comprenez, «  il offre au monde le témoignage d’un engagement total  » ; mieux, «  l’Eglise n’oppresse personne en proposant ce célibat d’amour à ceux qui se destinent au sacerdoce » : ce célibat, « c’est celui du Christ  », dixit Mgr Gobilliard, auxiliaire de Lyon. Air connu. La rédaction de Golias est assez estomaquée par tout ce qu’elle a pu lire depuis cette annonce. [lire l’intégralité de notre article dans Golias Hebdo n° 470]

1. http://www.egliselyoncentre.fr/lettrededavid
2. http://www.lavie.fr/debats/edito/un-pretre-s-en-va-21-02-2017-80106_429.php

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Célibat : de Gréa ou de force 19 avril 00:20, par marieparine

Je regrette le temps du Chanoine Grivot, d’Autun que tout le monde adorait dont "le bedeau était une femme"...
Jean Paul II et Benoit XVI étaient -ils moins facilement joignables... ou plus larges d’esprit ?

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Célibat : de Gréa ou de force 7 mars 12:44, par Françoise

C’est drôle que l’affaire Gré ressemble comme deux gouttes d’eau à celle qui toucha cinquante ans auparavant Jean-Claude Barreau. Se sont les mêmes termes enthousiastes pour décrire les espoirs fondés sur Gréa par l’institution.
Et les mêmes attitudes face à son départ qu’au moment du départ de Jean-Claude Barreau.

https://vimeo.com/114862794

Qu’aujourd’hui, sachant que le célibat de Jésus devient de plus en plus improbable au regard des différents textes retrouvés, mais aussi, au regard de ce qu’on sait du statut de rabbi juif de l’époque, conditionné en partie par un mariage, qu’un prélat invoque le célibat de Jésus pour justifier le célibat consacré, prête à rire. Encore plus quand on sait que ce célibat consacré n’a été imposé que pour empêcher les prêtres de s’enrichir au détriment du pape et les empêcher de transmettre leur charge
sacerdotale à leurs fils.

Y a vraiment des moments où l’on se dit, face à ce clergé qui s’accroche à ses propres mensonges érigés en vérités évangéliques et tenter encore et toujours de nous prendre tous pour des imbéciles et des ignorants, qu’il y a vraiment du souci à se faire, face à un tel déni des réalités et à des nuques aussi raides.

PS : pour celles et ceux qui sont toujours intéressés par l’écriture du bouquin dont j’avais évoqué les grandes lignes, pensez à me contacter par mail via Golias. J’ai rédigé un abécédaire thématique. Je le passe à tous ceux et celles qui feront la démarche de me contacter et qui voudront se répartir le travail de rédaction. Merci !

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Célibat : de Gréa ou de force 5 mars 22:06, par charles

Bonsoir,

Le célibat consacré est une belle et grande chose. Peu y sont appelé comme l’a dit le Christ. Suivre le Christ demande des sacrifices. Il ne l’a pas caché. Le mariage est aussi un chemin fait de sacrifice, et lui aussi est un appel exigeant. J’ai vu des prêtres rayonner par leur vie donnée entièrement au peuple de Dieu. D’autres pour qui c’était plus dire. Mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Le célibat consacré, qu’il soit masculin et féminin est beau très beau. Signe de contradiction dans le monde. Un appel radical à vivre l’Évangile sans concession. On pourrait continuer longtemps sur ce thème. Mais comme l’a dit le Cardinal Vingt-Trois, ce n’est pas une question de célibat mais d’engagement.

Dans le Christ,

Charles

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Célibat : de Gréa ou de force 3 mars 19:15, par marie

Bonjour,

Oui, ce célibat "d’amour"... Malheureusement, j’ai vu des prêtres alcooliques, dépressifs, autoritaires, surmenés, sans affects, cérébraux...beaucoup... essentiellement... Des prêtres heureux, ils le proclament tout le temps "on est super heureux" mais dans la réalité c’est pas très vrai finalement... la solitude est dur à vivre, on s’endurcit, on se blinde... ou bien on est tellement autocentré que l’on est bien tout seul mais les autres ne nous intéressent pas tellement...Et puis alors "ce célibat pour vous, pour les fidèles..." En fait, le prêtre que la famille invitait à sa table toutes les semaines qui semblait si "ami" si proche et muté dans une autre paroisse et ne donne plus signe de vie : on avait cru avoir un ami en fait, il faisait son métier de prêtre... Combien de personnes ont vécu cela... Nous sommes "tout à tous" : non ce n’est pas vrai et pas possible... Les sermons "enflammés" de "mots d’amour" et puis l’attitude raide et non-affective d’une personne qui après avoir dit tous ces mots se protège...se "préserve"... Il y a tellement de décalage : cela ne fait pas "vrai" pas "vécu". le prêtre "sacralisé", seul médiateur entre Dieu et le peuple (sans lui pas de messe, pas de sacrements donc les gens n’ont pas accès à Dieu) : quel statut complètement psychiquement intenable... et déséquilibré. Bon, les prêtres sont peut-être heureux mais je ne les ai pas rencontrés ceux-là ... et vous ? Au moins, Gréa connaitra ce que c’est d’aimer et vivra un vrai bonheur dont il témoigne déjà, cela sera moins factice... les autres resteront célibataires "pour nous, les fidèles, ce que l’on ne leur à jamais demandé" !! : je préfère une femme ou un homme (car bien sûr ce sexiste est aussi intolérable dans l’Eglise comme si seuls les hommes pouvaient "représenter" Dieu !!, prêcher, (les femmes n’ont pas de cerveau, c’est connu... pardonner au nom de Dieu etc. cette discrimination est totalement incongru en 2017...)Le postulat de départ de ce célibat et de cette "engagement à vie" semble bien éloigné de ce qui pourrait se vivre dans une communauté équilibrée ou les fonctions et l’amour circuleraient dans une recherche de l’équilibre de chacun et de chacune sans "sacrifice" de personnes pour d’autres. On peut vivre le rapport à Dieu sans se sacrifier ou faire des "catégories" de personnes : clercs, laïcs.. Jésus ne l’a jamais fait.. mais bon l’évangile parait si éloigné de ces lois de l’Eglise, de cet état religieux...

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Célibat : de Gréa ou de force 3 mars 18:29, par Nathanaël

Bonjour,
Avant que ne commence la série des commentaires, je me permets une remarque : il arrive de nombreuses fois où le commentaire est difficilement compréhensible, pas clair car mal rédigé, avec des phrases incomplètes, ne respectant pas la syntaxe, etc. Chacun/e peut faire l’effort de relire ce qu’il a écrit et effectuer d’éventuelles corrections. Y compris les fautes de frappe et les erreurs orthographiques. Ecrire correctement est une forme de respect pour autrui.

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