Parution : 4 avril 2017
Gratuité

Tout le monde tient à en bénéficier, mais rares sont ceux qui y voient un problème. Ainsi j’ai assisté dernièrement à un très beau concert de piano gratuit, et j’ai pu voir à la fin la foule demandant avec une cruelle insistance à l’instrumentiste de jouer encore en bis morceau sur morceau. Elle n’avait aucun égard à la mine épuisée du musicien, qui venait de jouer une heure et demie des œuvres de Chopin, certaines très difficiles, et de mémoire, sans l’aide d’aucune partition. Je souffrais pour lui, et aurais bien voulu que les « Encore ! » du public eussent été remplacés simplement par des « Merci ! » Mais non, il dut continuer un petit quart d’heure encore, et son triomphe finalement eut pour lui des allures de calvaire.

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En pied de l'article.

Nous pensons volontiers aujourd’hui que tout nous est dû, que le don gratuit est la norme, sans voir de quelle peine souvent il se paie chez celui qui nous l’offre. Rarement nous vient à l’idée de dire merci, comme je l’ai souligné dans mon article « Reconnaissance », à propos des suicides fréquents dans le monde du travail (Golias Hebdo, n°99). Traditionnellement le don même n’est pas unilatéral, il implique réciprocité, comme Mauss l’a montré dans son Essai sur le don. Le bénéficiaire doit y répondre obligatoirement par un « contre-don » selon des codes préétablis : c’est à ce prix que se fait le lien social.
Nous en sommes bien loin. Tous ceux qui font du bénévolat ici me comprendront. Très vite un service rendu gratuitement paraît normal aux autres, et ils ne se font pas un devoir d’en manifester une reconnaissance, même minime, même symbolique : quelques applaudissements pour un conférencier bénévole, ou un bouquet de fleurs, etc. Mais non, l’absence de remerciement est bien souvent la règle.
Aussi on veut toujours sur Internet du contenu gratuit, ou bien lire des journaux gratuits, sans se douter qu’ainsi on creuse la fosse des contributeurs. Finalement me vient une idée cruelle et cynique : il semble aux gens que ce qui est gratuit n’a pas autant de valeur que ce qui est payant.

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Consumérisme 9 avril 16:18, par Françoise

Bonjour Michel

Je crois que l’attitude que vous dénoncez ne concerne pas uniquement ce qui est gratuit mais tout ce qui est proposé aujourd’hui, même payant. Ce n’est pas tant une question d’argent ou de gratuité que d’état d’esprit et même de culture.

Beaucoup de gens aujourd’hui ont cette attitude de consommation vis à vis tant des objets que vis à vis de leurs congénères, des animaux. Et il n’y a pour eux aucune limite à cette consommation de tout et tous.

Il n’y a pas de perception de la fatigue, ni de considération pour le travail d’autrui, des souffrances traversées parce qu’il y a de plus en plus de distance entre ce qui est produit et ce qui est consommé. Distance géographique, ignorance plus ou moins entretenue de comment et dans quelles conditions sont produits les objets, les éléments, les services. Il y a aussi moins de contacts réels et plus de contacts virtuels.
Ce qui a pour effet de contribuer à exiger un service, du divertissement, des objets infinis sans aucun affect.

Et c’est quelque chose qui est d’autant plus fort qu’il y a parallèlement une demande sociétale de rentabilisation de l’individu qui démarre très jeune et qui nous pousse tous à nous nier dans nos besoins les plus fondamentaux, pour être au service de la société. L’humain ne peut donc pas respecter les autres puisqu’il ne se respecte pas lui-même. C’est impossible.

L’humain n’apprend pas à se respecter, mais au contraire à abuser sans arrêt de tout et de tous, y compris de lui-même.
La dépression, le burn out, des mises en danger de plus en plus fréquentes au travail simplement pour survivre économiquement, ou être à minima considéré dans cette société, rend notre vie totalement conditionnée, parasitée par une obligation permanente de service.

Curieusement, le respect de soi n’est quasiment pas enseigné. Ni dans les familles ni à l’école.
Alors que ça devrait faire partie des enseignements premiers.
Peut-être qu’on y viendra. Je l’espère car je pense sincèrement qu’on ne peut pas en faire l’économie.

Et pour finir sur une note positive, on peut quand même constater que le respect de soi, commence à faire partie des préoccupations sociales et pas seulement au plan médiatique et intellectuel. C’est quelque chose qui commence à s’inscrire profondément dans l’être humain qui ne veut plus être abusé ni abuser.

On le voit dans les conférences autour de la notion de bien-être, autour des soins paramédicaux (sophrologie, thérapies douces, cures thermales), autour des associations citoyennes qui travaillent et réfléchissent à une alternative au capitalisme et l’appliquent dans leur vie quotidienne et citoyenne dans des notions de partage, de recyclage, d’échanges, d’entraide, de culture agricole plus respectueuse de l’environnement.

C’est une démarche qui prend de l’ampleur, même si la déshumanisation capitaliste et consumériste se poursuit.
Alors, j’espère qu’au fil du temps, cette tendance finira par prendre le dessus en terme de préoccupation.

Il en va de l’avenir de l’humanité.
C’est une lente prise de conscience mais qui avance.

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