Parution : 10 avril 2017
Voyeurisme

La police de Chicago enquête sur le viol présumé d’une Américaine de 15 ans retransmis en direct sur Facebook Live. Une quarantaine de personnes ont regardé la vidéo en direct, selon la police, sans qu’aucune d’elles prévienne les autorités. (Source : lemonde.fr, 23/03/2017)

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Ce n’est pas la première fois que des événements de ce type, agressions, accidents, suicides même, filmés et diffusés en direct par le même canal, se produisent sans susciter de réactions de la part de ceux qui les regardent. Le réseau social, malgré l’existence de modérateurs, ne supprime les vidéos violentes ou choquantes qu’après qu’elles ont été signalées en tant que telles par des utilisateurs (même source).
À l’évidence, ce non-signalement devrait être une infraction à la loi. Quiconque est le témoin d’un fait analogue est normalement tenu d’en informer la police, sauf à être accusé de non-assistance à personne en danger. Il est même plus coupable en un sens que l’acteur lui-même de la scène : laisser faire, disait Péguy, est pire que faire. Car celui qui fait, il a au moins la hardiesse de faire. Mais pour celui qui laisse faire, il y a la lâcheté en plus. Il semble qu’il y ait partout, aujourd’hui, une lâcheté infinie : il y a plus de crimes qui se commettent en fermant les yeux que par vraie scélératesse.
Mais en l’espèce les yeux sont restés ouverts par fascination morbide, par voyeurisme. Freud, puis Jacques Lacan ont parlé de la « pulsion scopique », ou « scopophilie », qui renvoie aux zones les plus troubles de l’être, en dépersonnalisant totalement ce qui est regardé. Aussi c’est un trait de civilisation. À force de voir le déluge d’images dont chaque journée nous gratifie, on ne distingue plus l’image du réel : tout n’est que cinéma, ou jeu vidéo. Il y a là une véritable et constante aliénation : l’image sidère et anesthésie, elle ne nous ouvre plus les yeux sur la vie, et ce que nous voyons n’est plus qu’une fantasmagorie de somnambule, un rêve éveillé. Yeux grands ouverts peut-être, mais aussi grands fermés : Eyes wide shut.

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Voyeurisme 14 avril 13:14, par Françoise

Bonjour Michel

Malheureusement, ce que vous décrivez n’est pas nouveau mais existe depuis la nuit des temps face à une agression (quelle que soit sa nature).

La plupart des gens s’attroupent mais ne dénoncent pas et ne s’interposent pas. Pas forcément par peur ni par lâcheté, mais par commodité et protection de soi et du groupe.

Tant qu’une personne ne s’implique pas en réaction à un évènement qui génère de la violence extérieure, cette violence n’existe pas pour elle. Elle est niée par son esprit, parfois son corps, même si la personne l’a devant les yeux tous les jours.

C’est exactement ce qui se passe lors d’une agression.
Qu’elle se déroule sur la voie publique comme dans la sphère privée, familiale, conjugale.
Et généralement, les personnes qui voient et ne dénoncent pas, ne s’interposent pas, choisiront de prendre parti pour l’agresseur ou les agresseurs plutôt que pour la ou les victimes.

C’est comme cela que la ou les victimes sont isolées durablement de toute légitimité à se défendre et à protester et à dénoncer. Ce qui engendre le repli de la victime et des conséquences psychologiques aussi graves que celles provoquées par l’agression elle-même.

Un groupe social préfère subir que dénoncer et se battre contre l’injustice. D’où d’ailleurs la propension à l’agressivité jusqu’à la torture et au meurtre de masse, et la constante impunité, sachant cela, des dictateurs et dictatures, des va-t-en-guerre, des oligarques.

Jésus a vécu l’isolement et la non intervention de ses disciples lorsqu’il a été arrêté puis battu puis crucifié.

Seuls quelques proches ont été à ses côtés. Et eux n’ont rien fait non plus pour protester contre la violence qui lui était faite.

Donc voyez, ce type de réaction n’est pas propre à notre époque mais tristement humain.

Ce qui n’a pas empêché des gens de se mobiliser contre toutes formes de violences et d’injustices. Heureusement, il y a toujours des personnes pour entrer en dissidence par rapport au commun et permettre par leurs actions, leur courage, leur détermination à ne pas laisser la violence gagner.

Et c’est cela qui doit aussi nous aider à nous mobiliser et à garder espoir et confiance en l’humanité.
Heureux les artisans de paix, ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés, a dit Jésus.

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