Parution : 4 mai 2017
Présidentielle 2017 : Le silence assourdissant des évêques

Certes, la droite catho a échoué à faire élire son candidat de prédilection – François Fillon – qu’elle avait choisi par pure stratégie politique et électoraliste mais elle a au moins réussi à faire taire les évêques. A la différence de 2002, en 2017 c’est chacun pour soi et Dieu pour tous ! En substance, « les catholiques sont assez grands pour se décider eux-mêmes, ce seraient les prendre pour des ignorants si on indiquait clairement les choses. N’avons-nous pas proposé l’an dernier des critères de discernement : "Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique (1)" ?… » La majorité des évêques français observent un silence sépulcral quand les représentants des autres confessions et des associations chrétiennes se montrent largement plus clairs : ce sont ces derniers qui maintiennent la digue face au FN, l’épiscopat français étant submergé. C’est normal : ils n’ont pas affaire aux mêmes fidèles.

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Aujourd’hui, ce sont la droite filloniste et l’extrême droite lepéniste qui donnent le ton. Selon le sondage Harris pour La Croix au lendemain du premier tour de la présidentielle, les catholiques réguliers auraient voté pour le candidat LR à 44 % puis à égalité pour la candidate FN et le candidat EM avec 16 % (notons que
N. Dupont-Aignan, Premier ministre envisagé par l’éventuelle présidente Le Pen, atteint 7 %, derrière J.-L. Mélenchon à 9 % mais devant B. Hamon à 5 %). L’Eglise en France n’a jamais été autant en décalage avec le reste de la société française. En axant son propos sur ces questions sociétales, sur la morale – avec la bénédiction de Rome depuis des décennies –, elle est passée à côté de sa mission première : proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Pour paraphraser le théologien moraliste Paul Valadier : «  La mission de l’Eglise ne tient pas d’abord en une œuvre de moralisation ; l’Eglise elle-même n’est pas un grand supermarché de la morale, pourvoyeuse de valeurs et de normes éthiques en tous genres, avec service après-vente, comme beaucoup souhaiteraient qu’elle soit (…). La morale découle de la découverte du message évangélique, mais comme une suite seconde, logique, allant de soi, non comme un corset de contraintes dans lesquelles Dieu voudrait nous contenir. » (2) La hiérarchie l’a oublié ; au contraire, elle s’est acoquinée avec ceux qui font du christianisme avant tout une morale, un Syllabus qui s’actualiserait au fil des siècles, une pièce d’argent enterrée (Mt 25, 18). Au nom de la « vie » (comme ils disent) et d’une vision de celle-ci arriérée, dépassée, calcifiée, les extrémistes de Sens commun, Christine Boutin et autre Nicolas Dupont-Aignan ont plus de poids que ceux-là, engagés au cœur du monde, qui témoignent de l’amour de Dieu sans porter leur foi en bandoulière. Ils ne remplissent peut-être pas les églises et les pieux pèlerinages mais ne participent-ils pas – à leur manière – à l’eucharistie ? A la vie de l’Eglise ? Il faudra du temps aux évêques pour raccommoder cet accroc dans le tissu catholique qu’ils ont eux-mêmes causé ; quelque chose est cassé entre eux et la population française, entre une partie des fidèles et leurs pasteurs. Bien sûr, une poignée a pris la parole : Mgr Stenger, évêque de Troyes et président de Pax Christi France ; Mgr Wintzer, archevêque de Poitiers ; Mgr Blaquart, évêque d’Orléans ; Mgr Moutel, évêque de Saint-Brieuc-Tréguier. Ces quatre-là ont clairement dit qu’ils ne voteraient pas FN lors du second tour de la présidentielle. D’autres ont usé de circonlocutions et de messages subliminaux (en mettant en avant, notamment, la construction européenne) ; la patate étant trop chaude, pas facile de se dépatouiller. Ces évêques prudents conseillent, par déduction, de ne pas apporter son suffrage au FN sans clairement l’indiquer : Mgr Jaeger, évêque d’Arras-Boulogne-Saint-Omer ; Mgr Dufour, archevêque d’Aix-Arles ; Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes-Dol-Saint-Malo ; Mgr Ulrich de Lille. Jusqu’à l’évêque de Rome, dans l’avion qui le ramenait d’Egypte, bottant en touche avec cette phrase qui vaut son pesant de chapelets : «  Je vous le dis sincèrement je ne comprends pas la politique intérieure française (…). Je ne connais pas l’histoire des deux candidats. Je sais que l’un représente la droite… "forte", mais l’autre, à dire vrai, je ne sais pas d’où il vient. »
Dans un autre style, il faut noter le communiqué de Mgr Lebrun, archevêque de Rouen, qui bénit les électeurs et invente un concept fourre-tout : le « vote-l’Evangile-à-la-main » (sic) ; et le sermon de Mgr Rey, évêque « au front » de Fréjus-Toulon, qui implicitement explique qu’il votera FN en invoquant les fameux «  points non-négociables » wojtylo-ratzingeriens… A cette heure, plus personne d’autre ne s’est exprimé. Ils ont avalisé le communiqué du 23 avril sans broncher. Nous avons cherché à obtenir davantage d’éclaircissements de la part de la Conférence des évêques de France (CEF) : le lecteur pourra constater que le buis brut est toujours l’espèce la plus récoltée chez les évêques et ceux qui font vivre cette Conférence. Ainsi, le porte-parole de la CEF, V. Neymon, lequel nous précisa en préambule de sa réponse : « la CEF a pris la parole dès le soir du 1er tour par un communiqué circonstancié qui rappelle le rôle que se donne la CEF d’une part et 7 points fondamentaux en plus de principes de la Doctrine sociale de l’Eglise (DSE) d’autre part. A ce jour, aucune autre prise de parole n’est prévue. Nous considérons que ce communiqué suffit à expliciter ce que la CEF veut dire. » Nous le déplorons, tant les enjeux sont graves. Par bonheur, Mgr Brunin, évêque du Havre, a bien voulu expliciter cette position et proposer sa propre méthode. Qu’il en soit ici remercié, de même que le P. Brémond d’Ars, prêtre du diocèse de Paris et sociologue, qui a pu traduire pour nous cette position et les fractures qui traversent aujourd’hui l’Eglise en France.

Enfin, la rédaction de Golias a une pensée pour le P. Joseph Nurchi, curé de Denain (Nord), qui a rejoint en février dernier le collectif non partisan Couleur(s) République, afin de lutter contre l’abstention et l’abstentionnisme et donc faire barrage au FN. Un élu frontiste l’a dénoncé à l’archevêque de Cambrai. Le prêtre confia à La Voix du Nord (3) : «  Monseigneur Garnier m’a transmis la lettre de Sébastien Chenu. Pour l’instant, il n’y a pas eu de suite. Mgr Garnier n’a pas fait de commentaire particulier (…). Cette méthode m’a rappelé celles de la Seconde Guerre. C’est une lettre de dénonciation. Je ne sortirai pas indemne de tout ça.  » C’est dire s’il est important de briser ce silence. Courage, Joseph ! Golias (illustration image Criscréa)

Notes :
1. http://www.eglise.catholique.fr/actualites/dossiers/elections-2017/428276-monde-change-retrouver-sens-politique-introduction/
2. P. Valadier, Lettres à un chrétien impatient, Paris, La Découverte, 1991, p. 187.
3. http://www.lavoixdunord.fr/153890/article/2017-04-26/le-pretre-s-oppose-au-fn-le-conseiller-regional-s-en-plaint-l-archeveche

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Quand Golias regrette que l’Eglise ne s’engage pas en politique, n’est-il pas la caricature de ce qu’il dénonce ?

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l’Eglise a une nouvelle fois montrée son manque de courage et sa médiocrité, en ne prenant pas position face à la honte du FN.
Surtout que toutes les autres religions ont adressées un message .
les réacs cathos auraient bien voulus nous faire revenir 50 ans en arrière, .....mais raté !.....le candidat de la droite (et celui du FN) ont été balayés par les français, qui ont agis plus intelligement. Reste que l’eglise n’a pas montrée une belle image une fois de +

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Voici le contenu de la lettre que je viens d’envoyer à l’évêque (silencieux) de notre diocèse :
Monsieur,
C’est avec beaucoup d’inquiétude que j’ai lu l’intervention de la CEF, par son porte-parole, concernant les élections présidentielles, et qui ne contenait aucune prise de position.Il me semble pourtant que voter pour un parti ouvertement xénophobe et discriminant des personnes, n’est absolument pas compatible avec le message de Jésus : "J’étais étranger et vous m’avez accueilli..." de même que "Dieu ne fait pas acception des personnes." et tant d’autres paroles ! C’est tout les sens de la Bonne Nouvelle !
De plus, les prises de position sur la famille (Manif pour tous, sens commune) brouillent le regard sur la vie sociale actuelle. Le modèle familial "papa, maman, les enfants" (et les vieux à la maison de retraite !) est un modèle culturel récent, occidental, qui n’est pas, de-soi, une garantie d’éducation heureuse pour les enfants et, en aucun cas, une référence à proposer, voire à imposer (refus du mariage pour tous, de la PMA...) comme norme à ceux qui vivent autrement.J’ai dans les yeux l’image lumineuse d’un couple de jeunes femmes et de leur petite fille née par PMA : le désir d’enfant est plus porteur de vie que le devoir conjugal ou l’accident !
Il est bon aussi de se rappeler la phrase d’Edith Stein : "Pour les chrétiens, il n’y a pas d’homme étranger. C’est chaque fois le prochain que nous avons devant nous et qui a le plus besoin de nous. L’amour du Christ n’a pas de frontières." Etrangère, juive en son Carmel, elle connaîtra les camps d’extermination. Pendant la guerre, face au nazisme, il y a ceux qui ont été des acteurs et ceux qui ont laissé faire. Actuellement, telle est la position de la CEF : laisser faire. Quelle en sera la finale ?
Jésus a mangé avec les prostituées et les pécheurs, sans stigmatiser la moralité ou l’immoralité de leur vie. Il a demandé à boire à une femme étrangère, la samaritaine. Si nous rejetons les étrangers, qui nous donnera à boire ? Respectueusement."

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Il y a quelque chose de comique à voir les plus laïcards exiger (le mot n’est pas trop fort) que les évêques donnent des consignes politiques, contre Mme Le Pen bien entendu. Il est vrai que le pauvre Jean-Luc Mélenchon n’est pas mieux loti. Lui qui méprise toute espèce de religion, se retrouver mis dans le même panier que ces fichus mitrés...Le Monde, Libération publient ces derniers jours des articles surprenants sur ces thèmes.
Mais le plus comique est sans doute de lire un article de Golias, qui habituellement est plutôt peu favorable à ce que les évêques donnent des instructions aux laïcs, souhaiter qu’ils le fassent, et que ces derniers obéissent : Golias comme officine prônant le cléricalisme, c’est nouveau !

Y’a pas : le FN rend fou tout le monde.

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La rédaction de Golias
Parution : 3 février 2016
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