Parution : 8 mai 2017
Lytta Basset : « Dans la Bible, c’est le cœur qui est le siège de l’intelligence »

Lytta Basset est née le 25 avril 1950 à Raiatea en Polynésie française d’un père pasteur missionnaire et d’une mère poète. Elle a reçu une formation philosophique (maîtrise et préparation de l’agrégation) et théologique (doctorat sur le problème du mal subi, de ses séquelles, des questions de culpabilité, pardon et réconciliation). Philosophe et théologienne protestante, elle a été pasteure de l’Église réformée à Genève, elle a ensuite occupé un poste de professeure de théologie pratique à la Faculté de théologie de l’Université de Neuchâtel. Lytta Basset a une spécialisation en théologie pratique, particulièrement dans le domaine de l’accompagnement spirituel, de la relation d’aide, de l’articulation entre spiritualité et sciences humaines. Elle a vécu et travaillé en Inde, en Iran, à Djibouti et aux États-Unis.

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L’auteure d’Aimer sans dévorer et d’Oser la bienveillance a mis beaucoup d’elle-même dans La Source que je cherche, essai remarquable qui renverse les idées reçues sur la perception du divin, nous montre les impasses d’une certaine théologie trop sûre d’elle-même, et nous invite à nous découvrir ou nous re-connaître comme des assoiffés d’infini. Il arrive que l’on soit témoin du monde de l’Invisible. Mais quelle que soit l’intensité de cette expérience, pourquoi cesserait-on d’être en quête, interroge Lytta Basset ?

«  On serait alors tenté d’invalider le témoignage d’autrui : ne s’étripe-t-on pas encore et toujours entre témoins qui, persuadés d’avoir trouvé “Dieu”, ne Le cherchent plus ? En revanche, on s’enrichit d’autant plus des expériences spirituelles des autres qu’on demeure profondément des chercheurs. Personnellement, j’ai beau avoir plusieurs fois vécu des rencontres lumineuses avec Lui, mon pain quotidien reste la quête. Impossible de thésauriser. » Pour Lytta Basset, il importe davantage d’être crédible pour autrui par son comportement que croyant déclaré. La Vie nous offre bien des manières de nourrir notre désir de la Source, pour autant que nous acceptions d’endurer le vide que creuse en nous le retrait des autres, de l’Autre. Une rencontre assez rare et d’une intensité remarquable dans une époque troublée et qui nous invite à prendre le temps de rencontrer l’autre pour mieux rencontrer Dieu. Bertrand Gaufryau

La quête de Dieu

Golias Hebdo : Vous avez toujours mis beaucoup de vous-même dans vos ouvrages. Cette démarche très personnelle est-elle quelque part une manière de partir à la quête de la Source ?

Lytta Basset : Oui tout à fait. Je développe assez souvent cette thématique selon laquelle le Vivant est indissociablement lié au vivant. Lorsque je cherche la Source, je cherche les mini-sources qui portent cette même empreinte du divin en elles. Plus j’avance dans le temps et plus je ressens l’urgence de rejoindre les gens là où ils sont. Ce qui établit des ponts avec ceux qui m’écoutent lors de mes conférences ou de mes rencontres diverses ou bien encore avec mes lecteurs, c’est souvent que j’évoque des questions d’ordre personnel.

G. H. : La quête de cette Source est quotidienne, dites-vous. Relier cette quête à sa spiritualité d’enfant, ouvrir son intelligence, et pratiquer la justice : dites nous comment et pourquoi ce triptyque peut constituer le début du chemin…

L. B. : Mon premier chapitre s’intitule précisément « premiers pas vers la Source ». Il n’est pas anodin de commencer par la spiritualité d’enfant. Jésus faisait part de son émerveillement en évoquant sa perception des « tout petits ». Ils n’ont pas la parole mais comprennent les choses de Dieu là où les « sages » ne les saisissent pas. Nous avons aussi tous en nous une part « toute petite » - essentiellement sensorielle - qui est imprégnée du Divin. Mais, nous avons aussi une part « sage et intelligente ». Avec elle, nous pouvons également rencontrer Dieu pour autant que cette sagesse et cette intelligence soient mises au service de ce que nous avons de plus « petit » en nous, de plus proche de notre esprit d’enfance. Jésus ne cesse de dire que si nous souhaitons nous rapprocher du Royaume, donc de notre dimension spirituelle, il nous faut ressembler aux enfants et nous « abaisser » au niveau de l’enfant. Toutes les paroles de Jésus vont dans le sens de l’écoute de l’enfant qui est en nous. Nous avons par exemple trop longtemps considéré le catéchisme comme quelque chose qu’il fallait « inculquer ». Jésus, lui, dit que les « tout petits » ont la révélation du Divin à travers leur corps, leur ouverture au monde, leur soif relationnelle. Sensibilité aux choses divines que nous perdons en tant qu’adultes. L’anthropologie biblique est holistique : toutes les dimensions, y compris la pensée, sont nécessaires et nous constituent. Cependant, l’hypertrophie de la logique et du mental nous barre l’accès à la Source.

G. H. : Ouvrir son intelligence dites-vous aussi…

L. B. : Oui effectivement. Dans la Bible, c’est le cœur qui est le siège de l’intelligence. Il n’est pas seulement l’organe physique mais aussi le lieu de l’affectivité et le siège de l’intelligence, y compris émotionnelle, et y compris l’intelligence du Sens. Comme pour les disciples d’Emmaüs, le cœur qui « brûle » est la source de ce discernement. C’est une unification de toutes nos dimensions affectives, émotionnelles, corporelles, intellectuelles et pratiques. Cela nourrit notre compréhension des Écritures : nous y discernons « ce qui nous concerne », comme Jésus l’a fait devant les disciples d’Emmaüs. Il les a ainsi aidés à discerner ce qui allait les faire bouger, avancer dans leur quête de la Source.

(découvrez l’ensemble de notre entretien dans Golias Hebdo n°476)

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Effectivement, l’intelligence émotionnelle qui n’est souvent plus aussi écoutée à l’âge adulte, permet un accès au divin dès l’âge le plus tendre et hors des circuits éducatifs religieux.

Un accès direct qui souvent, se trouve perdu ou décrédibilisé par l’éducation religieuse, familiale aussi parfois et bien évidemment par l’éducation scolaire.

Et qu’il faut pouvoir retrouver pour disposer d’un socle intérieur stable.

Ce qui est aussi banni et ce dont ne parle pas ou peu Lytta Basset dans cet article, c’est l’intelligence pratique. C’est manifeste qu’il y a un rejet de l’intelligence pratique dans l’éducation scolaire générale (la plus mise en valeur), qui théorise de plus en plus, sans recours technique et pratique la plupart du temps. Ce qui ne permet pas de donner du sens à ce qui est théorisé en intelligence raisonnée. Un vrai manque éducatif qui se double d’une perte pratique du fait du consumérisme et de l’industrialisation.

Et avec la radicalisation religieuse, on voit aussi ce même phénomène de rejet de l’intelligence pratique. A la limite, l’intelligence émotionnelle est beaucoup moins rejetée dans la mesure où elle peut, avec de la manipulation mentale, constituer une opportunité d’abus et de domination.

Maintenant, est-ce que l’intelligence émotionnelle est en capacité de pouvoir poser un discernement spirituel ? Pas sûr...
On le voit dans les mouvements charismatiques, pentecôtistes où l’émotionnel est utilisé à outrance justement pour piéger les individus et leur faire faire tout et n’importe quoi, au nom de la part d’enfance spirituelle.
Et on voit aussi ça dans pas mal de sectes.

Même si l’on sait que dans ces mouvements intégristes, ces sectes,il s’agit davantage d’un appel à une intelligence émotionnelle mal comprise et dévoyée (plutôt une mise en scène d’une régression infantile et éloge de l’immaturité psycho-affective), je trouve que Lytta Basset ne précise pas suffisamment que c’est plutôt dans l’harmonie entre intelligence émotionnelle, intelligence raisonnée, et intelligence pratique, harmonie qui va varier selon les individus et les sensibilités, les parcours de vie, les interactions, les rencontres, que se trouvent différents chemins spirituels vers la Source.

Opérer une sorte de réconciliation en soi entre les trois formes d’intelligence est une première étape.
Et qui doit pouvoir éviter l’écueil de la régression infantile perpétuelle comme l’écueil de la rigidité façon contrôle absolu de l’intelligence raisonnée et pratique.

Et je crois que cette recherche d’harmonie et d’équilibre, sans rejet de toutes les formes d’intelligence qui nous constituent, c’est la conquête spirituelle de toute une vie.

Et ce n’est pas donné à tous. Car il faut auparavant avoir conscience de la nécessité de cet équilibre et le chercher.

Ne pas penser qu’une intelligence vaut plus que les autres. Et comprendre que c’est aussi là-dessus que porte le message de Jésus : nous permettre justement d’opérer cette réconciliation intérieure, cette harmonie en nous pour pouvoir mieux aimer et se laisser aimer aussi.

Est-ce que tous les croyants ont conscience de ça et font ce lien, parviennent à cette réflexion ?

Je n’en suis pas sûre du tout.

Je ne suis même pas sûre qu’une majorité d’entre nous a réfléchi sur comment il interagit avec les autres et quelle est la forme d’intelligence qu’il ou elle utilise le plus au quotidien.
Et pourquoi il ou elle l’utilise prioritairement et dans quels domaines de sa vie et comment spirituellement ça se passe et quelles conséquences justement cela a dans notre vie spirituelle quotidienne.

Ce type d’interrogation ne fait pas encore partie des interrogations, pour le moment en tout cas, de la plupart des croyants.
Même si le sujet est passionnant et nous apprend beaucoup sur nous-mêmes et sur le rapport aux autres. Sur nos échanges humains en général.

C’est là où peut-être, la formation intellectuelle riche de Lytta Basset, la coupe un peu des croyants lambdas qui n’ont pas sa formation. Et du coup, rend un peu son discours inaccessible.
Si dans sa démarche, elle tente de se rapprocher en intégrant la multiplicité des parcours et démarches, je ne suis pas sûre qu’elle ait compris que ses contemporains sont encore très très loin du stade où elle est rendue.

Et qu’il faudra du temps et un certain lâcher-prise, une conscientisation sans complaisance de leur propre fonctionnement, pour que l’ensemble des croyants parviennent à cette étape spirituelle qui est celle de réaliser l’unité intérieure, ce qu’en psy on nomme l’individuation.

La seule certitude que nous pouvons avoir quel que soit notre stade d’évolution spirituelle, c’est que Jésus où que nous en soyons, ne nous laissera jamais tomber et accepte le stade où nous sommes dans notre spiritualité et fait avec, travaille avec ce que nous sommes, ce que nous portons, le bon comme le moins bon, et nous fait toujours confiance. Et ça, c’est super constructif, rassurant, réconfortant, déculpabilisant et mobilisateur.

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Fadasse et pas très pertinent 10 mai 08:44, par Cassianus

Des banalités tout à fait conformes aux idées reçues modernes, rien qui les « renverse ». Même le vocabulaire est un appel de phares pour bien signaler que l’on est dans l’impeccablement consensuel. « Émerveillement », « l’enfant qui est en nous », « holistique », « les faire bouger », etc. : c’est du verbiage écolo-bio-gnangnan typique d’une paroisse francophone irréprochablement terne et safe.

Passons au contenu. Dire que, dans la Bible, c’est le cœur qui est le siège de l’intelligence — ce qui est vrai — ne revient pas à légitimer une forme quelconque d’anti-intellectualisme. Les auteurs bibliques ont tous recours à des raisonnements pour convaincre leurs lecteurs de la vérité de certaines croyances. Pour ce qui est de devenir comme des enfants, dans l’enseignement qui est attribué à Jésus dans les évangiles, il ne s’agit pas d’une injonction à rester ignorant, naïf, crédule, ni même seulement impulsif. Ce n’est pas la mentalité des enfants que Jésus donne en exemple, mais leur petitesse et leur soumission — parce qu’en Israël, en ce temps-là (et sans doute partout dans le monde), les enfants n’avaient pas de droits. Ils étaient, en ce sens, encore plus méprisés que les femmes. Rappelons-nous que, pour donner une idée de l’importance d’une foule, on disait le nombre d’hommes (adultes) qui s’y trouvaient. Les femmes et les enfants, pour les Hébreux, faisaient partie du cheptel. Jésus veut des disciples soumis, pas des ergoteurs, pas des gens qui veulent savoir où on les mène. Il s’agit d’une revendication d’autorité absolue : il est, lui, le Seigneur, et la sagesse, pour tout le reste des humains, consiste à lui obéir sans protester ni demander de garanties. Il n’a rien contre l’intelligence (« soyez habiles comme des serpents »), pourvu qu’elle ne s’exerce pas à tort, c’est-à-dire pour mettre en doute son infaillibilité. Ce qui, évidemment, n’a strictement rien d’original, et encore moins de sympathique pour des idéologues égalitaristes. L’« esprit d’enfance », la « petite voie », sont des fantaisies théologiques de l’époque moderne. L’amour de Jésus pour les enfants est un corollaire logique de sa volonté de domination. Il aime les enfants parce qu’eux, au moins, ils viennent à lui sans lui poser de questions.

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Nous avons décidément une conception différente de la vérité qui rend le débat difficile : la vérité est-elle subjective ou objective ?

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