Parution : 8 mai 2017
Lettre aux catholiques opposés à l’accueil des réfugiés

Chers amis,
Vous n’êtes pas une minorité, à ce que disent les médias, à vous montrer réservés pour recevoir dans vos communes les réfugiés qui fuient leur pays, seuls ou en famille. Entonnant le même refrain qu’un parti politique pour lequel l’émigration est l’origine de tous nos maux, vous vous prononcez vous aussi contre l’accueil systématique de ces gens originaires de Syrie, d’Afghanistan, d’Erythrée, du Nigéria, du Soudan du Sud, etc.. qui ont quitté leur pays à feu et à sang, affamés, menacés de mort ou de prison, chassés de chez eux ou condamnés à la torture.

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Vous vous êtes laissés convaincre qu’accueillir ces gens, pour la plupart de culture et de religion différente de la nôtre, conduisait à une invasion qui submergerait en quelques générations notre vieux pays français, de souche latine et catholique. En conséquence, vous les voyez spontanément comme des envahisseurs ou des profiteurs à l’affût de bénéficier des avantages de notre société occidentale ou encore comme des prédateurs qui viennent prendre les emplois disponibles et du coup les soustraire à nos compatriotes au chômage. Ils ne sont pourtant actuellement que quelques trois mille réfugiés sur le territoire français, loin du nombre envisagé par le gouvernement (autour de trente mille), ce qui est une goutte d’eau dans un pays de soixante- six millions d’habitants ! Vous allez même, bon nombre d’entre vous, jusqu’à envisager sans complexe de confier prochainement vos suffrages à la candidate à la présidentielle qui promet de verrouiller les frontières de notre hexagone à double tour et d’organiser des ponts de charters pour ramener chez eux ces étrangers. Il n’y a pas, pensez-vous, de contradiction entre vos opinions et l’identité chrétienne que vous revendiquez, en participant à la messe dominicale, en faisant baptiser, confirmer et catéchiser vos enfants et en vous acquittant du denier du culte... Le sentiment que vous partagez n’est pas, selon vous, de l’égoïsme, car l’amour fraternel doit s’exercer prioritairement envers les membres de notre famille et de notre société française, malades, pauvres, chômeurs.... N’est-ce pas ce que Jésus a fait à longueur de jours et de mois dans son milieu juif vis-à-vis des estropiés, des aveugles, des mal en point de toutes sortes ?
Assurément, je le reconnais, et il a sillonné dans tous les sens sa Galilée natale pour venir en aide à ses compatriotes en difficulté. Mais vous souvenez-vous que lorsqu’il lui est arrivé d’être sollicité à l’improviste par une non-juive hors de son périple, il s’est trouvé désemparé face à la question redoutable : j’accueille ou j’accueille pas, je me rends disponible ou je me referme sur mon pré-carré, je l’envoie promener ou je lui fais une place ? Laissez-moi vous raconter l’histoire évangélique que vous avez sûrement entendue et qui a été un tournant décisif dans l’existence de Jésus. On la trouve en Marc 15, 21-28 et Matthieu 7, 24-30.

Ce jour-là, Jésus – pour quelle raison ? pour reprendre souffle après des semaines de forte activité ? les évangiles n’en soufflent mot - franchit la frontière nord de la Palestine et vient passer un moment dans la région de Tyr et de Sidon où il souhaite séjourner incognito. Mais impossible de passer inaperçu. Sa réputation le précède. La rumeur annonce sa présence dans une maison. Et voilà qu’une femme cananéenne, donc païenne qui n’a pas une goutte de sang juif dans les veines, s’y précipite. Elle se jette aux pieds de Jésus et se met à crier : « Délivre ma fille du démon impur qui la tourmente cruellement ! » De quelle affection la fille souffre-t-elle réellement ? De crises épileptiques, ou autres manifestations qui la mettent dans tous ses états ? On l’ignore. En ce temps-là, toutes les maladies physiques, nerveuses ou psychologiques sont considérées comme l’oeuvre du chef des démons, Béelzéboul et de ses acolytes. Que va faire Jésus ? Lui qui se croit uniquement investi par son Dieu pour une mission s’exerçant au profit de ses compatriotes juifs de Palestine, est interloqué. Il commence par ne pas répondre à la femme, il garde ses distances vis-à-vis de cette intruse braillarde. Et quant aux cris persistants de celle-ci ses disciples lui demandent de faire quelque chose en sa faveur car elle leur casse les oreilles. Il résiste et il ne mâche pas ses mots à l’ égard de l’importune : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël », sous-entendu : « Tu ne fais pas partie du périmètre qui m’a été assigné. » Entendez-vous ces paroles tomber sèchement des lèvres de Jésus, et accompagnées d’un regard réprobateur ? En son for intérieur, Jésus se défend : « Mais enfin il y a des limites ! Dieu ne m’en demande pas tant ! Ce qui est de mon ressort, j’essaie de le faire le mieux possible, cela suffit. » Mais la femme n’écoute pas, elle s’obstine, elle ne lâche pas Jésus d’une semelle, elle s’accroche à lui et ne cesse de répéter à grands cris : « Aide-moi, s’il te plaît. Ne m’abandonne pas. » Jésus ne se laisse pas impressionner par ses démonstrations insistantes et il lâche ses disciples qui doivent dissuader la femme de continuer à s’agripper à ses basques :
« Il n’est pas bon, lui lance-t-il, de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens », entendons : « Ma mission concerne uniquement mes compatriotes juifs, ce sont les enfants chéris de Dieu en vertu de ses promesses anciennes à Abraham et Moïse ; les non-juifs dont tu fais partie n’ont pas droit à la table des enfants, ils ne sont que les petits chiens de la maison. » Ces propos sont arrogants et discriminatoires. Ils consonnent avec le mépris habituel que professent les juifs pieux au temps de Jésus à l’égard des non-juifs réputés impurs et dont il faut se tenir à distance pour ne pas devenir soi-même impur. Mais la femme futée ne se décourage pas et réplique avec le meilleur bon sens et peut-être un grand sourire : « Mais les petits chiens de la maison se contentent de manger les miettes des enfants qui tombent de la table. »

La conscience de Jésus

Devant tant d’audace et d’obstination de la part de la cananéenne, il se passe alors soudainement dans la conscience de Jésus comme un revirement à cent quatre-vingts degrés. Il lâche soudain ses défenses en comprenant d’un coup l’absurdité des mesures de discrimination religieuse imposées aux non juifs, les uns ayant droit au pain, les autres aux miettes seulement. Il réalise en un éclair que le Dieu dont il est le témoin ne privilégie pas plus les uns que les autres et que c’est lui Jésus qui jusqu’à cette heure s’impose des barrières et s’autocensure. S’élargit alors, sous les coups de boutoir de la femme, le champ de sa mission cantonnée précédemment aux juifs. Une véritable conversion s’opère : il regarde droit dans les yeux l’étrangère et lui dit sur un ton d’admiration : « ô femme grande est ta foi, qu’il t’arrive comme tu veux. A cause de ta parole, le démon est sorti de ta fille. » Et la fille retrouva ses esprits.

Quelle transformation en Jésus ! De crispé qu’il était sur l’idée qu’il avait de sa mission, d’enfermé dans ses préjugés, il franchit un pas considérable dans sa représentation de Dieu et il s’ouvre à des horizons qu’il n’avait jamais envisagés. Il réalise que le Dieu d’Israël s’offre à tous, juif ou non juif, sans préalable et sans condition. Les barrières antécédentes sont pulvérisées. Se réclamer de ce Dieu, c’est être au service de tous les humains qui sont des frères sur le même pied d’égalité. Jésus a donc évolué dans la conscience qu’il avait du visage de son Dieu et de la responsabilité singulière qui lui incombait. De cette évolution, on fait souvent l’impasse dans les discours chrétiens en laissant entendre que dès le départ Jésus était intérieurement au fait de son parcours, de ses choix, du champ de ses activités. Comme si, considéré comme personnage divin, ce n’était pas digne de lui de chercher son propre chemin. En le voyant tâtonner, hésiter, se raidir, puis céder à l’exigence intime d’ouverture devant l’appel de son semblable, comment ses disciples, vous et moi, ne serions-nous pas capables d’opérer nous aussi le saut périlleux mais libérateur de l’accueil du réfugié qui frappe à notre porte avec obstination et que nous voyons si démuni ?

Frères catholiques qui avez peur que s’ouvrent nos frontières, qui voyez d’un mauvais oeil que s’installent dans votre commune des réfugiés, qui envisagez leur présence comme une menace, relisez et méditez l’évangile de la rencontre de Jésus avec la cananéenne. Vous résistez ? Vous craignez d’abandonner vos convictions présentes ? C’est humain. Mais, le pas franchi et vos préjugés abandonnés, vous constaterez que votre conscience et votre coeur se seront élargis à la manière de ce qu’a vécu Jésus. Vous sentirez en vous une liberté nouvelle. Et il s’en suivra une fécondité pour tous ! Jésus a fait sa part. A nous de faire la nôtre ! Jacques Musset

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S’il ne s’agit pas de tous les accueils, y compris de celui des enfants imprévus, des nés en trop, de la chair à expérimentations, des handicapés qu’on pourchasse avant la naissance au lieu de travailler à les soigner, des enfants de pauvres, du hasard et de la nécessité, des victimes de l’avortement ou de la solitude, des prochains ignorés, de ceux qui manquent de pain et de ceux qui manquent de conversation, de symboles de beauté et d’âme, votre discours est une gifle hypocrite et mondaine. Accueillir le migrant c’est chic. Lutter contre ce qui oblige des gens qui ne l’auraient pas souhaité à quitter leur pays c’est plus difficile et moins couru. Parler d’accueil, très bien, mais accueillir vraiment et aussi des gens moins médiatiques c’est plus rare et précieux.

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- Dans la rubrique: ECCLESIA
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