Parution : 12 mai 2017
Présidentielle : un épiscopat aux abonnés absents
Par Golias

Il aura fallu la réplique papale dans l’avion Le Caire-Rome pour voir quelques évêques sortir de leur réserve. Celle-ci était si grossière ! Imagine-t-on un pape - chef d’Etat européen, après tout - ne pas s’intéresser à l’élection présidentielle française scrutée par toutes les chancelleries, après l’élection de Donald Trump et le Brexit ? François ajoutait en tout cas du doute à l’indécision et reconnaissait, implicitement, que le nonce apostolique Ventura n’exerce pas correctement sa mission. Il faudra donc en changer. Mais l’incendie redoublait et la pression sur la Conférence des évêques de France (CEF) s’accentuait. Des évêques cherchèrent alors à donner quelques indications… Revue de détails – à grands traits – des différentes positions adoptées par l’épiscopat français, pour le meilleur et pour le pire.

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Ils s’en souviendront longtemps de ces élections présidentielles ! Alors que la France vient de confier son destin à Emmanuel Macron plutôt qu’à Marine Le Pen, l’Eglise en France sort laminée de cette séquence. En 2002, la Conférence des évêques de France (CEF) avait nettement appelé à voter pour Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen ; quinze ans plus tard, face à sa fille, elle s’est montrée incapable de réitérer. Son communiqué, sur lequel nous sommes revenus entre les deux tours (cf. Golias Hebdo n° 479), affligea jusqu’au sein de la Conférence elle-même, ce qui explique notamment les sorties plus nettes de quelques évêques dans les jours qui suivirent et à mesure que la polémique enflait.

Celle-ci est venue de diverses parties. Des évêques eux-mêmes, d’une part, dont l’immense majorité avalisait le communiqué lapidaire avec ses points de « discernement » et son côté Ponce Pilate qui déconcerta bien des chrétiens et des non chrétiens. Du pape argentin en personne, d’autre part, qui dans l’avion qui le ramenait d’Egypte avoua ne rien connaître à la politique française et sembla renvoyer dos-à-dos la candidate de la droite « forte » et le candidat dont « [il] ne sai[t] pas d’où il vient ». De la planète Mars, peut-être ? Cette grave inconséquence rompit le silence de quelques évêques, lesquels rappelèrent peu ou prou qui était qui. Trop tard. Et inefficace. Car, dans le même temps, responsables protestants, juifs et musulmans signaient une déclaration commune appelant à voter pour le candidat En Marche ! à laquelle la Conférence refusa de prendre part car « ne correspond[ant] pas à la position qui est la nôtre depuis le début de la campagne. On ne s’y reconnaissait pas », confession de l’inénarrable Vincent Neymon, porte-parole de la CEF que nous connaissons désormais bien. Quel aveu !

Mais l’épiscopat français est aujourd’hui dans une situation difficile. Il se prend, impuissant, les retours de flammes de la politique de Jean Paul II (1978-2005) puis de Benoît XVI (2005-2013), apologisant la vie réduite à la biologie et persistant à défendre une vision restreinte de la liberté. IVG ? Interdit ! Pilule ? Prohibée ! Droit à mourir dignement ? Condamné ! L’Eglise n’a pas totalement renoncé à diriger les consciences, à s’immiscer dans les chambres à coucher. Ceux des chrétiens que ces discours exaspéraient ont fini par se retirer sur la pointe des pieds ; ne restèrent que les chrétiens les plus ardents à défendre une vision ancienne du catholicisme, ceux pour qui Vatican II (1962-1965) qui ancra l’Eglise dans la modernité était allé trop loin. Ainsi, la Manif pour tous a pu faire croire à nos évêques que ces chrétiens étaient l’avenir, qu’ils avaient le nez fin et raison avant tout le monde. Hélas ! Elle acta le divorce entre chrétiens et société, jusqu’à voir plus de 60 % des électeurs catholiques voter au 1er tour d’une présidentielle majoritairement pour un candidat cupide et une candidate extrême. Pour ne pas déplaire à ces chrétiens réacs (qui donnent beaucoup au denier de l’Eglise), les évêques ont minaudé ; aux chrétiens ouverts sidérés par cette attitude, ils ne répondirent pas clairement. Or, s’il n’a jamais été question pour eux de dire aux électeurs pour qui il fallait voter, comme autorités morales consultées par l’Etat régulièrement, les évêques devaient malgré tout se faire plus explicites, rappeler l’Evangile dont le message n’a rien à voir avec les programmes d’exclusion et de peur, marteler leur attachement à la démocratie et aux valeurs de la République.

C’est dans les diocèses désormais que les choses vont être difficiles pour eux. Après ce piteux épisode, des chrétiens déjà désabusés ne verront plus leurs pasteurs du même œil ; quelque chose s’est brisé dans la relation évêques/ouailles engagées. Un lien s’est aussi rompu (enfin !) avec les militants de la Manif pour tous et de Sens commun qui attendaient de la CEF un engagement anti-Macron, en raison des lois sociétales, confondant ainsi l’isoloir et le confessionnal. Ces derniers sont en droit de nourrir quelques ressentiments à l’endroit des évêques : ne les ont-ils pas soutenus dans leurs combats d’arrière-garde sous le quinquennat Hollande ? C’est l’autre aspect de cette problématique. L’Eglise catholique peut-elle rester figée encore plus longtemps dans ces concepts moraux qui l’empêchent d’avancer ? L’Eglise catholique peut-elle être un peu plus positive à l’égard de tous ?

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Si l’on en croit l’hebdo "le pélerin" 29% des cathos pratiquants réguliers et 46% des occasionnels auraient voté M.Le Pen. JE NE COMPRENDS PAS, et je n’arrive pas à y croire.

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il y a longtemps que l épiscopat est aux abonné absent
seul les protestant les juifs et les arabes ont dit ne pas voter marine et en France monseigneur Pontier aux abonnes absent mais présent a adoubement de macron tout est dit

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Je suis dans une paroisse (7 clochers) qui était dynamique enmmenée par une jeune curé ( quadragénaire) dynamique ouverte , comme celles de VaticanII et notre curé en a eu assez de sa hiérarchie de l’impossibilité d’avoir une vie affective normale et au grand jour . Il a quitté le ministère . résultat églises vides ronron blabla ... et silence épiscopal .
Et pourtant des familles demandent le baptême pour leur enfant , des jeunes se marient et....puis plus rien ...plus de vie chrétienne de la forme . Espérons que la place vacante ne soit pas occupée par in de ces jeunes prêtres en soutane et col romain ...
Espérance ..

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Bon, je crois vraiment que vous devriez arrêter d’attendre quelque chose des évêques... dossier pédophilies, non condamnation des extrêmes... misogynie complète etc. etc.

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"Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive" dit Jésus.

La séparation entre le monde et l’Eglise est actée depuis la crucifixion de Jésus. Les deux sont irréconciliables car "on ne peut servir deux maîtres à la fois, Dieu et l’argent" dit la bible.

Veuillez noter non seulement mon soin de démontrer mes dires, mais également de trouver des justifications dans la Bible, pour échapper au supposé "cléricalisme" dont je serais victime. J’espère que cela me vaudra des arguments et non des fatwas obscurantistes ...

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