Parution : 19 mai 2017
Fatima version François

Tout a commencé en 1915 par la première vision d’une « figure ressemblant à une statue de neige ». Lucia la petite bergère, la voyante âgée de sept ans, fut punie par ses proches lorsqu’elle le raconta à ses parents. On lui imposa alors, pour continuer à garder les bêtes, deux autres compagnons de six et sept ans, Jacinta et Francisco.

18 commentaires
En pied de l'article.

Pénitence, constructions de chapelles, prières, souffrances… Voilà les mots employés par les «  apparitions » – de Jésus, Marie ou de quelque autre saint du ciel –, l’apocalypse décrite aux «  voyants  ». Des apparitions inscrites dans la durée, empreintes de «  spiritualité chrétienne un peu éthérée », selon François sur Medjugorje, avec une Vierge en « chef du bureau de poste qui enverrait des messages tous les jours ». Quel rapport avec Fatima, où François s’est déplacé en « pèlerin  » les 12 et 13 mai dernier pour canoniser deux des « voyants » ? C’est le même processus utilisé, il n’y a que l’époque qui change. La Vierge, en Bosnie-Herzégovine comme au Portugal ou en France à Lourdes au mitan du XIXe siècle, répèterait inlassablement lors de ses apparitions qu’il faut nous confiner en dévotions, signer des chèques mirifiques pour la construction d’églises, faire pénitence, prier… Aucun message positif dans cette théologie : il s’agit de nous répéter, nous sauvés dès le départ par Jésus-Christ, que nous sommes des éternels à-racheter, qu’il nous faut payer pour être sauvés. Qu’il nous faut sacrifier. Peu de rapport avec l’Evangile.

Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de remettre en cause la foi populaire, celle qui s’inscrit dans l’inconscient collectif de l’humanité, attachée aux rites, aux sacrifices(1)… Cela existe depuis la nuit des temps ; nous respectons cette foi simple, vécue souvent laborieusement, mais il faut sortir la religion du magique, si révéré par les deux immédiats prédécesseurs du pape jésuite. Ce dernier a rompu avec eux, lors de la bénédiction des cierges(2) le soir du 12 mai : «  Pèlerins avec Marie. Quelle Marie ? Une Maîtresse de vie spirituelle, la première qui a suivi le Christ sur la " voie étroite " de la croix, nous donnant l’exemple, ou alors une Dame " inaccessible " et donc inimitable ? La " Bienheureuse pour avoir cru " toujours et en toutes circonstances aux paroles divines (cf. Lc 1, 42.45), ou au contraire une
" image pieuse " à laquelle on a recours pour recevoir des faveurs à bas coût ? La Vierge Marie de l’Evangile, vénérée par l’Eglise priante, ou au contraire une Marie esquissée par des sensibilités subjectives qui la voit tenir ferme le bras justicier de Dieu prêt à punir : une Marie meilleure que le Christ, vu comme un juge impitoyable ; plus miséricordieuse que l’Agneau immolé pour nous ? » De même, l’on a beaucoup glosé sur ce troisième secret jusqu’à ce que l’on prétende (Rome) que « l’évêque vêtu de blanc  » était Jean Paul II. François a repris pour lui-même la fameuse image, comme pour démythifier ce lieu marial, commencer une nouvelle étape de son histoire, cent ans après. Fatima ne peut s’interpréter que contextualisé politiquement, socialement, théologiquement (cf. Golias Magazine n° 71). N’oublions pas que 1917 est le passage d’un monde ancien à un monde nouveau, du basculement de la Première Guerre mondiale, de la Révolution russe…

Certes, l’humanité a besoin de surnaturel – plus ou moins développé en fonction de chacun – pour poursuivre sa course, son chemin sur cette terre ; elle a besoin d’une transcendance qui permet un dépassement de soi : c’est l’Esprit qui traverse chaque assemblée réunie pour faire mémoire de Jésus-Christ, de sa Passion et de sa Résurrection. Il n’est donc pas question d’incriminer ceux qui ont besoin de surnaturel. Mais on peut s’interroger sur l’attitude de la hiérarchie (incapable de donner du sens à ce mouvement populaire, d’inventer une mariologie pour l’Aujourd’hui) que cette magie autour de Fatima n’a pas dérangée. Au contraire, ce fut même encouragé comme furent encouragées les espèces sonnantes et trébuchantes des pèlerins. Exit l’intelligence de la foi ! Exit la compréhension et le discernement que ces pèlerinages requièrent ! Quand un lieu de foi devient un lieu spectaculaire, avec ses promesses de miracles, de guérisons… Le discours de François, de fait, est positif puisqu’il appelle les pèlerins à retrouver un certain sens de la foi quand bien même il les tance(3) : «  On commet une grande injustice contre Dieu et contre sa grâce quand on affirme en premier lieu que les pécheurs sont punis par son jugement sans assurer auparavant – comme le montre l’Evangile – qu’ils sont pardonnés par sa miséricorde ! Nous devons faire passer la miséricorde avant le jugement et, de toute façon, le jugement de Dieu sera toujours fait à la lumière de sa miséricorde. » Une page se tourne enfin à Fatima ; le pèlerin n’est plus invité à subir mais à agir. Golias

1. Sur ces questions, le lecteur pourra à profit lire H.-J. Klauck, L’Environnement religieux gréco-romain du christianisme primitif, Paris, Le Cerf, 2012.
2. http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2017/may/documents/papa-francesco_20170512_benedizione-candele-fatima.html
3. Ibid.

18 commentaires
Fatima version François 22 mai 11:09, par Louise

La fausse soeur Lucie : l’imposture de Vatican II

https://www.youtube.com/watch?v=BiN0NlUsY-o

Preuves irréfutables dans ce document vidéo avec la comparaison des visages de la "vraie et la "fausse soeur Lucie !

repondre message

Fatima version François 21 mai 11:39, par Jean-Pierre DALIBOT

Viendra-t-il un jour où l’on fera la différence entre Apparition et vision ?
Pour moi :
- Apparition - C’est plus d’une personne à témoigner.
- Vision - C’est qu’une personne.
Faut-il aussi y ajouter d’autres manifestations ..... .
Aussi est-il prudent avant de tomber dans la facilité, d’y prendre un certain recul.

repondre message

Fatima version François 20 mai 14:51, par Jesu Maria

C’est quand même malhonnête intellectuellement de comparer une apparition reconnue par l’Eglise (Fatima) et une condamnée (Medugorje), non ?

repondre message

Fatima version François 20 mai 13:18, par Diane

Merci pour cette analyse où se mélangent les critiques positives et négatives.
Le pèlerin entendra-t-il ? Le message sera-t-il relayé ?
.
Les lieux de pèlerinage ne sont-ils pas des grands supermarchés ? .C’est ainsi que je perçois Lourdes à travers ce que j’y vois, j’y entends, j’y écoute au fil des ans, des mois, des pèlerinages.
.
Pour Medjugorje, « c’est à mourir de rire ». L’Eglise semble vouloir couper la poire en morceaux afin de ne pas perdre la main. Il serait question de valider les premières apparitions.
La vraie raison me semble être une simple prise en mains du lieu afin que puissent être « pris en charge les millions de pèlerins et éviter l’apparition d’églises parallèles et que soit assurée une certaine clarté économique »..
.
Pour les apparitions suivantes est-ce du délire ? ….. du délire collectif ? …de la manipulation ? un peu de tout cela ?
On retrouve, entre autres, dans ce micmac Tony Anatrella, les Béatitudes, le prêtre franciscain Tomislav Vlašić.
Ah, j’oubliais Satan. Peut-être va-t-on nous refaire le coup du « là ou il y a Dieu il y a Satan » ? Ceci explique cela ou plutôt excuse cela .

repondre message

Fatima version François 19 mai 14:14, par Françoise

Si je rejoins beaucoup de vos critiques et avis et sur la nécessité de sortir du psycho-magique notre religion, je n’ai pas du tout eu la même impression en voyant F1 se dépêcher de canoniser et se rendre à Fatima.
Ne pas oublier qu’au plan international, la société mondiale apprend qu’il a tenté d’acheter des juges argentins pour protéger et éviter la prison à un clerc pédophile, qu’il a monté tout un dossier pour décrédibiliser les victimes de ce prêtre.
LE SCANDALE. Genre le pape n’est pas plus fiable que ses cardinaux ; mais empêtré dans le même genre d’affaires. L’image de marque en prend un sacré coup !

On rajoute au scandale, la coquille vide de la commission pontificale avec la démission de Marie Collins, la mise au vert de Peter Saunders, le constat que tout continue comme avant, que les clercs y compris hauts placés, peuvent continuer de violer et abuser en toute impunité (le Vatican les protègera et fera des procès canoniques qui n’aboutiront jamais, sauf à offrir des parachutes dorés dans de luxueux palais romains aux criminels) et que jamais le Vatican ne permettra ni à l’ONU ni aux victimes de pouvoir accéder aux dossiers pédophiles.

Dans le genre situation d’extrême gravité, c’est énorme.

Donc, vite, se précipiter à Fatima, se déguiser tout en blanc pour se refaire une virginité et une crédibilité, acheter Marie et les croyants en offrant une rose d’or...
Et canoniser donc justifier un mensonge pour que ça rapporte encore plus d’argent et de pèlerinages...

Si l’on fait le tour de tout ça, c’est une réaction cléricale complètement classique, dans la lignée de ses prédécesseurs.

Je ne suis pas sûre qu’il faille tordre le discours papal pour tenter d’y trouver du positif.
Sinon, y aurait longtemps que certains théologiens qui disent que les apparitions mariales sont des attrape-gogos, seraient réhabilités.

Or ce n’est pas le cas. Parce que le Vatican tient à ces apparitions qui justifient régulièrement son pouvoir temporel et lui redonnent un peu de crédibilité quand celle-ci s’effondre. Et puis se sont des sources financières énormes. Dont F1 et ses collègues ne peuvent pas se passer.
Comment pourraient-ils avoir des trains de vie somptuaires sans ces lieux où l’argent leur arrive de partout ?

Entretenir ces légendes est vital pour la survie matérielle, politique et spirituelle de l’institution. Donc à flatter dans le sens du poil.

repondre message

- Dans la rubrique: L’info du jour de GOLIAS
| © Le site officiel de GOLIAS pour les informations d’actualité 2009-2017 | Fait avec : SPIP et Thélia plugin thelia |

| Courriel à la Rédaction | RSS RSS | Adresses Postale et bancaire | Mentions légales | à propos de Golias |

article jeune