Parution : 26 mai 2017
Pratiques dominicales dans le catholicisme francais : le dimanche en déroute...
Par Golias

François Wernert reconnaît dans son introduction vouloir réfléchir sur « la trilogie ‘‘eucharistie, assemblée, dimanche’’ » en « observa[nt] et analys[ant] des pratiques liturgiques dominicales dans l’Eglise catholique de France au début du troisième millénaire », lesquelles ne peuvent limiter la vie chrétienne et « même si le dimanche ne se réduit pas à la liturgie » (p.15). Or, le dimanche n’a plus le même sens aujourd’hui qu’hier, jour de plus en plus considéré comme un autre mais qui ne l’est pas pour le chrétien.

312 commentaires
En pied de l'article.

Tout a commencé avec le prêtre et sociologue Nicolas de Brémond d’Ars au moment des dernières présidentielle (cf. Golias Hebdo n° 479). Au cours de l’entretien, nous en venons à évoquer la situation des communautés et des nouveautés entreprises par des évêques français (fraternité de prêtres, prêtres se déployant non plus sur un diocèse mais sur une province…). Le P. Brémond d’Ars nous renvoie à l’ouvrage de François Wernert, prêtre du diocèse de Strasbourg (ex-responsable diocésain de pastorale liturgique) et maître de conférences à l’Université de Strasbourg : Le Dimanche en déroute, les pratiques dominicales dans le catholicisme français au début du 3e millénaire(1), édité en 2010 et préfacé par Mgr Rouet, alors archevêque de Poitiers (1994-2011). Un livre à mettre entre toutes les mains, qui apporte analyses, connaissances et propositions. La situation française n’a en effet pas changé, eta même empiré en sept années.

François Wernert s’intéresse particulièrement à la « trilogie " eucharistie, assemblée, dimanche " » (concepts qu’il étudie séparément dans son introduction) et propose de l’interroger avec la méthodologie de la théologie pratique. Trois questions parcourent cet ouvrage – « Pourquoi et comment évolue [cette] trilogie ? Comment est perçue et gérée cette évolution (observations, analyses, préconisations) ? Que dévoile cette évolution du catholicisme français actuel ? » – et quatre hypothèses sont formulées : «  H1 – Les réorganisations pastorales diocésaines et les options souvent prises plutôt en faveur d’une liturgie eucharistique, regroupée et prévue a priori en vue d’une stabilisation des pratiques liturgiques, accélèrent la fragilisation du tissu ecclésial ; H2 – Les points d’ancrage liturgiques dominants (rites de passage, symbolisation de temps forts…) restent plus forts dans le catholicisme autour des moments où le lien à la dimension existentielle est clairement posé ; H3 – La baisse considérable de la liturgie dominicale peut être mise aussi en rapport avec la prise en compte d’une plus grande amplitude des moments cultuels (espacement chronologique des pratiques) ; H4 – L’émergence des nouvelles attentes cultuelles et la redécouverte de valences positives (2) des rites ne sont pas uniquement une recherche individuelle mais de plus en plus collective. » Ces hypothèses sont questionnables ; elles permettent à l’auteur de « suppose[r] qu’autre chose est possible  ».

Il nous a semblé opportun, vu la richesse de ce livre et la somme de données que soumet François Wernert aux lecteurs d’en proposer un résumé (succinct et incomplet : il n’est pas possible de tout reprendre) en deux parties : «  Les pratiques dominicales dans le catholicisme français » qui couvrent les trois premiers chapitres dans cette présente édition : « Des propositions pour la réflexion à venir » qui relateront les deux derniers chapitres la semaine prochaine. Davantage qu’une étude fouillée, Le Dimanche en déroute de François Wernert demeure un outil indispensable pour les chrétiens engagés et les clercs. Il démontre par ailleurs la difficulté pour le Magistère de (re)penser la « trilogie " eucharistie, assemblée,
dimanche " », son impossibilité à prendre en compte le réel et à s’y adapter alors que l’annonce de la Bonne Nouvelle (ou «  la Nouvelle de la Bonté radicale  », selon l’inversion étymologique de Christophe Théobald (3)) le requiert. Sans doute l’impasse dans laquelle nous nous trouvons est-elle aussi due au fait que les laïcs n’ont toujours pas la place qu’ils méritent dans le dispositif et qu’on ne leur en laisse que peu d’occasions, voire qu’ils n’ont pas totalement conscience de leur(s) rôle(s), parfois. Ils sont pourtant essentiels dans cette Eglise qui aime à séparer les fidèles des clercs, ne serait-ce que parce que – étant donné la chute du nombre de prêtres – ils tiendront, dans les années qui viennent, une place prépondérante dans les Eglises locales (ce qui apparaît déjà aujourd’hui) : autant qu’ils s’y préparent dès maintenant avec cet ouvrage important pour l’édification de l’Eglise d’aujourd’hui et de demain. Par nature, les laïcs n’ont pas pour vocation à être les bras prolongés des prêtres : à eux de lancer des pistes et à se montrer créateurs puisque c’est sur eux que repose le témoignage chrétien.

Notes :
1. Fr. Wernert, Le Dimanche en déroute, les pratiques dominicales dans le catholicisme français au début du 3e millénaire, Montréal, Médiaspaul, 2010.
2. Selon Le Grand Robert, « puissance d’attraction (valence positive) ou de répulsion (valence négative) d’un objet ou d’une activité ».
3. Citée dans l’ouvrage de Fr. Wernert (p.392), faisant lui-même référence à A. Rouet, Des prêtres parlent, Paris, Bayard, 2007,
p. 141.

312 commentaires

l’Eglise catholique donne si peu envie.....que la population fuit ses rites dominicaux et ses dogmes.
c’est totalement logique et mérité pour une Eglise qui n’est pas digne de celui qu’elle represente !

repondre message

Pas de tolérance aux ennemis de la tolérance.
Paradoxal ...

repondre message

Et après ? 29 mai 14:24, par Julie Gorbiane

Qu’il y ait de moins en moins de gens à la messe est sans doute bien regrettable...pour les gens en question.
Pour Dieu, ça ne fait aucune différence. Il laisse l’homme libre, donc libre de choisir y compris la perdition. Que diront, au jour du jugement, ceux qui n’auront pas accordé au culte divin juste une heure sur les 7 x 24 = 168 heures que compte la semaine ? Ils n’ont pas voulu, durant leur vie terrestre, entrer dans la maison du Seigneur, quel titre auraient-ils à y entrer après leur mort ? (je ne dis pas que tous ceux qui vont à la messe seront sauvés, mais au moins on peut espérer qu’une grâce de conversion ne leur sera pas refusée).
Il n’y avait pas grand-monde au pied de la croix le Vendredi Saint. Il n’y a pas grand-monde à la messe aujourd’hui. S’il ne doit pas y avoir grand-monde de sauvé, ainsi soit-il et qu’on ne s’en étonne pas. On récoltera ce qu’on aura semé ce qui est conforme et à la liberté et à la justice.

repondre message

"Par nature, les laïcs n’ont pas pour vocation à être les bras prolongés des prêtres."

Nous sommes bien d’accord mais ce n’est pas ainsi que pense le clergé. Pour le clergé, il est essentiel, vital que les laïcs soient les bras prolongés des prêtres.

D’où l’appui du clergé catholique romain aux groupes et communautés cathos intégristes très hiérarchisées : Emmanuel, Béatitudes, Opus Dei, Légion du Christ, FSSPX, Chemin Néocatéchuménal, Focolari, Communion et Libération...etc, etc.

Les changements dans la réduction de la pratique communautaire le dimanche sont les suivants :

- retour d’un catholicisme identitaire de classe essentiellement bourgeois, qui ne laisse quasiment plus aucune expression au catholicisme prolétaire. La vampirisation accélérée des paroisses par des organismes intégristes très embourgeoisés mais aussi par des prêtres issus de ces groupes intégristes est assez exemplaire et constitue un effet repoussoir.

- retour du travail le dimanche pour un certain nombre de citoyens et notamment de citoyennes pauvres, adeptes auparavant de la messe du dimanche. Même si déjà, la proportion prolétaire des pratiquants était faible, on peut dire que c’est un facteur aggravant.

- L’âge moyen de la fréquentation communautaire dominicale s’est considérablement élevé ces 25 dernières années. La proportion de jeunes est très très faible pour une proportion augmentée de retraités, eux-mêmes réduisant leur fréquentation dominicale dès qu’affligés par un handicap, une maladie grave ou des obligations familiales.

- Manque de prêtres qui oblige ces derniers à se répartir sur les différentes églises d’un même secteur, donc réduit le culte du dimanche sur une église à une fois par mois, constitue une autre valence négative.

- Révélations de plus en plus régulières de scandales pédophiles, d’abus et malversations que ce soit de criminels membres du clergé mais aussi de criminels dirigeants des groupes de la Nouvelle Evangélisation. Révélations qui font choc et poids d’autant que l’épiscopat dispose d’une majorité d’évêques, protecteurs de ces pratiques, et ces faits constituent autant de valences négatives.

- Ecartement progressif des filles dans le service des messes depuis quelques années. La restauration intégriste va de paire avec un sexisme manifeste. Alors que les filles et les femmes constituent les principaux ferments de transmission religieuse...

- Sermons de plus en plus politiques façon extrême droite de pas mal de jeunes prêtres issus de formation intégriste. Ces sermons se retrouvent largement dans les groupes de prières, dans les groupes d’études bibliques, dans les animations paroissiales. Effet repoussoir garanti pour les croyants qui sont sur d’autres idées.

En conclusion, l’entre-soi identitaire et de classe recherché mène à la mort de la pratique. Conditionner la passation pastorale aux laïcs à l’adoption d’idéologies et de comportements intégristes, sexistes, c’est condamner définitivement la pratique communautaire à des pratiques sectaires.
Mais c’est ce que fait actuellement le clergé, pensant ainsi préserver son pouvoir et ses valeurs, qui n’ont rien d’évangélique.

repondre message

Je crois qu’entre valence positive et négative, on peut loger la valence objective, ou la valence naturelle, celle de l’être humain créé par Dieu, ce que semble avoir oubliés beaucoup de ’’religieux’’.
Cette valence, bande passante qui réunie les atomes de tous les êtres humains a un nom : c’est l’émancipation.
Emancipation naturelle voulue par Dieu qui veut qu’un être humain et les peuples s’affranchissent de toute contrainte, de tout lien, ou d’entrave, d’un préjugé mais surtout de tout état de dépendance et de domination.... d’abord historiquement celle de l’homme (sauf tribus matriarcales), puis celle de la femme.
Les deux sont loin d’être achevées.

Cette émancipation a pu, et doit, se réaliser par la culture et l’éducation (afghanes et Autres).
Elle a commencée en France en gros au siècle des Lumières, ce qui a constitué une première vague, puis la deuxième vague dans les années soixante avec la révolte contre les systèmes établis : parents, universités, systèmes politiques autoritaires et totalitaires...Et aussi religieux !
D’où la recherche de nouvelles spiritualités de par le monde, et la diminution des pratiques religieuses habituelles en France.
Est venu s’ajouter à cela la révolution des loisirs qui a aggravé le phénomène.
Bien aidé aussi par l’immobilisme et justement l’excès de religiosité de certains courants sectaires autoritaires et totalitaires qui, par le bouche à oreille auprès des voisins, amis, parents, collègues de travail, relayés et confirmés par les médias a considérablement joué un rôle dans la méfiance, voire la crainte de la chose religieuse.
Et pour couronner le tout, les problèmes religieux du Moyen Orient qui s’éternise et déborde gravement sur nos sociétés.

On reste attaché à une foi du charbonnier, à une tradition chrétienne , tout en s’affranchissant des contraintes et de la dépendance d’une domination des rites, sauf pour les grandes occasions.

C’est donc avant tout par une apostasie de la religion catholique romaine actuelle que passe sa renaissance.
Femmes évêques, prêtres mariés, etc.,... et bien sûr plus grande implication des laïcs qui le désirent dans la vie de cette église.
Véritable révolution qui n’est pas prête de voir le jour.

Ceci pour faire court en simplifiant, car en effet, il y faudrait des pages...!

repondre message

Chrétien à Lyon , nous nous trouvons mon épouse et moi- même , dans une paroisse où depuis dix ans se succèdent des prètres, jeunes, n’ayant pas vécu la joie et les attentes suscitées par les contributions de Vatican II.

Ce clergé , très focalisé sur l’image du prêtre portant soutane , col romain et n’accordant aux laïcs que de petits rôles subalternes dans la liturgie dominicale ne peut que faire fuir le chrétien désireux de vivre en famille la célébration dominicale.

Nous avons eu droit à la réflexion suivante il y a deux ans , réflexion émanant d’un vicaire général : " si les célébrations ne vous satisfont point , allez ailleurs ! ".

Que devient alors le sens d’une célébration eucharistique , déconnectée de la zone géographique de résidence , qui donne un vrai sens à cette assemblée du peuple de Dieu !

Nous nous trouvons bine devant un risque sérieux de désaffection d’une partie des chrétiens en total désaccord avec un jeune clergé formaté selon un retour à une certaine tradition : unique berger et troupeau .

Il faudrait vraiment remettre en vigueur très bientôt la pratique des ADAP qui vont avoir tout leur sens .

repondre message

Vaincre le mal par le mal.

Il n’y a que Golias pour présenter les causes d’une ruine en solutions (comportement stalinien des laïcs, désacralisation, gnosticisme, relativisme religieux, ...)
Idéologie quand tu nous tiens ...

Vous prétendez vouloir remplir les églises, mais vous ne voulez pas voir ce qui ce passe sous vos yeux : ceux qui appliquent vos solutions vident les églises depuis Vatican II, et les tradis les remplissent.

Vou pourriez faire un procès à Dieu car la réalité ne correspond pas à votre idéologie. Celle-ci est inopérante, quand elle ne censure pas ...

repondre message

Bonjour,

Golias semble s’accommoder dans son article de cette opposition clerc/laic comme si tout cela était sensé et immuable... Jésus a-t-il fait cette distinction ? jamais. Découper les personnes en groupes séparés laïcs d’un côté (et femmes entre autre..) et Clercs de l’autre (toujours masculin et célibataire, ceux qui ont le pouvoir spirituel et temporel dans l’eglise : sacrements etc.) semble ne pas coller du tout avec le message évangélique mais on fait comme si , y compris à Golias... et une communauté de croyant(e)s sans discrimination, sans machisme,sans pouvoir, sans "mettre à part" cela serait peut-être pas si mal à comparer avec ce que Jésus vivait lui et ce qu’il enseignait... ?

repondre message

| © Le site officiel de GOLIAS pour les informations d’actualité 2009-2017 | Fait avec : SPIP et Thélia plugin thelia |

| Courriel à la Rédaction | RSS RSS | Adresses Postale et bancaire | Mentions légales | à propos de Golias |

article jeune