Parution : 20 juin 2017
Nomophobie

Ce n’est pas malgré ce qu’on peut penser à partir du grec la peur des lois, dont par exemple celle des lois fiscales, qu’a alléguée récemment un de nos ministres s’abritant derrière sa « phobie administrative » pour ne pas déclarer ses revenus et échapper à l’impôt. Non, il s’agit tout simplement de la peur d’être séparé de son téléphone mobile. Ce mot est construit par contraction de l’expression anglaise « no mobile-phone phobia ». Il désigne tout un syndrome pathologique fait d’addiction, comme le souligne l’article qui lui est consacré dans Wikipédia.

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En pied de l'article.

On y lit que les utilisateurs en question consultent leur smartphone 150 fois par jour, soit en moyenne toutes les 6 minutes et 30 secondes, au cours d’une journée de 16 heures, et que plus d’un nomophobe sur deux n’éteint jamais son téléphone portable. Si ce dernier est perdu, si la batterie est épuisée, ou s’il n’y a pas de couverture réseau, une panique irrépressible s’empare du propriétaire.
Ces chiffres sont effrayants. Ils montrent à quel degré d’aliénation est parvenu l’homme contemporain. Il a besoin d’une prothèse qui le protège de sa solitude, à laquelle il ne peut faire face. Il vit dans le divertissement, c’est-à-dire au sens propre le détournement de soi, et dans la dispersion continuelle. Le cerveau n’est pas fait pour être multitâche, et incessamment sollicité par les stimuli divers, comme les courriels, les SMS, etc., autant ceux qui sont à écrire que ceux auxquels il faut répondre. Quel temps reste-t-il pour la concentration, l’attention sur un seul sujet, la vacuité même de l’esprit qui est la condition essentielle de la créativité ? Cet écrasement sous une masse permanente d’informations est une vraie noyade spirituelle.
Le smartphone est le contraire de la liberté. Son possesseur y est attaché et ne peut s’y dérober, comme le chien accourt quand on le siffle : c’est une laisse électronique, qu’il faudrait briser si on en prenait conscience. Mais à voir tous ces esclaves penchés sur l’instrument qui les obsède, rares sont ceux qui peuvent le faire.

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Evitement, spécialité humaine 24 juin 11:34, par Françoise

Coucou Michel

C’est vrai que je suis toute aussi effarée que vous par cette sorte d’addiction au téléphone portable que je ne partage pas (parce que je n’en vois ni l’intérêt ni l’utilité au plan personnel et que je refuse de dépenser de l’argent pour des objets fabriqués par des enfants dans des conditions abominables).
Maintenant, je pense contrairement à vous que notre cerveau peut avoir une activité multi directionnelle. Que cette agilité nous ouvre des champs supplémentaires de compréhension, de connaissances, d’activités non exploités à ce jour.
Par contre, ça fatigue, ça aliène effectivement. Il faut en avoir conscience et savoir mesurer l’activité pour ne pas s’y épuiser.
Et effectivement, ce type d’activité maintient dans un monde virtuel qui ne permet pas à l’humain de se défendre correctement face à la dureté existentielle, économique, sociale, environnementale, ni de nouer des relations structurantes.

Je lui préfère la réalité, les contacts humains.
Quand on a ce type d’activité virtuelle, il faut avoir parallèlement des liens sociaux et relationnels, affectifs très forts mais aussi des activités très terre à terre, qui ancrent dans la réalité pratique quotidienne. Sinon, c’est destructeur.

Ceci dit, vous pouvez observer que certains individus n’ont pas eu besoin du portable smartphone pour être complètement déconnectés des réalités.

Malheureusement, l’humain qui ne veut pas affronter le monde tel qu’il est, se trouvera toujours des échappatoires addictifs. Ca peut être la lecture, des achats compulsifs, l’alcool, la drogue, les médicaments, le sport, le travail, une collection obsessionnelle qui prend tout le temps et l’énergie, des liaisons sentimentales, la prière, en fait tout un tas d’activités faites pour masquer solitude, repousser des actions de fond, oublier un sentiment d’isolement, peur de la mort, peur de la vie aussi...

Affronter la réalité, je m’en aperçois de plus en plus, n’est pas forcément le désir profond d’une majorité d’individus.
Parce que l’évitement est souvent une solution de facilité, une excuse pour ne pas agir, pour ne pas affronter le quotidien qui submerge par toutes les obligations qu’il comporte.

Et plus les gens ont pris l’habitude de repousser la réalité, notamment par le biais de médicaments, de drogues, de déni, plus ils sont susceptibles de développer un alzheimer.
C’est le stade ultime de refus des réalités.

Et on le voit d’autant plus actuellement que nous disposons de plus en plus d’activités et de produits qui nous éloignent des réalités.

Mais ça a toujours existé. Nous nous en rendons un peu plus compte aujourd’hui. C’est tout.
Et cette prise de conscience est essentielle pour apprendre à déconstruire ces aliénations.

Maintenant, est-ce que l’humain en général a la volonté réelle de faire face au plan existentiel ? Ca j’en doute fortement. Chaque époque créée ses propres aliénations, ses propres évitements. Et à chaque âge, nous créons de nouveaux moyens d’échapper à la réalité. Et je nous trouve très forts au plan créatif pour nous aliéner, nous créer de nouvelles servitudes.

Bon week-end, Michel !
Et j’espère pas trop chaud chez vous !
Ici nous avons le retour de la pluie et de températures plus fraîches : ça fait un bien fou !

Amicalement
Françoise

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