Parution : 23 juin 2017
Migrants : l’Eglise contre les défenseurs de la« race blanche »

S’il y a bien un point sur lequel l’Eglise n’a jamais trop tergiversé, surtout après Vatican II, c’est sur la question des migrants et réfugiés. En ce sens, les différents papes qui se sont succédé sur le siège de Pierre depuis une soixantaine d’années ont su se mettre du bon côté, en totale adéquation avec l’Evangile de Jésus-Christ.

85 commentaires
En pied de l'article.

Bravo François ! Le nouveau Dicastère pour le service du développement humain intégral, en fonction depuis le 1er janvier dernier, avait bien un préfet – le cardinal ghanéen Turkson – mais toujours pas de secrétaire. C’est chose faite depuis le 16 juin et c’est le P. Bruno-Marie Duffé, du diocèse de Lyon, qui a été choisi. Il s’agit d’une très bonne nomination pour plusieurs raisons. D’une part, le P. Duffé est un théologien moral d’envergure, spécialisé en éthique, un homme d’ouverture ; d’autre part, c’est un prêtre qui connaît les souffrances humaines, engagé dans la pastorale de la santé. Enfin, il était jusqu’à sa nomination aumônier national du CCFD-Terre solidaire , une association de qui nous nous sentons proches et qui est régulièrement égratignée par la sphère tradi en raison de son humanisme, du fait qu’elle prend comme point de départ de son action l’homme, la femme, l’enfant en difficulté non les articles du catéchisme touchant tel ou tel point moral.

Les communautés à la base, où existent des équipes du CCFD se réjouissent elles aussi de cette nomination car il s’agit pour elles d’une forme de reconnaissance de leurs luttes, avec des moyens pauvres souvent, faisant appel à toutes les bonnes volontés. Une multitude de petites actions au nom la Grande Action, si l’on peut dire, soit l’Évangile de Jésus Christ. Cette nomination est la meilleure réponse à ce prêtre liturgiste en chef d’un diocèse au nord de Paris qui – il y a quelques années – interrogeait un couple de chrétiens impliqués dans le Secours catholique et au CCFD : « Où va l’argent que l’on donne au CCFD ? Vous êtes sûrs qu’il va bien aux pauvres ? » Oui, il est des gens pour qui Mt 25, 31-46 (« J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger… ») veut encore dire quelque chose. Et d’autres non. Comme ce prêtre. Comme les identitaires aussi. Ces gens aculturés pour qui ne prévaut que la « culture chrétienne », la « race blanche », ont réussi à rassembler 60.000 euros dans le but d’« affréter un grand bateau et naviguer sur la mer Méditerranée pour contrecarrer les bateaux des ONG qui agissent à l’unisson avec les trafiquants d’êtres humains ». Ce financement participatif a été lancé il y a un mois… Combien de chrétiens parmi ces fascistes en herbe ? Combien de chrétiens parmi les donateurs ? On pourrait être surpris. C’est pourquoi la nomination du P. Duffé, bien conscient de ces enjeux, est une bonne nouvelle. La hiérarchie doit aussi poser des actes qui soutiennent le combat contre la pauvreté et la misère mené à la base par les fidèles. Quand elle agit de cette manière, elle est crédible et fidèle aux enseignements de son Seigneur ; nous ne pouvons qu’applaudir. En vérité, sur ce sujet, elle ne peut être rarement prise en défaut. La preuve, à la mi-juin : « Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) salu[ait] le rôle de sensibilisation joué par les communautés religieuses face aux drames des migrations forcées. »1 Les chrétiens sont aux avant-postes de ces drames quasi quotidiens : ainsi le 10 juin, au large des côtes libyennes, 52 personnes étaient portées disparues et huit étaient retrouvés noyées ; ils sont aussi en pointe s’agissant de l’accueil et de l’intégration des réfugiés et des demandeurs d’asile. Pas seulement les catholiques, les protestants aussi, ainsi que les juifs, selon Julia Dao, responsable de la communication pour le Bureau suisse du HCR2, qui note par ailleurs que l’engagement des croyants et des structures confessionnelles apportent beaucoup « notamment sur la teneur des débats politiques actuels, où le besoin légitime d’assistance que rencontrent les populations déplacées et réfugiées en Suisse doit être rappelé sans relâche ». Il n’y a pas que de l’autre côté du lac Léman que ces choses « doi[vent] être rappelé[es] », en France aussi où nous n’accueillons que quelques dizaines de milliers de ces malheureux afin de ne pas nous fâcher avec les électeurs… Pour aller plus loin : http://golias-editions.fr/article5473.html

1. http://www.cathobel.be/2017/06/14/hcr-eglises-participent-a-sensibilisation-aux-drames-migrants/
2. https://www.cath.ch/newsf/hcr-salue-role-eglises-sensibilisation-aux-drames-migrants/

85 commentaires

Mt 25, 31-46 (« j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger, etc. »), qui sert toujours de référence à l’action humanitaire, est un enseignement qui concerne la solidarité communautaire. Ce n’est pas l’homme en tant qu’homme qui doit être traité comme un autre Christ, mais l’homme en tant que serviteur du Christ. Voilà pourquoi il est dit autre part (Mt 10,42) : « si quelqu’un donne à boire ne serait-ce qu’un verre d’eau froide à l’un de ces petits parce qu’il est mon disciple, je vous le dis en vérité, il ne perdra pas sa récompense. » Il y a bien d’autres passages qui confirment cette interprétation. Mais quoi de plus instructif, à ce propos, que la solidarité qui est donnée en exemple dans les Actes des Apôtres ? Là, on voit que l’argent collecté dans la communauté servait à subvenir aux besoins des pauvres de la communauté. C’est une solidarité interne, comme dans le Décalogue. La différence, c’est que le frère qui est à secourir n’est plus l’Israélite, mais le baptisé, parce que l’Église est « l’Israël de Dieu ».

Encore une fois, le meilleur commentaire que nous puissions avoir du commandement évangélique de charité fraternelle est celui qu’en donne la praxis de la communauté primitive. Si la gloire du chrétien avait été d’aimer tous les hommes indifféremment, sans tenir compte de leur appartenance à l’Église visible, les auteurs du Nouveau Testament ne se seraient pas privés de montrer comment, à l’âge d’or idéalisé des tout premiers temps de l’Église, les héros de la foi avaient pratiqué cet altruisme sans frontières de credos. Mais, dans le Nouveau Testament, la bienfaisance qui s’adresse à l’incroyant (on en trouve quelques exemples) a toujours pour objectif sa conversion au Christ. C’est une bienfaisance propagandiste, ce que l’altruisme chrétien moderne se vante de ne pas être...

Il est compréhensible que dans les siècles passés, en des temps où presque tout le monde était chrétien dans nos pays chrétiens, le sens confessionnel du titre de « frère » ou de « prochain » ait peu à peu disparu de la conscience catholique. Je pense que c’est cette extrême banalisation de l’identité chrétienne qui a peu à peu conduit à confondre théologiquement le concept de « frère » avec celui d’être humain. Et c’est à cause de ce contresens involontaire qu’est entré, dans la pensée morale occidentale, l’idéal de fraternité universelle qui a été, comme on le sait, le fer de lance de la philosophie anticléricale des Lumières.

repondre message

Etant donné que cet article traite de la question de l’accueil des migrants, cela me rappelle qu’il y a quelque temps, j’ai eu l’opportunité de lire un autre article de Golias sur ce même thème,sur cette page : http://golias-news.fr/article6566.html#forum56969.

Gino Hoel, l’auteur de cet autre article sur les migrants, a écrit : " Vous allez même, bon nombre d’entre vous, jusqu’à envisager sans complexe de confier prochainement vos suffrages à la candidate à la présidentielle qui promet de verrouiller les frontières de notre hexagone à double tour et d’organiser des ponts de charters pour ramener chez eux ces étrangers. Il n’y a pas, pensez-vous, de contradiction entre vos opinions et l’identité chrétienne que vous revendiquez, en participant à la messe dominicale, en faisant baptiser, confirmer et catéchiser vos enfants et en vous acquittant du denier du culte... Le sentiment que vous partagez n’est pas, selon vous, de l’égoïsme, car l’amour fraternel doit s’exercer prioritairement envers les membres de notre famille et de notre société française, malades, pauvres, chômeurs.... N’est-ce pas ce que Jésus a fait à longueur de jours et de mois dans son milieu juif vis-à-vis des estropiés, des aveugles, des mal en point de toutes sortes ?
Assurément, je le reconnais, et il a sillonné dans tous les sens sa Galilée natale pour venir en aide à ses compatriotes en difficulté. Mais vous souvenez-vous que lorsqu’il lui est arrivé d’être sollicité à l’improviste par une non-juive hors de son périple, il s’est trouvé désemparé face à la question redoutable : j’accueille ou j’accueille pas, je me rends disponible ou je me referme sur mon pré-carré, je l’envoie promener ou je lui fais une place ?"

En clair, la question de l’accueil des migrants est reliée au texte évangélique de la rencontre de Jésus avec la "Cananéenne". Relisons donc ce texte.

Jésus vient d’avoir une altercation avec les pharisiens, qui reprochent à ses disciples de ne pas respecter les prescriptions de la loi juive : ils les ont vus, en particulier, se mettre à table sans se laver les mains....Pour répondre à ces critiques, il a enseigné :
"Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de la bouche, c’est ce qui souille l’homme." Ensuite, il a dû expliquer le sens de ce propos à des disciples durs de la feuille...
Après cela, il est parti dans la région de Tyr et de Sidon. Mais là, une femme "cananéenne", une non-juive dont on ne sait en quoi elle croyait, vient le trouver, et lui dit : "O Seigneur, toi le Fils de David, aie pitié de moi ! Ma fille est tourmentée par un démon, un esprit impur..." Mais Jésus commence par ne rien répondre à cette femme. Ses disciples lui disent : "Rabbi, elle nous casse les oreilles, fais-lui donc grâce !" Il arbore une moue sévère, désapprobatrice, et répond :"Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël.", paraissant sous-entendre : "Non,ce n’est pas pour elle que je suis là." En fait,Jésus pense : "Déjà que je ne veux pas que les juifs me prennent trop tôt comme "Messie", alors les goyim ...Je ne vais quand même pas prendre la place de mon peuple !"... Mais la femme n’écoute pas, elle bouscule les disciples, se jette au pieds de Jésus et répète : « Seigneur, viens à mon secours ! » Jésus lui réplique :"Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux... aux petits chiens !", entendons :"J’ai quitté le pays de mes frères juifs,mais pas pour me vouer aux goyim comme toi, sans-Loi, incirconcis, idolâtres..." Mais la femme lui répond du tac au tac :"Petits chiens ?..Eh bien...oui, Seigneur, mais les "petits chiens" peuvent manger les miettes qui tombent de la table des enfants, surtout de leurs petits "maîtres"..." Alors Jésus s’exclame : "Oh... ô femme, grande est ta foi, qu’il t’arrive comme tu le veux !...A cause de tes paroles, va ,le démon est sorti de ta fille."

Voilà donc ce qu’il faut faire pour accueillir des migrants : vivre dans l’écoute et le partage réciproques, afin de s’entendre entre réfugiés & autres migrants et citoyens autochtones.

repondre message

Pour faire vivre la tolérance et la démocratie, permettez-moi de faire partager un point de vue alternatif. Loin d’être parfait, il précise quelques réalités politiques (liées à la polis, la cité)...

https://youtu.be/rntLequZokM
(à partir de 11’05)

repondre message

Je pense que chacun devrait écouter le père Henri Boulad sur ce sujet. Un prêtre jésuite syrien vivant en Egypte.

https://www.youtube.com/watch?v=atPttuTnyMo

repondre message

Le message commençant par ces lignes :

Mt 25, 31-46 (« j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger, etc. »), qui sert toujours de référence à l’action humanitaire, est un enseignement qui concerne la solidarité communautaire. Ce n’est pas l’homme en tant qu’homme qui doit être traité comme un autre Christ, mais l’homme en tant que serviteur du Christ.

ne sera pas validé car nous en ignorons l’auteur et il ne nous a pas donné son adresse électronique.

La modération

repondre message

Quelques remarques :
1/ Le titre : cette volonté de faire passer ses opposants pour des fascistes est scandaleuse et malhonnête. Quelle bassesse est la vôtre pour recourir à de tels procédés !! Les mots sont faibles par rapport à ma pensée ...

2/ Comment pouvez-vous vous glorifier d’accueillir des étrangers sans avoir de logements, d’emplois, et de subventions décentes à leur proposer ?
Aller faire un tour en Seine-Saint-Denis, et écrivez-nous un article pour dire que vous êtes fier du résultat !...

3/ La doctrine sociale de l’Eglise, dans sa sagesse, préconisait que chaque population avait vocation à rester sur son sol, et l’Eglise et Etats mitoyens avaient pour but d’aider au développement de ces contrées.

Enfin, je dénonce la facilité et l’idéalisme dans lequel vous tombez. Vous devez habiter dans un bien beau quartier de Lyon pour parler de la sorte de l’immigration. Je faisais du rugby dans une banlieue ouvrière de ma ville, et j’ai pu mesurer à quel point les Français en avaient marre de ces immigrants qui ne s’intégraient pas à cause d’un modèle d’intégration catastrophique.

Quel singulier humanisme que le vôtre !

Pardonnez-moi de m’emporter, mais vôtre titre, qui m’amalgame à des fascistes me met hors de moi ! Quelle bassesse ! Quelle lâcheté !
C’est tellement plus facile d’invectiver que d’argumenter ...

repondre message

| © Le site officiel de GOLIAS pour les informations d’actualité 2009-2017 | Fait avec : SPIP et Thélia plugin thelia |

| Courriel à la Rédaction | RSS RSS | Adresses Postale et bancaire | Mentions légales | à propos de Golias |

article jeune