Parution : 7 juillet 2017
« En réformant notre vision de la sexualité, nous retournerons à l’Église voulue pas Jésus Christ… »

Il faut se souvenir de Lc 7, 1-10, ce passage dans lequel Jésus guérit l’esclave malade d’un centurion, esclave que celui-ci « appréciait beaucoup ». Comment se fait-il que dans cette société gréco-romaine où l’esclave n’était rien qu’un bien acheté, vendu…, ce centurion était-il si préoccupé de l’état de santé de ce bien mobile alors qu’il eût été plus simple d’en acquérir un autre, en meilleure forme ? Simplement parce que cet esclave était le compagnon de ce centurion, il était son amant. Krzysztof Charamsa nous rappelle cette histoire avec finesse.

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Krzysztof Charamsa était official à la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), il est ce « prêtre gay » qui fit son coming out la veille du second Synode sur la Famille en octobre 2015. Vivant désormais à Barcelone, il vient de publier un ouvrage : La Première Pierre Moi, prêtre gay, face à l’hypocrisie de l’Église - aux éditions La Découverte, ouvrage percutant – à tout point de vue – sur l’Église dans lequel on la découvre en même temps homosexuelle et homophobe, une Église atteinte de schizophrénie.

Particulièrement bien écrit, l’auteur – qui se surnomme parfois l’« inquisiteur » en raison de ses fonctions à la CDF – a choisi de décrire le cheminement qui l’a amené à choisir la prêtrise, de parler de la famille dont il est issue, ce qui l’a construit, d’où il vient. Parcours classique, comme chez tant de gens qui embrassent le ministère, il n’y a rien de plus ni de moins. Krzysztof Charamsa a toujours su qu’il était gay et cela ne l’empêcha ni de devenir prêtre ni théologien, encore moins « inquisiteur » à Rome. Et c’est bien normal : l’Église sait parfaitement qu’un certain nombre de ses clercs est d’orientation homosexuelle ; ce que l’on peine à comprendre, c’est son attitude à l’égard des personnes homosexuelles, cette hypocrisie à tous les échelons. Cela, vraiment, soulève le cœur. Et pourtant l’Église est la seule institution masculine où les ministres ordonnés s’habillent comme des femmes. Comprenne qui peut : l’Église est misogyne et homophobe tout en adoptant, en intériorisant même, les codes féminins et homosexuels dans son fonctionnement. L’auteur décrit tout cela par le menu (citant çà et là les textes en vigueur encore et toujours sous François, les attitudes…), avec force références. C’est un homme lettré et délicat qui s’exprime.

Il rappelle surtout une évidence que beaucoup semblent avoir oublié : l’Église est ignorante, ses chefs ne travaillent pas. Ils parlent du genre, par exemple, sans même avoir jamais lu une quelconque étude ! Ils parlent de sexualité alors qu’ils n’en ont qu’une vision biologique, celle qui consiste à se reproduire ! L’Église est censée parler d’amour mais elle ne s’en tient qu’à la mécanique, si l’on ose dire. Elle ne s’intéresse pas aux sciences, aux progrès scientifiques (sinon pour les dénoncer). Tant de conservatismes et même de traditionalismes effraient ; le combat mené contre les personnes homosexuelles tient du reste du fondamentalisme religieux. Mais ces braves gens s’en tiennent à cela, sortir de leur système de pensée – une prison – n’est pas envisageable pour eux ; par conséquent, leurs seules nourritures restent les productions de philosophes, théologiens, scientifiques…, catholico-catholiques, le doigt sur la couture de la soutane et respectueux de la sacro-sainte « doctrine immuable ». Ajoutons à cela – ce qui n’aide pas – la mesquinerie qui règne dans les palais du Vatican, la surveillance, l’autocensure pour échapper à la vindicte alors que beaucoup d’entre eux ne casseraient pas trois pattes à un canard ! Rares sont les professionnels dans cette institution, rares sont ceux qui sont au clair avec eux-mêmes aussi. L’entretien que Krzysztof Charamsa nous a accordé – et pour lequel nous le remercions, ainsi que son compagnon Eduard – le démontre encore, s’il le fallait.

Aujourd’hui écrivain et conférencier, l’auteur a écrit à François (cf. les annexes du livre) mais celui-ci n’a pas répondu… Aux yeux de Krzysztof Charamsa, il n’est plus dans une attitude réformatrice mais de gouvernement. Quel flair ! Au moment où nous bouclions ce dossier, la nouvelle tombait, confirmant nos informations (cf. Golias Hebdo n° 485) : après le « congé » du cardinal Pell le 29 juin, l’adoption du mariage pour tous en Allemagne le 30 juin, le 1er juillet le pape argentin ne renouvelait pas à la tête de l’ex-Saint-Office le cardinal Müller, celui qui fut le patron de Krzysztof Charamsa. Les deux hommes ne se sont jamais vraiment compris (ce que confirme l’auteur dans son ouvrage) mais selon nos sources, François hésitait… pour ne pas froisser le pape émérite qui l’avait nommé à ce poste à l’été 2012 ! Enfin, ne rêvons pas : le nouveau chien de garde de la doctrine est Mgr Ladaria Ferrer, un jésuite espagnol âgé de 73 ans, jusqu’alors secrétaire de ce même dicastère. Il y avait été nommé en 2008 par le pape allemand et il s’est dépeint lui-même comme un « conservateur modéré ». Jamais un jésuite n’avait en tout cas accédé à pareilles fonctions. Ces dernières péripéties mettent finalement l’évêque de Rome en première ligne, c’est sans doute la dernière fois qu’il pourra réellement changer les choses, même si cela arrive tardivement ; de là à ce qu’il resserre les boulons, qu’il se recroqueville sur lui-même comme dans toutes les bonnes vieilles forteresses assiégées, il n’y a qu’un pas.

C’est effectivement ce qu’est l’Église : un bastion, ce que brosse par ailleurs Krzysztof Charamsa, au-delà de la problématique LGBTIQ dont on pressent qu’elle devrait être au centre de ses futurs travaux théologiques. Mais les bastions sont faits pour être rasés, pour paraphraser Urs von Balthasar, et c’est peut-être en raison du fossé que l’Église continue de creuser avec les personnes homosexuelles et hétérosexuelles qu’elle finira par s’effondrer sur elle-même. C’est finalement ce qui peut peut-être lui arriver de mieux, tant son éloignement de la société contemporaine va croissant, la trahison évangélique patente. La Première Pierre reste un livre optimiste ; son auteur, affranchi, propose un argumentaire clair et implacable qui désarçonne certes parfois, néanmoins il permet au lecteur de grandir : il ne pensera plus à coup sûr de la même manière notamment à cause de l’inhumanité de l’Église envers l’humanité justement. Il y a un tel décalage entre elle et le peuple considéré comme un troupeau de moutons plutôt que de brebis, c’est presque incroyable ! Krzysztof Charamsa nous offre donc un témoignage à lire de toute urgence : sa libération est aussi la nôtre.

Pour aller plus loin : http://golias-editions.fr/article5475.html

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Pourquoi M. Charamsa ne va pas au bout de son raisonnement ? De quoi a-t-il peur ?
Si sa finesse nous permet de savoir que le centurion et l’esclave entretenaient une relation homosexuelle, pourquoi elle nous dit rien sur la relation de Jesus et Jean ? Pourtant sa finesse devrait savoir une chose si évidente puisque c’était le disciple que Jesus aimait le plus, et que ce même disciple posait sa tête sur "les pecs" de Jesus.
Est-ce par respect de nous autres hétérosexuels que sa finesse nous préserve une telle révélation ou parce que c’est un secret jalousement gardé par la communauté homosexuelle ?

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Si justement cet esclave de l’époque , n’était considéré par ce centurion que comme un bien , qu’on peut facilement vendre et remplacer, il ne serait pas devenu son "compagnon"( comme vous dites) mais tout au plus son esclave sexuel.

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Hypocrisie ou ignorance ? il faut choisir 8 juillet 20:19, par Julie Gorbiane

On ne peut pas accuser, comme le fait l’article, les clercs catholiques d’être à la fois ignorants en matière de sexualité et hypocrites quand ils en parlent. C’est l’un OU l’autre. Ou bien ils sont vierges de corps et d’esprit et ils ne savent pas (en tous cas : ils ne savent pas d’expérience) de quoi ils parlent, mais ils ne sont pas hypocrites quand ils prêchent la morale sexuelle restrictive. Ou bien ils pratiquent une forme de sexualité (homosexuelle ou hétérosexuelle) en sous-main (si on ose dire) et ils sont hypocrites, mais on ne peut pas dire qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent. Il faut choisir le reproche qu’on leur fait. Evidemment on peut penser que certains sont hypocrites et que d’autres ne savent pas de quoi ils parlent. On peut aussi penser que ceux qui savent de quoi ils parlent souffrent de leur propre faiblesse qui ne prouve rien contre la morale qu’ils prêchent sinon que "la chair est faible" (ce qui fait partie de la doctrine de l’Evangile de toutes façons). On peut aussi penser que ne pas savoir d’expérience ce qu’est la sexualité n’empêche pas de savoir ce que c’est : exige-t-on des médecins qui traitent des problèmes de drogue qu’ils soient eux-mêmes d’anciens drogués ? pas que je sache.
L’abbé Chamsara a visiblement fait partie pendant des années des hypocrites : il prêchait le contraire de ce qu’il pratiquait. Mais au moins il savait de quoi il parlait. Doit-on, au nom de ces années d’hypocrisie, considérer son témoignage comme valable au motif qu’il a depuis jeté la soutane aux orties ? il existe des titres à la crédibilité plus estimables.
En fait monsieur Chamsara (puiqu’il faut désormais l’appeler ainsi) est surtout dans une attitude de déni : déni de son hypocrisie (qui lui a fait poursuivre le sacerdoce alors qu’il savait que l’Eglise n’appelle pas les homosexuels au sacerdoce), déni de ce que son mode de vie actuel est incompatible avec le sacerdoce. Au fond, ce qu’il voudrait, c’est que l’Eglise lui accorde et le sacerdoce et son mariage gay.Bref être "prêtre gay", sans hypocrisie, c’est-à-dire ouvertement.
La réponse est non.

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Il me semble que nous avons une vision de l’esclavage antique assez marquée par l’esclavage moderne.
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Des philosophes dont Epictéte, Esope, étaient des esclaves , vouloir en fait absolument des gitons pour coller à des idées modernes c’est un peu faux .
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L’Église « voulue par Jésus-Christ » ? — Il faudrait d’abord savoir si le Jésus historique auquel les écrits du Nouveau Testament décernent le titre de « Christ » avait un avantage quelconque sur les autres hommes pour savoir ce qui est à faire. Mais, même en raisonnant à partir de l’hypothèse affirmative (qui ne laisserait pas, pour cela, de n’être qu’une pétition de principe), sur quelles paroles authentiques de Jésus-Christ pourrait-on fonder la théorie qu’il ne voyait aucun inconvénient à l’homosexualité ? Si cela avait été le cas, le pauvre Saint Paul aurait été ignorant de cette innovation morale majeure, car lui si avait une très mauvaise opinion de l’homosexualité. Et pas seulement de sa pratique : également de la simple tendance (ce qu’on appelle aujourd’hui l’orientation homosexuelle). En effet, nous lisons dans son épître aux Romains que cette tendance était déjà, en elle-même, la punition d’un grave péché antécédent, celui d’idolâtrie. On lit cela dans son chapitre 2. L’homosexualité y est qualifiée de « passion honteuse » qui porte à des actes dont la punition est méritée. Et rappelons que la punition prévue dans la loi juive pour les actes d’homosexualité était la peine de mort. Je m’empresse de préciser, pour mes lecteurs trop pressés de réagir, que l’opinion de Saint Paul est celle de Saint Paul : je n’ai pas besoin d’y souscrire pour la rapporter telle que je la lis dans un texte qui est censé être de lui.

Comment se ferait-il que Paul de Tarse eût été considéré comme un apôtre de Jésus-Christ par l’Église de Jérusalem s’il avait enseigné une doctrine morale contraire à des déclarations explicites de Jésus-Christ ? Comment aurait-il acquis, dans l’Église naissante, la dignité de théologien de référence que lui confère l’incorporation de ses écrits dans le corpus de textes canoniques que l’on appelle le Nouveau Testament si, dans ces mêmes écrits, se trouvaient des choses en contradiction flagrante avec l’esprit de l’évangile ?

La théorie de Saint Paul sur l’origine de la tendance homosexuelle (à savoir, le fait qu’elle soit imposée comme un châtiment pour le péché d’idolâtrie) donne pour acquis que l’acte homosexuel est une abomination qui mérite une punition. En cela, il n’innove pas, mais ne fait qu’assumer l’homophobie commune du peuple juif de son époque, laquelle, il faut le croire, n’avait pas indigné Jésus, puisque nulle part, dans les évangiles, il n’est question d’homosexualité.

Ce qui incite certains auteurs modernes à penser que l’homophobie est une attitude anti-évangélique est, en fait, un raisonnement anachronique sur les droits de l’Homme. Anachronique, parce que laïque. Anachronique, parce qu’il inverse l’ordre théocratique qui est celui de toute la Bible, Ancien et Nouveau Testament, en faisant de Dieu le serviteur de l’Homme alors que, dans toute la Bible et toute la tradition catholique (du moins, avant Vatican II), c’est l’homme qui doit être le serviteur de Dieu. Dieu, pour être servi, doit être supposé avoir des intérêts spécifiques qui peuvent être en conflit avec les intérêts humains. C’est, je crois, à cet individualisme du Dieu biblique, affirmé dès les premières pages de la Genèse (où l’on voit bien que la punition d’Adam et Ève est une mesure de précaution pour éviter leur divinisation) qu’il faut rapporter l’existence de lois divines qui font souffrir des hommes. La religion est inhumaine dans son essence, tout simplement parce qu’elle est une création humaine et que les humains n’ont jamais eu et n’auront jamais plus de respect les uns pour les autres que n’en ont, entre eux, les autres animaux.

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Jésus déclare l’indissolubilité du mariage ("Si un homme renvoie son épouse lègitime et en prend une autre, il commet l’adultère"). Dieu condamne Sodome et Gomorre pour leur homosexualité (voir Lévitique sur la question de l’homosexualité). Et après cela, vous pensez revenir à ce que voulait Jésus ?

Vous êtes marrants : cet homme est juge et partie car homosexuel, et ce qu’il dit est quand même assez vaseux du point de vue de la démonstration (Pourquoi un maître serait-il forcément inhumain avec ses esclaves ?). Comment lui faire confiance ?

J’ai par ailleurs le plaisir d’apprendre grâce au titre que Jésus voulait une Eglise, ce qu’on m’avait fermement démenti deux mois plus tôt ! De plus, il a créé une Eglise sans que le Saint-Esprit la guide. À quoi bon l’avoir créé dans ce cas ?

Enfin, à propos du coeur de l’article : l’Eglise serait éloignée de l’humanité ? Trouvez-moi une seule institution qui regroupe en son sein 1,5 milliards d’hommes ... Que vous soyez déconnectés de l’Eglise, je n’en doute pas, mais en quoi représentez-vous l’humanité en général ?

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Nous sommes, mon mari et moi, en train de le lire : remarquable ! Lucidité, courage...tout y est, très loin de toute hypocrisie. J’y trouve l’écho, a contrario, de ce que disait Jésus : vous voyez la paille dans l’oeil de votre voisin, pas la poutre qui est dans le vôtre.
De quoi se protègent tant les jeunes prêtres ensoutanés ? Ont-ils peur d’eux-mêmes, de leur propres fragilités ? Col romain, soutane... seraient-ils des "préservatifs" ? Jésus marchait sur les routes et dans la foule habillé comme tout un chacun, sans aucun signe distinctif, et pourtant, il en a fait de belles rencontres !

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