Parution : 29 septembre 2017
La mission chrétienne en modernité liquide

Nous retrouvons avec beaucoup de plaisir le théologien belge Arnaud Join-Lambert, professeur de théologie à l’Université catholique de Louvain et penseur de l’« Eglise liquide » (cf. « Golias Magazine » n° 164). Dans le dernier numéro des « Etudes »1, il propose une analyse de « la mission chrétienne en modernité liquide, une pluralité nécessaire ». Dans la ligne du sociologue Zygmunt Brauman (1925-2017), il rappelle que la liquidité permet de mettre des mots sur « la déstructuration et la délégitimation des institutions au profit d’un triomphe de l’individu ». Dans cette modernité, comment l’Eglise peut-elle continuer son œuvre missionnaire ? Où en est-elle de ses « modèles missionnaires » – forgés par le missiologue protestant sud-africain David Bosch (1929-1992) ? « Sont-ils incompatibles ? A quelles conditions pourraient-ils être complémentaires ? »

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Le deuxième article(1) du théologien belge Arnaud Join-Lambert, dans la revue jésuites Etudes(2) de septembre, est à lire avec un grand intérêt. Le chantre de « l’Eglise liquide » qui prend peu à peu la place de l’Eglise « solide » (avec toutes ses structures) s’interroge sur la meilleure manière d’annoncer l’Evangile dans notre « modernité liquide ». Annoncer l’Evangile demeure en effet pour le chrétien et l’Eglise une mission capitale, quels que soient les temps que nous vivons et même en en discernant les signes. L’Eglise a mis en place différents modèles missionnaires au lendemain de Vatican II (1962-1965) et Arnaud Join-Lambert nous en fait redécouvrir trois en se demandant comment non seulement ils se positionnent vis-à-vis de la modernité liquide mais aussi comment et s’ils peuvent cohabiter. Surtout qu’un nouveau modèle est venu s’ajouter aux trois autres : « l’Eglise en sortie » prônée par François.

C’est peu dire qu’il bouscule la donne. En vérité, il pousse sans doute les trois modèles à se repenser car il semble vouloir les dépasser. Ainsi, la « nouvelle évangélisation » wojtylienne et la « proposition de la foi » des évêques de France ont-ils pris un rude coup de vieux et apparaissent-ils à certains égards comme imparfaits face à ce que notre modernité implique : un dialogue constant, l’importance du témoignage, une « méfiance » par rapport à la verticalité, un rapport d’égal à égal. En cela, c’est la « pastorale d’engendrement » qui s’en sort le mieux. Théorisée par les jésuites Christoph Theobald et Philippe Bacq, elle part du principe que le « germe » de la foi est en chacun et met au centre le dialogue et la Parole de Dieu, introduisant le concept de l’« hospitalité » réciproque. On constate des ponts entre la pastorale d’engendrement et l’Eglise en sortie. La patte jésuite ? Le P. François-Xavier Amherdt, professeur de théologie à l’Université de Fribourg (Suisse), interrogé sur le texte de son collègue et qui travaille sur ces mêmes questions, le reconnaît en y adjoignant « la spiritualité carmélitaine de l’humilité et des béatitudes de la pauvreté et de la miséricorde ». Le théologien suisse, qui a bien voulu répondre à nos questions et que nous remercions vivement, rejoint son collègue belge : tous ces modèles peuvent cœxister – car ils peuvent correspondre à différents moments de l’existence – grâce à la synodalité. Ce que justement souhaite François : une Eglise synodale et « décentralisée », pour paraphraser le P. Amherdt.
Il semble malgré tout que ce défi que doit relever l’Eglise nécessite des évêques courageux capables de repenser le système solide qui prévaut encore aujourd’hui. Difficile en effet de casser les structures, de laisser vivre des espaces de liberté chrétienne, de ne pas « éteindre l’Esprit » (1 Th 5, 19). Ce que l’on remarque, c’est que la synodalité chère à François comme aux théologiens Join-Lambert et Amherdt n’est pas encore pour tout de suite dans les diocèses et les paroisses. La verticalité a encore de beaux jours devant elle, d’autant que les laïcs sont de plus en plus éloignés des tâches pastorales, surtout quand ceux-ci sont salariés : on préfère les remplacer par des bénévoles ou des… clercs (qui ne coûtent rien, eux non plus). Il faudra du temps pour que l’Eglise prenne conscience des enjeux actuels ; la hiérarchie n’est pas encore assez « convertie » à la modernité liquide, voire à la modernité tout court. Heureusement, les chrétiens disposent des travaux d’Arnaud Join-Lambert et de François-Xavier Amherdt pour prendre le train en marche et ne pas rester désespérément sur le quai à attendre que leurs pasteurs se décident enfin à oser l’aventure. Golias

1. Premier article : Arnaud Join-Lambert, « Vers une Eglise ‘‘liquide’’ », Etudes, n° 4213, février 2015, pp. 67-78 ; nous en avions fait une recension dans le Golias Magazine n° 164.
2. Arnaud Join-Lambert, « La mission chrétienne en modernité liquide, une pluralité nécessaire », Etudes, n° 4241, septembre
2017, pp. 73-82.

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La mission chrétienne en modernité liquide 11 octobre 21:19, par Jacques Hulotte

La "modernité liquide", me semble un concept assez pertinent. Nous vivons dans un monde où tout ce qui était autrefois considéré comme certain est par principe passé au mixer. L’humanité actuelle semble incapable d’avaler de la nourriture un peu solide. On n’accepte plus que ce qui peut s’avaler sans effort.
Jusqu’à un certain point, ça peut aussi être légitime en matière de foi, du moins au début. Il y avait autrefois un dimanche dit "Quasimodo" dont c’était le thème. Il faut commencer par manger de la bouillie avant de pouvoir passer aux aliments solides. Mais l’objectif, la maturité, c’est quand même la "solidité".
Ce qui est en cause aujourd’hui est différent. Ce n’est pas qu’incapacité, c’est refus positif de toute doctrine un peu solide et pas seulement en matière religieuse. Du coup la modernité n’a plus aucune consistance, elle n’est plus que doute, c’est devenu une vraie diarrhée.
Alors mettre l’Eglise à cette sauce, si j’ose dire, ça ne me semble pas une bonne idée.

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La mission chrétienne en modernité liquide 7 octobre 13:01, par Julie Gorbiane

Eglise "liquide" ? je suis plutôt adepte de l’"Eglise solide" !
De toutes façons, j’ai l’impression que cet article est un peu en arrière de la main : avec François, nous risquons de nous acheminer vers l’Eglise gazeuse, voire fumeuse.

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La mission chrétienne en modernité liquide 2 octobre 14:41, par Françoise

A la base c’est une bonne idée. Le problème, c’est que si on garde les structures locales et que celles-ci sont déjà vérolées par des intégristes et un évêque pro intégristes, il restera impossible de faire autre chose. Et ça c’est un sacré problème...
En fait, pour se sortir de la situation actuelle, il faudrait une sorte de coopérative détachée complètement de l’existant mais aussi de la domination diocésaine et de l’évêché, pour mener à bien des projets culturels, touristiques autour du catholicisme et d’une pratique catho. Une sorte d’office du tourisme catho, finalement, avec différents pôles et des paroissiens responsables pour chaque pôle : hôtellerie, hébergement et structures pour handicapés, arts et patrimoine, retraites, rencontres interreligieuses, randos spirituelles, etc.
Mais là, forcément, c’est un vrai boulot de communication qui centralise énormément d’informations différentes, qui s’occupe avec différents relais et personnels d’animer un territoire avec différentes activités à thèmes, sous forme d’ateliers.
Ca suppose des gens disponibles et dont c’est le métier, pas des structures bénévoles. Et ça veut dire aussi un lien avec les institutionnels du département et les offices de tourisme classiques, les conseils généraux et une dotation publique pour éditer un site internet, faire paraître de la publicité pour les différentes animations, etc, etc.

Je ne sais pas comment s’est structuré exactement le projet Humanicité de Lomme, mais je pense qu’il doit y avoir au moins un financement public de la mairie et différents partenariats.

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La mission chrétienne en modernité liquide 1er octobre 11:39, par ferréol

Encore un article vraiment pénible à lire et donc réservé à je ne sais quels initiés. L’auteur jongle avec les abstractions au lieu de les expliciter.

J’y ai mis la plus extrême attention et malgré cela je n’ai pas compris ce qu’est cette liquidité. Pour finir, j’ai le sentiment d’avoir perdu mon temps.

Une question : A quel lectorat s’adresse Golias ?

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