Parution : 6 octobre 2017
Monothéisme

On vante sa pureté, et on l’oppose aux fantaisies plus ou moins exotiques que nous voyons aujourd’hui dans le polythéisme. Voyez avec quelle familiarité impertinente Offenbach traite les frasques des dieux de l’Olympe. Ils sont si proches de nous que nous ne pouvons évidemment qu’en rire.

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Pourtant le polythéisme a fait beaucoup moins de mal dans l’histoire des hommes que le monothéisme. En effet, quand la puissance suprême est divisée entre plusieurs dieux, qui souvent se disputent entre eux, l’homme en devient plus indécis, plus prudent, plus relativiste. Et par voie de conséquence il est moins porté à imposer aux autres une volonté émanant d’un dieu unique dont il s’imagine le détenteur et très souvent le bras armé.
Certes il y a eu des guerres dans le monde antique, par exemple celle qui opposa Sparte à Athènes. Mais le motif n’en était pas du tout religieux. À l’inverse, le monothéisme a très souvent été instrumentalisé et transposé dans le domaine politique, d’où des guerres dites « saintes », où chacun, sûr de son bon droit et d’être l’agent de la volonté d’un Dieu unique, a étripé un adversaire senti comme un ennemi de ce point de vue. Croisades et Djihad belliqueux obéissent au même schéma.
Et à l’intérieur même de chaque religion monothéiste se sont produits des conflits sanglants : catholiques contre protestants en christianisme, chiites contre sunnites en islam, etc. Dans le monde antique au contraire la notion d’hérésie n’existait pas. Quand un nouveau dieu apparaissait, les Romains s’empressaient, non de l’attaquer, mais de l’intégrer dans leur panthéon, fidèles en cela à la devise de Symmaque : « Uno itinere non potest perveniri ad tam grande secretum – On ne peut parvenir à un si grand mystère par une seule voie. »
Je conseille à mes lecteurs de lire là-dessus les ouvrages de Jacques Soler, comme Le Sourire d’Homère (2014), et Dieu et moi (2017). Voir en particulier l’interview qu’il a donnée au Point sur la supériorité, même aux yeux de l’athée qu’il est, du polythéisme par rapport au monothéisme (Lepoint.fr, 21/03/2017).

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Monothéisme 9 octobre 07:32, par Romain

Entre un Jupiter toujours à "courir la gueuse" (si l’on me passe l’expression), une Héra prompte à la colère, un Arès qui se revêtait de peaux humaines (oui, c’était pas un tendre et on l’oublie régulièrement) ; entre des dieux dont les principaux attributs sont bien souvent la versatilité, l’inconstance et le fait de céder à toutes les pulsions ; et le monothéisme du Christ, je crois qu’il n’y a pas photo.

Ou alors peut-être voulez-vous que l’on adopte la théologie Aztèque, avec son cortège de dieux sanguinaires et l’obligation de faire sans cesse la guerre pour trouver des sacrifices ?

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Monothéisme 8 octobre 11:55, par agapé

Bonjour Michel,
Vous rejoignez ici, Michel ONFRAY qui a publié l y a quelques jours, un article dans Le POINT reprenant cette thèse de Soler.
Permettez moi d’être dubitative. Le problème vient il du monothéisme ou de nos représentations de ce Dieu unique ?
La découverte du Dieu unique, n’est pas le fait du religieux, mais celui d’une sagesse philosophique. Ainsi, la philosophie grecque a t’elle affirmé la réalité de ce Dieu unique en plein milieu du paganisme.
L’existence du Dieu unique, n’est pas révélée par la religion.
La religion nous dit qui est ce Dieu, elle nous fait entrer dans la connaissance de ce mystère.
Dés l’Ancien testament, l’homme cherche à savoir quel est son nom. Peu à peu , il est éduqué par l’Esprit Saint à découvrir son vrai visage jusqu’à la venue du Christ....
Et pendant cette longue route d’attente du Messie, le Dieu unique, prends parfois le visage de nos fantasmes humains( de toute puissance, de richesse etc....)
Mais il révèle aussi son visage de tendresse, de pardon , d’accueil de l’étranger.
Même dans l’Evangile, nous voyons les disciples , qui sont encore enfermés dans leurs représentations d’un Dieu Tout puissant, comme lorsqu’ils lui demandent d’envoyer la foudre du ciel sue la ville qui avait refuser de les accueillir.
Le visage du Christ a fortement ébranlé les représentation du Dieu unique que s’étaient forgés les pharisiens, c’est avant tout pour cela qu’ils l’ont tué.
La Croix du Christ, bouleversera toujours nos représentations de Dieu. Elle brise à jamais toutes nos idoles . Celui ou celle qui y est attaché ne peut tuer ou opprimer au nom du Christ.
Vous me direz que l’histoire ne le montre pas.
Ce n’est pas le fait du monothéisme, mais de notre incapacité à nous convertir à Celui qui s’est livré pour nous.
Il y a d’autre part, un autre élément à prendre en compte : c’est la propension humaine à sacraliser la guerre et les conflits...Dans ce cas là le religieux est instrumentalisé au profit d’un tyran ou d’un pouvoir quelconque.
Mais lorsque le religieux n’est plus facteur de lien social ce sont d’autres valeurs qui sont utilisées....

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Monothéisme 7 octobre 15:47, par FXM

Bonjour Michel, bonjour à tous,

Je me permets de compléter votre très sympathique billet en apportant mon modeste avis de scientifique. Le monotéisme et la démarche scientifique partagent cette recherche de "cause première" et "d’unification" nécessaire à la compréhension du monde.

Ceci se retrouve dans la vie de tous les jours, nous sommes tous conscients que "chaque fois qu’un oeuf cru tombe du réfrigérateur celui-ci casse..." Il y a un côté déterministe. Les lois physiques sont universelles, du moins dans le cadre très large du monde observable, des télescopes aux microscopes. Chaque possible incohérence est disséquée jusqu’à ce qu’une explication aussi courte et simple que possible soit donnée. Les lois de Newton du parcours des planètes autour du Soleil sont infiniment supérieures aux épicycles à étudier pour chaque planète du système solaire.

Les probabilités ne décrivent certes pas le comportement individuel des événements, mais font ressortir un déterminisme statistique. Il est appliqué au lancer de dés où la moyenne des tirages sera autour de 3.5, à la roulette du casino au profit du tenancier, à l’assurance automobile, etc.

Cette importance de la "cause première" me semble plus correspondre au monothéisme qu’au polythéisme. La mise en valeur de ces causes se retrouve dans le "rasoir de frère Occam", qui éclaircit toute argumentation en ne citant les causes nécessaires. Descartes fait ensuite de même dans le "Discours de la méthode". La théologie et la science prennent ensuite des chemins différents, mais c’est un autre débat...

Il me semble que le polythéisme revendique moins ce déterminisme des lois physiques, où le monde des Dieux est en perpétuel marchandages, trahisons, alliances, pouvoirs, contre-pouvoirs, etc... comme dans la vie politique où "tout pouvoir, même jupitérien, a besoin d’un contre-pouvoir".

Bien cordialement à tous,

F.

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