Parution : 11 octobre 2017
Droit

La perspective de permettre aux femmes célibataires ou homosexuelles d’avoir un enfant par procréation médicalement assistée (PMA) pose un point de droit intéressant. En effet le droit des pays latins, influencé par le dogme du péché originel que nous devons à saint Augustin, postule que l’individu n’est pas tout-puissant, et qu’il est nécessaire parfois de le protéger contre lui-même. Ainsi on ne peut chez nous déshériter ses enfants, vendre les composants de son corps, etc. À l’inverse, dans les pays anglo-saxons, l’individu a toute liberté de contracter : comme si chez eux Pélage, partisan de la liberté individuelle, l’avait emporté sur Augustin.

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En pied de l'article.

Mais je serais assez partisan de la vision de ce dernier. S’agissant de la PMA généralisée, je trouve là une prétention exorbitante. Autrefois, lors d’une naissance, on disait : « Un enfant nous est donné », ou bien : « Dieu a béni notre union ». Maintenant on parle de « faire un enfant », et ce par tous moyens et dans toutes situations possibles. On voit bien ici l’hybris de l’homme occidental, qui n’accepte pas la soumission à la nature, et veut se substituer à elle. En l’occurrence, le moyen est possible. Mais ce qui est possible est-il toujours légitime ?

On ne sait pas trop où l’on s’engage en généralisant cette PMA, jusqu’ici réservée aux cas de stérilité pour les couples hétérosexuels. Évidemment les couples homosexuels masculins vont vouloir aussitôt l’égalité avec les couples féminins, et on aboutira à la gestation pour autrui (GPA), qui instrumentalise le corps des femmes, au rebours de ce que dit Kant par exemple, pour qui autrui ne doit jamais être traité comme un moyen, mais comme une fin.

Quant à l’idée avancée de « droit à l’enfant » pour tous, elle me semble folle. Nos enfants ne sont pas nos enfants, comme disait Gibran. Ils ne nous appartiennent pas. Il faut avoir pour eux le plus profond respect, nos devoirs sont unilatéraux à leur égard, car ils n’ont pas demandé à naître, et n’ont pas participé à un contrat quelconque. Qui s’occupera alors de leurs droits à eux ?

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Bonjour Michel,
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La Belgique, l’Espagne et le Portugal ont ouvert la PMA aux couples célibataires et homosexuels donc ce ne sont pas que des pays anglo-saxons. L’Espagne et la Grèce rémunèrent même le don d’ovules.
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http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/pma-ce-qui-est-autorise-ou-pas-dans-les-autres-pays-europeens_1922039.html
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« Autrefois, lors d’une naissance, on disait : « Un enfant nous est donné », ou bien : « Dieu a béni notre union ».
Vous croyez vraiment qu’il en était ainsi ? Je pense à ces femmes qui se précipitaient sur un lavement après chaque rapport, à toutes celles décédées après un avortement. Comme oublier qu’il fallait faire beaucoup d’enfants pour en garder la moitié en vie ? et les guerres ?
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« Maintenant on parle de « faire un enfant » ». Oui et comment ne pas s’en réjouir ?
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« L’homme occidental, qui n’accepte pas la soumission à la nature, et veut se substituer à elle » Pourquoi parlez-vous seulement de l’homme occidental ? Heureusement que nous n’acceptons pas la soumission à la nature et que nous nous substituons a elle. Il me semble que les limites sont pensées, réfléchies à l’échelle de chaque pays dans le monde entier. Personne n’avance à l’aveuglette.
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« On ne sait pas trop où l’on s’engage en généralisant cette PMA, jusqu’ici réservée aux cas de stérilité pour les couples hétérosexuels ». Ces enfants existent déjà puisqu’ils sont conçus principalement en Belgique, Espagne, Grèce et République tchèque.
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En quelques minutes Michel, vous nous avez offert le catalogue de la manif pour tous. Adam ne s’y est pas trompé puisque de suite il est allé nous chercher les propos de François-Xavier Bellamy.
Les craintes de voir la GPA tapie en toile de fond sont mêmes relayées comme-ci PMA=GPA. Au pire ne donnons pas la vie puisque nous donnons la mort et que la mort ce n’est pas top.
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« Qui s’occupera alors de leurs droits à eux ? » Eux
http://www.lefigaro.fr/politique/2013/02/08/01002-20130208ARTFIG00628-pma-le-malaise-d-enfants-nes-d-un-don.php
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http://pmanonyme.asso.fr/?cat=7

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Vous voyez mes inquiétudes vont au mensonge. Qui peut mentir ? Mais les couples hétéros car rien ne les obligent à dire que leur enfant n’est génétiquement que celui du père ou de la mère ou d’aucun. Rien rien rien
Vous allez me dire que dans un couple il n’y a que la femme qui est sûre de sa maternité, et que 10 pour cent des français n’ont pas le bon père. Oui, mais là c’est vraiment un gros mensonge.
En 2012, 1 334 enfants sont nés ainsi. Combien ignore leur vraie histoire ?
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Pour les enfants nés de couples lesbiens ils semblent aller aussi bien ou aussi mal que les autres. Au moins là, il n’y a pas de mensonge sur les origines.
L’Eglise n’y est pas pour rien dans la stigmatisation des enfants nés hors mariage avec le charmant terme de bâtard. Ce n’est pas elle qui s’est battue pour faire reconnaître ces filiations et ces droits à l’héritage. Alors voir les cathos de la Manif pour tous venir parler du droit des enfants me fait bien rire.
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Je milite contre le don anonyme et je rejoins aussi François Ansermet « il s’agit d’inventer une voie entre celle des « techno-prophètes », qui ne voient que le côté positif des progrès techniques, et celle des bio-catastrophistes, qui crient à l’effondrement des repères ».
https://www.letemps.ch/sciences/2015/05/22/pma-souligne-mystere-origines

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Droit 12 octobre 13:26, par Françoise

Bonsoir Michel

Je pense personnellement que Dieu bénit chaque union (qu’elle aboutisse ou non à la procréation). Qu’elle soit homo, comme hétéro. Il ne fait pas de ségrégation.

Que chaque couple qui souhaite faire famille puisse accueillir un ou plusieurs enfants est formidable. Et l’on devrait s’en réjouir. Que ça passe par l’adoption ou la PMA, où est le problème ?

Faire un enfant biologiquement c’est facile. L’élever, l’amener à la pleine conscience, à la pleine autonomie est une tâche bien plus ardue et quand on choisit en toute connaissance de cause, de s’engager dans cette démarche en sachant bien qu’elle ne sera pas du tout évidente, (justement parce que naturellement et biologiquement on ne peut pas y accéder), c’est un signe plus que particulier de motivation parentale, qui présente une certaine garantie.

Combien d’hétéros pourvus de tout le nécessaire biologique se posent la question d’une réelle motivation quand ils font naturellement des enfants ? A voir le taux d’inceste, de violences intrafamiliales que vivent une majorité d’enfants de couples hétéros ayant procréé naturellement, franchement, on se demande si en réalité, certains sont réellement motivés et intéressés en terme de responsabilité et d’engagement parental...

Pourquoi le vocabulaire a changé pour parler de procréation ?
Parce que l’éducation scolaire permet aujourd’hui de savoir qu’une naissance ne vient pas de Dieu, mais réellement d’une union amoureuse et sexuelle fécondante à telle période.
Nous sommes sortis du magique céleste pour comprendre ce qu’est réellement la biologie humaine. Et il n’y a rien de choquant là-dedans.

Je crois qu’avant de s’emballer sur la GPA, qui n’est pas au programme, malgré les tentatives lobbyistes d’un couple hétéro français, les Mennesson, il faut se poser la question des enjeux :

- l’enjeu financier et commercial.
- la mise en esclavage de femmes pauvres utilisées comme machines à bébés.
- le problème juridique du réel statut parental dans la constitution de chaque pays pour la mère porteuse (mère biologique) et pour les parents adoptants et nourriciers de l’enfant.

En dehors de ces questions graves, qui doivent pouvoir être débattues sans tabous ni faux-semblants, on constate dans les études menées ces dernières années, comme du côté des adoptions, lorsque ces démarches s’exercent dans les familles monoparentales (femmes seules), homoparentales (hommes ou femmes) qui ont choisi ou PMA, ou GPA, un réel souci de l’enfant et ses intérêts, bien plus important même qu’en familles biologiques naturelles. La construction identitaire des enfants parvenus à l’âge adulte montre un bel équilibre et plutôt moins de problèmes psys que dans les autres constructions familiales. Etonnant, non ?

Si la GPA pose un vrai souci d’instrumentalisation de la pauvreté et des femmes, un réel problème quant à qui dispose du titre parental au plan législatif, en quoi la PMA pose un problème ?

Elle ne posait aucun problème quand il s’agissait de donner accès à des couples hétéros stériles à la parentalité. Alors pourquoi cela poserait problème si elle s’adresse maintenant à des couples de femmes homos ou des femmes seules ?
Le coût de la PMA exclut d’emblée les femmes sans ressources ou à ressources modestes. Et quand on sait ce que représente élever un enfant tout seul, l’investissement personnel à consentir au quotidien durant 25 ans, franchement, faut en vouloir ! Sans compter que la PMA, c’est pas une partie de plaisir médicalement parlant, c’est ultra contraignant physiquement et sans garantie de réussite...

Ce qui me sidère bien souvent dans ces oppositions de principe, c’est que les gens ne réalisent pas du tout le parcours difficile que ça représente. Et que ça n’a rien d’une passade, rien d’un caprice mais qu’il s’agit au contraire d’un projet mûrement réfléchi et d’un engagement sérieux.

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Droit 11 octobre 21:59, par Adam

Merci beaucoup pour cette réflexion pleine de bon sens et qui pose les vrais enjeux de ce débat.

François-Xavier Bellamy a lui aussi indiqué toute la part d’hybris que représente la PMA et ce qu’elle signifie du désir de l’homme de se prendre pour Dieu, en particulier lorsqu’il dit :
« Il n’est plus question de rétablir la nature, mais de s’en arracher. Le but n’est plus que nos corps soient réparés, mais qu’ils soient vaincus. Et que soit enfin brisée cette impuissance douloureuse de leur condition sexuée, qui nous faisant hommes ou femmes, interdit à chacun d’entre nous de pouvoir prétendre être tout, et de se suffire pour engendrer. »

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/09/15/31003-20170915ARTFIG00272-francois-xavier-bellamy-pma-pour-toutes-derniere-frontiere-avant-le-transhumanisme.php

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