Parution : 13 octobre 2017
Au-delà du diaconat féminin, repenser les ministères

L’Association des prêtres catholiques d’Irlande a appelé les évêques irlandais à mettre un terme à l’introduction de diacres permanents dans leurs diocèses jusqu’à ce que la commission des diacres féminins du Vatican ait terminé son rapport et que le pape François ait pris une décision basée sur ses conclusions.

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Le 5 septembre dernier, nous avions vent de cette information par le National Catholic Reporter (NCR), hebdomadaire libéral nord-américain : l’Association
des prêtres catholiques d’Irlande réclame une « pause diaconale (…) jusqu’à ce que la commission des diacres féminins du Vatican ait terminé son rapport et que le pape François ait pris une décision basée sur ses conclusions »1. L’Association craint en effet que « procéder à l’introduction de diacres masculins en ce moment ajouterait ‘‘une autre couche cléricale masculine au ministère’’ ». Emmenée par le P. Donovan de l’archidiocèse de Cashel et Emly (sud des Midlands), elle estime qu’il n’est plus possible d’éloigner les femmes de l’autel d’autant qu’elles exercent déjà d’immenses responsabilités dans les paroisses. Le P. Donovan pointe également une problématique : « La réalité est que les prêtres meurent rapidement et que ceux qui restent vieillissent et ne sont pas remplacés. Il est triste que la seule solution que nous aient donnée les évêques soit le diaconat masculin. Il est incompréhensible que les prêtres ne trouvent pas d’autres solutions ».

De fait, cet article pose différentes questions : quelle place pour les femmes dans l’Eglise ? Que devient le ministère diaconal alors que le nombre de prêtres chute ? Que doit-on attendre de la commission sur les femmes diacres créée à l’été 2016 et présidée par l’alors secrétaire jésuite de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr Ladaria Ferrer, depuis juin dernier préfet de cette même congrégation ? Et nous, en France, où en sommes-nous vis-à-vis de cette éventuelle ordination de femmes diacres ? Nous avons proposé cet article de la journaliste Sarah Mac Donald, pigiste à Dublin, à quatre évêques français qui n’ont même pas pris la peine d’accuser réception… Une patate chaude, visiblement, et pas que pour eux : différentes théologiennes saisies ont botté en touche, arguant même çà et là que vouloir ce ministère pour les femmes serait contribuer au cléricalisme vu comme la panacée dans l’Eglise… Ce sont donc deux théologiens, cette semaine, qui ont bien voulu se pencher sur ce thème du diaconat féminin et la proposition de prêtres irlandais de « pause » : le père jésuite François Euvé, rédacteur en chef des Etudes, et le père Alphonse Borras, vicaire général du diocèse de Liège. Nous les remercions vivement pour leurs réponses qui nourriront assurément la réflexion des chrétiens français. Tous deux, par des biais différents, arrivent peu ou prou à la conclusion qu’il s’agit en définitive de repenser les ministères. Car ce serait en effet verser dans le cléricalisme s’il s’agissait de reproduire ce qui se fait depuis des centaines d’années dans l’Eglise (et qui ne fonctionne plus).

Or, il s’agit de profiter de l’opportunité de cette commission pour élargir le débat et repenser les ministères, voire cette notion de « service » souvent avancée par les opposants à l’ouverture des ministères aux femmes qui, en dépit de leurs dénégations, s’apparente à un « pouvoir ». Argument clérical et masculin, pour ne pas dire machiste, comme si des femmes et des hommes réclamant l’ouverture des ministères aux femmes le faisaient pour une question de pouvoir… Au nom de l’égalité ? Il y a de cela, en vérité ; le P. Euvé préfère parler de « réciprocité » et donner le primat à la relation. Il est rejoint par le P. Borras sur le fondement des ministères : doivent-ils être institués par le sacrement de l’Ordre ou par celui du Baptême ? Si la commission réunie par François s’attachera avant tout à l’aspect historique du diaconat féminin exercé dans la primitive Eglise, il appartient aux chrétiens, aux théologien(ne)s et aux évêques de creuser ses conclusions et de faire des propositions innovantes. Pas forcément applicables à la totalité de l’Eglise mais plutôt dans des secteurs géographiques spécifiques de l’Eglise (on pense en particulier à l’Amazonie et… à la sphère nord-occidentale), le catholicisme étant pluriel, pour paraphraser le P. Borras. Dès la semaine prochaine, nous proposerons une troisième contribution : ce débat ne fait que commencer. Pour aller plus loin  : http://golias-editions.fr/article5488.html

1. https://www.ncronline.org/news/world/irish-priests-call-diaconate-pause

18 commentaires

Chez nous on peut déjà constater que dans certains diocèses les diacres sont réduit à une peau de chagrin. J’ai cherché un peu et pu constater que cette « vocation » n’était parfois même pas proposée.
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Alors des femmes diacres ?
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Peut-être pourrait-il déjà y avoir une réflexion des évêques sur le diaconat ? Pourquoi autant de frein ? Peut-être les faire travailler sur leur image du couple, de la famille ? Il est vrai qu’avoir, par exemple, un papa militaire cela donne un ton.
On ne peut avoir une maman à la maison qui au quotidien tient les rênes, assume tout, se pare de toutes les casquettes et qui dès le retour de son tendre époux s’efface sans que cela ne laisse des traces.
Beaucoup d’hommes ont du mal à quitter leurs schémas. Souvent, ils le font via et grâce à leur femme.
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Déjà que certains semble voir le diaconat permanent masculin comme un boulet comment envisager la présence de femmes ?
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Autour de moi, je constate que la vie d’un diacre est dure. Assumer sa famille, son boulot, plus le diaconat, c’est avoir une vie sans temps pour soi. La femme participe à tout. On pourrait plutôt parler d’un couple diacre.
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Actuellement, on impose au diacre de ne pas se remarier en cas de veuvage. Cela donne un ton qui n’a rien d’anodin. Va –t-on continuer ainsi ou déjà assouplir cette règle ? Et pour les femmes diacres ?

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Bonjour à tous, les paroisses fonctionnent déjà à 80% avec le travail bénévole des paroissiennes. Quel intérêt y aurait il pour ces femmes d’accéder au diaconat ? Je ne le voit pas...excepté d’être plus sollicitées encore..Il me semble qu’il serait plus utile de donner des autorisations dans chaque diocèse à des membres de l’aumonerie des hôpitaux, hommes ou femmes, pour pouvoir donner le sacrement des malades lorsque le prêtre ne peut venir et que le malade souhaite le recevoir...Dans ma paroisse, les accompagements de catéchèse, de catéchumenat adulte, d’équipe de deuil, les groupes de lectio divina ou d’approfondissement de la foi, l’accueil, les actions caritatives sont assurées par des paroissiennes presque exclusivement, soit retraitées, soit en plus de leur activité professionnelle et de leur charge familiale ( pas de maman "au foyer" dans notre paroisse...). Célébrer en plus des mariages ou des baptêmes, pourquoi pas...mais celles qui sont investies font déjà beaucoup ! Les conseils épiscopals avec parité homme/ femmes, des responsabilités pastorales dans les diocèses, et au Vatican, et pourquoi pas une adjointe de l’évêque élue par le conseil épiscopal dans chaque diocèse pour gouverner et discerner avec une autre grille de lecture, là, je pense que cela serait bon pour un fonctionnement plus sain (et saint) de l’Eglise... Bonne soirée à tous !

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Peut-être avant de justifier les diacres femmes, faudrait-il raconter l’histoire des disciples femmes de Jésus et des grandes prophétesses, des grandes figures féminines juives, chrétiennes. Ce serait bien !
Parce que notre histoire religieuse depuis l’ère monothéiste, c’est un peu comme avec l’histoire de la musique, de la peinture : l’élément féminin passe systématiquement à la trappe. Ou alors relève de l’anecdotique, du faire valoir. Et finalement, fin du 20ème siècle, on découvre qu’en réalité, il y a une création artistique au féminin très importante, même si au départ cantonnée ou presque aux créations de filles d’artistes hommes.

Faudra-t-il des théologiens femmes pour raconter l’histoire religieuse au féminin ? Parce que pour l’histoire de la musique et de la peinture, si les historiennes et artistes femmes ne s’en préoccupent pas, rien n’est fait ou presque par les hommes en la matière. C’est moche, mais c’est la réalité, dans notre belle société patriarcale.

Déjà au 18ème siècle, Choderlos de Laclos notait déjà en 1783 dans son essai sur les femmes et l’éducation :

"...n’attendez point les secours des hommes auteurs de vos maux : ils n’ont ni la volonté, ni la puissance de les finir, et comment pourraient-ils vouloir former des femmes devant lesquelles ils seraient forcés de rougir ? apprenez qu’on ne sort de l’esclavage que par une grande révolution.
Cette révolution est-elle possible ? c’est à vous seules à le dire puisqu’elle dépend de votre courage."

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