Parution : 18 octobre 2017
Débaptisage

Des mouvements antiracistes veulent faire enlever le nom de Colbert au fronton de nos établissements publics, dont les lycées, au motif qu’il a rédigé, sur demande de Louis XIV, le Code noir entérinant et réglementant l’esclavage. Ce fait est exact, mais je me demande si on bien raison d’aller jusque là.

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Tout homme a sa part d’ombre, même si par ailleurs il peut avoir des qualités, qui le font paraître lumineux aux yeux de la postérité. À suivre ces iconoclastes, il faudra faire la chasse à tous ceux qui ont pu avoir dans l’histoire des sympathies pour le racisme, ou simplement pour des causes moralement discutables. On pourra incriminer Louis XIV lui-même, puis Napoléon, qui a donné sa bénédiction à l’esclavage en le réactivant. Mais aussi je suis bien sûr qu’on trouvera jusque chez le général de Gaulle des zones d’ombre en telle ou telle de ses positions. Est-ce une raison pour débaptiser rues et avenues, déboulonner les statues sur les places publiques, etc. ?
Partie en si bon chemin, la chasse aux sorcières pourra s’en prendre à quasiment tous les écrivains. Il y a de l’antijudaïsme chez Shakespeare, avec le personnage de Shylock dans Le Marchand de Venise. Chez Voltaire, où la rapacité d’un « marchand juif » est mentionnée dans Candide. Chez Balzac, avec le personnage du baron Nucingen. Chez Baudelaire aussi (« Une nuit que j’étais près d’une affreuse Juive... »), etc. Et pour prendre un autre domaine les admirateurs de Zola lui-même savent-ils comment il traite la Commune de Paris dans La Débâcle ? Les Versaillais y sont présentés comme la partie saine de la France amputant cette dernière de sa partie gangrenée. Est-ce ce qu’on attend d’un écrivain progressiste ?
En vérité, nul n’est parfait. C’est pour chacun le bilan général de l’œuvre qui compte, et c’est aux historiens de le dresser impartialement. Il y a un angélisme exterminateur, qui anime les mouvements susdits. Leur zèle de purification oublie que sauf à critiquer à peu près tout le monde il y a toujours une mesure à garder en toutes choses : Est modus in rebus.

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Bonjour Michel

Le problème est qu’il n’y a pas ou plus d’école Louis XIV.
Ni d’école Napoléon.
Colbert, a eu son nom utilisé pour nommer des écoles, lycées, pour avoir créé des écoles au sein des manufactures royales, évènement qui n’est quasiment plus raconté en cours d’histoire.

Les manufactures royales avaient la particularité d’avoir des écoles pour former à différents métiers les meilleurs apprentis, adolescents triés par concours ou recommandation écrite de maîtres artisans (en verrerie, faïencerie, tapisserie, dentelles, menuiserie d’art), et qui une fois admis dans les manufactures, allaient pouvoir être formés pour devenir les meilleurs artisans du royaume.

Dans ces manufactures, semblables aux centres de formation d’apprentis modernes, il y avait la possibilité d’une réelle éducation scolaire et d’une formation d’excellence au métier, deux repas par jour, pensionnat ou externat. Une fois formés, les jeunes étaient attachés à la manufacture, ce qui leur garantissait la pérennité de l’emploi pour eux et parfois leurs descendants si ces derniers se révélaient doués pour le même métier.

J’apprends ça à mes élèves apprentis des classes de seconde en arts appliqués. Ca fait partie du cours de démarrage pour expliquer les différences entre arts plastiques et arts appliqués et leur expliquer l’histoire des arts appliqués depuis Colbert justement, avant que ce domaine soit récupéré par le monde industriel au 19ème siècle avec d’autres pratiques (notamment l’exploitation de la main d’oeuvre enfantine et féminine). Mais voyez, ça n’est par contre que survolé en classes d’enseignement général.

Ce qui se passe aujourd’hui, c’est la prise de conscience d’une histoire spécifique de la part de personnes dont les ancêtres ont connu la colonisation française et l’esclavage.
Et c’est très bien dans la mesure où les problèmes et oppressions graves, criminelles sont pointés du doigt. Démarche qui n’aurait sans doute pas effleuré la métropole ou très peu. Comme le disait très bien l’ américain Howard Zinn, l’histoire est toujours racontée du côté des chasseurs et non du côté des lapins. Il faut donc aussi raconter l’histoire du côté des lapins.
Après, faut-il débaptiser pour autant les écoles Colbert ?
Pas forcément, mais enseigner que Colbert a rédigé le code noir, ça c’est évident.
Ce qui est dommage, est que ça n’a pas été enseigné au départ. Du coup, les jeunes issus d’ancêtres ayant vécu l’esclavage se sentent trahis au plan historique et atteint dans leur intégrité. Et c’est logique.

En France, on enseigne toujours pas que l’esclavage a existé durant 8 siècles avec les cagots. Et ça préexistait avant Colbert. Les cagots remontent au haut Moyen Age et ont existé dans différentes régions françaises sous différents noms. Ce qui explique beaucoup la persistance du racisme en France mais aussi de diverses discriminations et de la xénophobie.
La ghettoïsation, les pratiques discriminantes, l’exclusion, tout ça existait depuis très longtemps.

Si vraiment l’on veut raconter cette histoire, il y a de quoi instruire vraiment la population, pas que les ados. Pour comprendre aussi comment sortir du racisme, de la xénophobie. Sinon, on ne pourra jamais vivre tous ensemble en harmonie ni se respecter les uns les autres.

En bonus, je vous mets le thème racisme traité par le petit groupe "Et tout le monde s’en fout".
Faudra leur dire d’ajouter à leur vidéo l’histoire des cagots, ce qui permettra à tout le monde de comprendre que le racisme en France est préexistant au code noir rédigé par Colbert à la demande de Louis XIV. Et le racisme vis à vis des cagots a perduré bien au-delà de la fin de l’esclavage.
Les derniers cagots sont morts dans les années 60. Et très peu ont vécu une réelle intégration et une absence de discrimination de leur vivant. Comme quoi, l’humain a toujours besoin de détester ses semblables sous différents prétextes aussi stupides que dégradants.

https://www.youtube.com/watch?v=YzyOGhWO3Gk

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