Parution : 17 novembre 2017
Demain, plus de séminaristes ?

La session de novembre de l’assemblée plénière de la Conférence des évêques de France (CEF) qui s’est tenue à Lourdes, il y a une dizaine de jours ,était particulière à plus d’un titre.

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Il s’agissait en effet des adieux du cardinal-archevêque de Paris, Mgr Vingt-Trois, à ses confrères ; âgé de 75 ans depuis le 7 novembre et donc démissionnaire de sa charge, fortement affaibli par le syndrome de Guillain-Barré, il n’a pas l’intention de s’éterniser dans la capitale et son successeur devrait être désigné avant la fin de l’année. En outre, la chute des vocations presbytérales fut au cœur de leurs débats : les évêques sont à l’os ; c’est peu ou prou ce qu’ils expliquèrent au secrétaire de la Congrégation pour le clergé, Mgr Patrón Wong, qui était venu expliquer la reprise en main bergoglienne des séminaires… Ambiance… lourde.

De fait, François estime que les séminaristes formés actuellement (et leurs prédécesseurs aujourd’hui, au grand maximum quinquagénaires) ne correspondent pas à l’idée qu’il se fait du prêtre : trop rigides, trop arc-boutés sur les dogmes, trop à cheval sur la morale, cléricaux au possible, pas toujours positifs à l’endroit de l’œcuménisme et du dialogue religieux… On est loin des disciples-missionnaires conceptualisés dès le début du pontificat argentin ! Par ailleurs, le pape jésuite considère que certains candidats ont été ordonnés trop rapidement, comme si l’on avait quelque peu mis au placard le discernement indispensable en la matière pour pallier la pénurie ; surtout, la stricte observance de l’orthodoxie romaine permettait parfois de sauver certains candidats pourtant fragiles… C’est pourquoi il a signé en décembre dernier une Ratio fundamentalis, encadrant la formation des séminaristes et qui – pour faire simple – met davantage l’accent sur la pastoralité des futurs prêtres plutôt que sur la philosophie et la théologie et oblige chaque candidat à démarrer son parcours après une année de propédeutique1, facultative jadis, obligatoire désormais. Pour ce faire, il a confié à Mgr Patrón Wong la charge des séminaires au sein de la Congrégation pour le clergé. Ancien évêque de Papantla (au sud-est du Mexique), proche de François qu’il a connu au CELAM, il a été appelé par ce dernier à Rome – avec rang d’archevêque – six mois après son élection afin d’élaborer cette Ratio fundamentalis, de formater les futurs prêtres aux vues bergogliennes (qui demeurent, en la matière, archi-classiques et même réactionnaires à l’endroit des candidats gays, par exemple). En accord avec l’évêque de Rome, Mgr Patrón Wong demande donc aux évêques de consacrer leurs meilleurs prêtres à la formation des séminaristes, ce qui trouble les évêques français déjà démunis. Le responsable romain des séminaires n’est pas dupe : « Nous savons que cet aspect représente un défi, particulièrement pour l’Europe. Si des formateurs s’inquiètent, c’est parce qu’ils ne sont pas eux-mêmes de bons disciples missionnaires. Mais si un prêtre n’est pas formé pour être un bon pasteur, toutes ses connaissances intellectuelles ne lui serviront à rien. C’est ce que dénonce le pape François quand il parle de mondanité spirituelle. Cette nouvelle vision est à son image : c’est un père, un grand-père, pas un intellectuel.2 » Voilà donc nos évêques rhabillés pour l’hiver : s’ils renâclent, c’est qu’ils sont mauvais, pour ne pas dire nuls. En creux, c’est le profil de candidats recherchés par l’Eglise en France qui est pointé du doigt : sous la pression des groupuscules catholiques fondamentalistes et en raison du fait que les communautés et autres instituts de vie qui leur sont proches accueillent tous azimuts les candidats (ce qui donne des succès apparents en termes de chiffres), on en vient à accueillir dans les séminaires des jeunes hommes typés spirituellement voire affectivement si l’on en croit Mgr Beau, auxiliaire de Paris et président de la Commission épiscopale pour les ministres ordonnés et les laïcs en mission ecclésiale (CEMOLEME) : « Nous recevons des jeunes très marqués par des expériences affectives fortes avant d’entrer en formation. Comment les aider à passer d’une expérience d’alliance affective (fiançailles, vie commune, relations diverses, etc.) au service d’une alliance, celle de Dieu, qui, elle, ne l’est pas. En d’autres termes, nos séminaires ne doivent pas être simplement des lieux de maîtrise de l’affectivité, mais ils doivent amener le séminariste à des choix motivés.3 » C’est ainsi que nous découvrons officiellement que les séminaires font office de maisons de soins pour des candidats en mal-être affectif voire personnel, que l’on apprend la « maîtrise de l’affectivité » quand on pensait qu’il s’agissait de former des futurs prêtres… Et c’est ainsi que nous comprenons mieux ces nouveaux curés, souvent le doigt sur la couture de la soutane – qu’ils portent pour certains d’entre eux –, qui se projettent littéralement comme des patrons de leur paroisse, qui contrôlent tout, font bosser les laïcs obéissants… [Découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n°503 : http://golias-editions.fr/article5495.html]

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Demain, plus de séminaristes ? 30 novembre 07:36, par Théo Martin

je trouve les nouveaux prêtres de plus en plus traditionalistes. L’évèque de Montauban a recomposé les différents secteurs inter-paroissiaux de la ville sans aucune concertation avec les laïcs, il impose et les fidèles n’ont cas se plier. le vicaire général explique à la fin de la messe que l’évèque a fait appel à un sociologue pour étudier les mouvements de population de la ville pour prendre ses décisions. Lors de sa première messe dans une des paroisses où il est nommé, le nouveau curé âgé de 50 ans environ et ordonné en juin 2017 donne le ton lors de l’homélie. Il parle du rôle du prêtre et dis le responsable du diocèse c’est l’évèque et le responsable de la paroisse c’est le prêtre. La place des laïcs la dedans est complètement oubliée, l’évèque et le prêtre décident, les laïcs exécutent et ferment leurs gueules ? Où est Vatican 2 qui donnait plus de place aux laïcs, le pape François a beaucoup de travail à faire face à se repliement sectaire de l’Eglise catholique française.

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Demain, plus de séminaristes ? 21 novembre 19:35, par Xavier

D’après les dernières statistiques publiées, près d’un cinquième des séminaristes français seraient actuellement en formation pour le rite "extraordinaire", c.a.d. pour l’ancienne liturgie latine appelée aussi "tridentine", et ce, dans des séminaires traditionalistes. Et si ce pourcentage est toujours en hausse régulière, c’est en partie dû au recul significatif du nombre de candidats à l’entrée des séminaires diocésains ordinaires.
Certe, il y a encore des candidats sérieux pour le rite moderne de Paul VI, mais on les trouve surtout dans des séminaires comme celui de la Communauté Saint-Martin ou dans quelques séminaires diocésains fonctionnant sous la responsabilité d’évêques conservateurs théologiquement proches de Benoït XVI.
L’augmentation modérée mais stable des vocations traditionalistes est due en premier lieu, à la démographie. Les familles traditionalistes font beaucoup d’enfants par rapport aux familles ordinaires postconciliaires. On le constate aux messes dominicales : les couples vont à la messe en latin avec leurs enfants, souvent même avec leurs bébés.Les femmes de tous âges, y compris les fillettes, portent une jupe longue et assistent à la messe, la tête couverte d’une mantille ou d’un chapeau. Les hommes et les jeunes garçons sont en tenue de ville sobre, excluant les tenues relâchées ou sportives. Presque tous les enfants et ados tradis sont scolarisés dans des écoles privées hors-contrat et 90% des vocations sacerdotales de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X proviennent de ces écoles. Même chose pour la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre. De la maternelle au bac, ils reçoivent une formation religieuse catholique complète et traditionnelle, dans laquelle on idéalise la vocation de prêtre. A côté des écoles, les deux grandes fraternités sacerdotales sont très engagées dans un scoutisme qui exalte la royauté sociale de Jésus-Christ.
On peut observer la piété traditionnelle chez les jeunes traditionalistes lors des grands rassemblements de Pentecôte, que sont les pèlerinages Chartres-Paris et Paris-Chartres.
Ce sont là des signes que nous progressons vers la fin inexorable de l’épisode "Vatican II" dans l’histoire de l’Eglise.
En effet, le clergé traditionaliste a l’immense avantage d’avoir à sa disposition et à l’état intact tous les trésors spirituels pour tenir bon dans la vie sacerdotale, ce qui n’est pas le cas chez les prêtre qui travaillent dans l’esprit du concile Vatican II.
Pour célébrer la messe tridentine, le prêtre n’a qu’à suivre pieusement dans le missel, les prières, les textes et les instructions établis au 16e siècle. Ainsi, la messe soutient spirituellement le prêtre et l’assemblée par la grâce surnaturelle qui émane du rite lui-même.
Mais dans le contexte de la messe moderne de Paul VI, on a le mouvement inverse : la qualité de la participation de l’assemblée, la créativité et le talent de communicateur du prêtre sont devenus les piliers de la célébration. Et comme il n’y a plus beaucoup d’éléments fixes dans le nouvel Ordo Missae, réduit à un squelette, c’est au prêtre avec les laïcs à faire le travail d’adaptation liturgique, selon qu’il s’adresse à des jeunes ou à des personnes âgées ou à des familles. Avec la diminution du nombre de prêtres et la défection des fidèles, c’est épuisant et c’est ingrat.

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Demain, plus de séminaristes ? 18 novembre 14:58, par hélène

Ceci explique celà... et pour cela que ça ne peut pas coller !

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Demain, plus de séminaristes ? 18 novembre 08:55, par Françoise

Le terme "maîtrise de l’affectivité" me fait bondir.
Le séminaire n’est pas là pour ça. Il est là pour préparer le type de pastorale qui sera proposé, travailler sur les qualités des candidats qui peuvent enrichir la pratique, la gestion paroissiale, évaluer la capacité des candidats à la transmission de l’espérance portée...et tant d’autres choses...

Ce terme montre que la majorité des candidats ont de gros problèmes identitaires, personnels (qu’ils pensent peut-être guérir dans la prêtrise, alors que la prêtrise n’est pas là pour ça) et que l’institution se comporte encore avec eux comme elle le faisait au 19ème siècle, entre bromure, leçons de morale et suggestions de mortifications et tortures histoire de résoudre le problème.

Ca fait peur !

Déjà, ça m’a toujours choquée de voir que les études théologiques étaient complètement décalées du concret et du pratique de la profession, mais là, si ça devient la clinique des bras cassés, comment pouvoir préparer des hommes réellement disponibles pour la pastorale, quand ils sont déjà submergés et embarrassés d’eux mêmes ?

Faudrait peut-être leur faire lire le bouquin de Jean Monbourquette sur Jung : apprivoiser son ombre. Mais avant le séminaire. Et accompagné d’une bonne thérapie psy.

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