Parution : 15 décembre 2017
Mgr Aupetit, nouvel archevêque de la capitale :
Un ultra à Paris

C’est donc Mgr Aupetit qui est sorti de la terna2. Cela commença de bruisser après la visite du cardinal Vingt-Trois à François en septembre dernier ; jusque-là, c’étaient deux archevêques qui tenaient la corde : Mgr Lebrun de Rouen et Mgr Ulrich de Lille.

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L’on se souvient qu’Ambroise, évêque de Milan au IVe siècle, ne manquait pas d’autorité pour défendre l’indépendance de l’Église face au pouvoir impérial tout en soutenant ce même pouvoir lorsqu’il s’agissait de faire un sort aux hérétiques (entre autres Arius)1. En ce 7 décembre donc – fête d’Ambroise –, François a nommé sur le siège de Paris un autoritaire, grand pourfendeur des catholiques pensant différemment de la hiérarchie et surtout, apologiste indécrottable de la vie telle que définie par les canons romains : c’est donc Mgr Michel Aupetit qui succédera le 6 janvier prochain au cardinal Vingt-Trois, deux mois jour pour jour après sa démission lors de ses 75 ans (7 novembre). Evêque de Nanterre depuis 2014, il avait été auparavant nommé évêque auxiliaire de Paris en 2013.

Au fond, sa nomination nous prouve bien que pour Paris, il ne s’agit plus de népotisme mais bien de consanguinité : après le fils spirituel du cardinal Lustiger en 2005 (faute d’obtenir la nomination de son chouchou Mgr d’Ornellas), le préféré du cardinal Vingt-Trois en 2017. La presse catholique a parlé de continuité, histoire de faire avaler en douceur ce changement de braquet. Car Mgr Aupetit est un croisé catholique, avec des œillères en béton armé, défenseur de la vie biologique du rapport sexuel procréateur ; une continuité en effet par rapport à la ligne, pour la forme en revanche, c’est tout autre : le nouvel élu – très vaniteux – est réputé pour être maladroit et peu dialoguant. Bien conscient que ce choix davantage wojtylo-ratzingerien que bergoglien ne concordait pas à ce que l’on pouvait s’attendre, les observateurs se sont échinés à lui trouver des qualités « périphériques » : ainsi serait-il issu d’une famille non croyante (en vérité, c’est son père cheminot qui était éloigné du monde ecclésial, sa mère pratiquait et lui-même admet avoir toujours eu la foi), ainsi a-t-il été ordonné prêtre à 44 ans après avoir pratiqué la médecine dix années dans les Hauts-de-Seine ; un ancien médecin pour succéder à un archevêque très affaibli par le syndrome de Guillain-Barré (maladie paralysant nerveusement les extrémités), en voilà une bonne idée originale ! Et puis François ne voulait-il pas lui-même devenir médecin ? Comment naissent les contes de fées…

Pour Rome, il y aurait Paris et la France, et cette nomination ne peut que renforcer l’impression d’un fossé entre la capitale et la province, comme si le périphérique demeurait un rempart infranchissable. Car la situation capitale est différente du reste du pays, et c’est pourquoi beaucoup espéraient une nomination dite « de l’extérieur », afin d’insuffler un peu d’air frais après trente-six ans de règnes Lustiger/Vingt-Trois, de changer la mentalité parisienne et la rapprocher des grandes difficultés vécues ailleurs (entre autres en Ile-de-France). Avec plus de 500 prêtres, une centaine de diacres permanents, quatre évêques auxiliaires et cinq vicaires généraux (dont les quatre auxiliaires) pour 2, millions d’habitants (dont 1,3 million de catholiques), Paris demeure un diocèse riche, la baisse des vocations y
est moindre qu’ailleurs (même si depuis quelques années, cela commence à s’aggraver). Mais on aurait pourtant tort de croire en un diocèse uniforme : il manque en vérité d’unité ; chaque curé joue sa propre partition en fonction de la ligne diocésaine qui n’est jamais éprouvée par des visites pastorales : l’archevêque de Paris a autre chose à faire que visiter des paroisses qu’il connaît déjà bien et il laisse toute latitude à ses auxiliaires pour se débrouiller avec l’intendance. Le sens pastoral n’est pas un don de l’Esprit reçu le jour de l’ordination, après tout…

C’est donc une très mauvaise nouvelle pour l’Église en France et il n’est pas certain que cette nomination ait fait exulter l’épiscopat. Mais il se pourrait bien aussi que cette situation permette a contrario de susciter un autre leadership ; la totalité des évêques français n’adhère pas aux vues du nouvel archevêque (sur la bioéthique et la fin de vie, il y a une différence avec Mgr d’Ornellas, justement, archevêque de Rennes-Dol-Saint-Malo ; sur la famille, le regard porté par Mgr Brunin, évêque du Havre, semble assez éloigné ; sur l’œcuménisme et le dialogue entre les religions, il sera difficile d’arriver à la hauteur de Mgr Aveline, évêque auxiliaire de Marseille). Cet épiscopat parisien pourrait, contre toute attente, faciliter la parole autre dans l’Église. C’était plus coton avec le cardinal Vingt-Trois, louvoyant ; avec Mgr Aupetit, lustigerien d’abord, plus tranchant, beaucoup auront à cœur de ne pas apparaître comme des ultras…

Le nouvel élu aura 67 ans en mars prochain et il nous faudra donc l’endurer pendant au moins huit ans. Soit quasi autant que l’actuel chef de l’État s’il est réélu pour un second mandat. Car le nouvel archevêque a été nommé pour accompagner le président de la République durant son quinquennat (voire double-quinquennat) et tenter de tout faire pour l’empêcher de signer d’autres lois sociétales (PMA mais aussi fin de vie). Cette nomination est in fine un avertissement : sur ces questions, l’Église ira jusqu’au bout ; pas question pour elle de réfléchir, de faire appel à d’autres écoles de pensées : elle demeurera fermement arc-boutée sur une ligne qui n’a pas cent cinquante ans et qu’elle croit immuable. On pourrait d’ailleurs réentendre parler de « points non négociables », comme sous les pontificats polonais et allemand. Si la sphère conservatrice et le monde traditionaliste ont de quoi se réjouir, l’épiscopat parisien de Mgr Aupetit risque pourtant de creuser encore plus profondément l’incompréhension entre l’Église et notre société. En cela, il s’agit bien d’une catastrophe .

Pour aller plus loin : http://golias-editions.fr/article5501.html

1. Cf. Martine Sevegrand, « Le jour où Jésus devint Dieu », Golias Magazine n° 176, septembre-octobre 2017 mais aussi Pierre Maraval, Le Christianisme de Constantin à la conquête arabe, Paris, PUF, 1997-2017.

84 commentaires

Bonjour, j’ai lu votre article.Votre sens de la critique négative est extrême.Comment osez-vous déclarer,en conclusion,que sa nomination est "une catastrophe" ? Dans votre catégorie ecclésiale sans doute... N’ayez pas peur Paris et son diocèse s’en remettrons !!!

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Ses premières déclarations montrent qu’il n’est pas à la hauteur de la fonction et de ses enjeux.

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A celles et ceux qui débattent sur le vidage des églises, je dirais plutôt que l’esprit de l’Evangile n’appelle pas à remplir religieusement les clochers catholiques mais à donner
un sens renouvelé à nos rapports sociaux vécus en humanité au nom du Dieu de Jésus et de l’ouverture de son salut bien au-delà des sanctuaires cultuels.

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Si Golias s’étrangle à l’annonce de la nomination de Mgr Aupetit, c’est, à n’en pas douter, une excellente nouvelle pour l’Elise et les catholiques de Paris !

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Une fois de plus votre article est une pourriture. Heureusement que vous n’êtes pas l’Eglise

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Quand l’Église oublie sa vocation... 21 décembre 2017 21:40, par Général Philopœmen

C’est un article abjecte qui se délecte de critiques médiocres baignant dans l’insupportable et ridicule prétention de donneur de leçon. Le mot insultant est toujours plus facile que l’encouragement, le mépris est préféré à l’accompagnement, le relativisme à l’unique vérité. Quelle piètre démonstration de l’ouverture d’esprit qui semble avoir été érigé en religion.

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Mgr Aupetit, nouvel archevêque de la capitale :
Un ultra à Paris
18 décembre 2017 18:58, par Julie Gorbiane

C’est un peu injuste de dire qu’à Paris chaque curé joue sa partition faute de visite pastorale.
Il me semble que Paris est un diocèse tellement vaste et tellement divers que justement chaque paroisse a été "spécialisée" pour devenir une paroisse d’élection qui puisse regrouper un certain type de paroissien. Si vous êtes "charismatique", vous assez à St Nicolas des Champs ou à Saint-Augustin. Si vous aimez la liturgie monastique vous allez à Saint Gervais. Si vous voulez le rite Pie V, vous allez à Saint-Eugène ou à Saint-Germain l’Auxerrois. Si vous voulez des liturgies "bourgeoises" on vous recommandera Saint Ferdinand des Ternes ou Saint François-Xavier, mais si vous les aimez plus "bordéliques", Saint-Merri s’impose. Si vous aimez la musique classique, Saint-Eustache n’est pas mal. On ne célèbrera pas de la même manière, et pour cause, à Notre-Dame de l’Assomption (dans le "beau XVIème") qu’à Saint Joseph des Nations, dans le "XIème popu".
Bref, je ne crois pas que la diversité des paroisses parisiennes soit le fait d’une indiscipline des curés, mais plutôt le produit de ce qu’en marketing on appelle la "segmentation du marché" : il en faut pour tous les goûts et à Paris les distances sont si faibles que tout le monde peut trouver chaussure liturgique à son pied sans faire des kilomètres. Je trouve ça plutôt sympa. En province c’est souvent le "diocèse MacDonald" : dans quelque paroisse que vous alliez, on vous servira exactement le même sandwich, il n’y a que les sanctuaires monastiques (ou les paroisses personnelles parfois) pour offrir un peu de diversité.

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Bous l’avons échappé belle avec Mgr. D’ornellas. Une très bonne nouvelle.

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