Parution : 5 janvier 2018
Pape Francois : l’année de tous les défis

C’est un peu comme les chocolats ou les Sissi à Noël : un passage obligé… Chaque année, les vœux à la Curie du pape argentin sont attendus. On sait qu’il en profite généralement pour tancer ses collaborateurs de manière véhémente, cela fait les gros titres et apporte du grain à moudre à celles et ceux qui veulent des réformes dans l’Eglise.

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De ce que l’on peut lire ici et là, la majorité de la Curie serre les dents en se disant que François a déjà 81 ans (il les a eus le 17 décembre dernier) ; alors ses vœux qui sont en réalité des uppercuts… Depuis 2017, c’est toujours la même chose. Encore que… En 1967, Paul VI déjà évoquait la Curie comme « une bureaucratie prétentieuse et apathique, uniquement canoniste et ritualiste, un champ clos d’ambitions cachées et d’antagonismes feutrés ». Parole d’expert, il y avait exercé trente ans ! Quelle patience, quand on y réfléchit ! A la suite du pape Montini, chaque année, le pape jésuite explique urbi et orbi que la Curie est nulle, corrompue, nombriliste, malade…, qu’elle dessert plus qu’elle ne sert le pape. Visiblement, ça ne les émeut pas plus que ça, preuve que les curialistes sont, en plus d’êtres bornés, de fieffés amateurs.

De fait, la réforme voulue par les cardinaux qui élurent l’archevêque de Buenos Aires, quand elle ne cahote pas fait du surplace. François a cru qu’il allait convertir les conservateurs avec ses grandes idées, erreur majeure ! En les maintenant en place car misant sur leur bonne volonté, l’évêque de Rome a dès le départ tiré une balle dans le pied de sa réforme. Deux exemples de cette difficulté : les finances et les abus sexuels qui, par ailleurs, mettent en lumière le même personnage : le cardinal Pell. Secrétaire pour l’Economie, il a quitté Rome cet été pour répondre devant la justice australienne de sa protection de clercs pédophiles et d’abus sexuels qu’il aurait commis. Mi-décembre, la Commission d’enquête royale a publié un rapport de 17 volumes sur la pédophilie dans 4.000 institutions depuis une soixantaine d’années : l’Eglise (ou des mouvements ecclésiaux) est impliquée dans 62 % des cas (on compte 15.000 témoignages au total), avec des diocèses où près de
15 % des prêtres sont pédophiles ! Quant aux finances, toujours dirigées par le cardinal australien, le rapporteur général Libero Milone a été viré peu de temps plus tard, ainsi que le directeur adjoint de l’IOR (la banque du Vatican), Giulio Mattietti, sans que l’on ne sache trop pourquoi… Devant l’ampleur des scandales pédophiles, François avait nommé pour quatre ans une Commission pontificale pour la protection des mineurs présidée par le cardinal-archevêque capucin de Boston, Mgr O’Malley, successeur du cardinal Law (1984-2002) – exfiltré des Etats-Unis par Jean Paul II qui le nomma finalement archiprêtre de la basilique Sainte-Marie-Majeure (2004-2011), charge confirmée par Benoît XVI – décédé le 20 décembre dernier, veille de ces vœux à la Curie. Elle devrait être reconduite. Mais elle a vu les départs retentissants de deux victimes de prêtres : l’Irlandaise Mary Collins et le Britannique Peter Saunders. Motif ? Mauvaise volonté curiale quand il s’agit de pédophilie cléricale. Mary Collins avait nommément dénoncé le comportement de l’alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr Müller, assez passif devant ces scandales. Il est donc grand temps de traiter sérieusement ces deux sujets.
Cette lenteur de la réforme est aussi due au comportement du pape argentin, autoritaire et pas toujours adroit dans ses paroles. Il blesse et suscite de la sorte des rancœurs. C’est ainsi qu’il faut comprendre la concomitance entre les vœux curiaux et la bombe Maradiaga. Cardinal-archevêque de Tegucigalpa, coordinateur du C9 et meilleur ami du pape jésuite, le prélat hondurien est accusé de corruption – ainsi que son auxiliaire appelé à lui succéder – alors qu’il vient de fêter ses 75 ans, selon la presse italienne. Isolé après son soutien au putsch de 2009 qui a vu le départ du président de gauche Zelaya, le cardinal Maradiaga a été remis en selle dès l’élection de son collègue argentin. Que fera François, désormais ? Protéger un copain ou mettre en rapport ses actes avec ses paroles ? Il semble en tout cas que la réforme qui devait d’abord passer par une conversion spirituelle nécessite surtout un changement d’hommes. François sera jugé à cette aune alors qu’il entamera en mars prochain la sixième année de son pontificat.

N. B. : Toute l’équipe de la rédaction de Golias Hebdo vous souhaite une belle année 2018. Merci encore pour votre fidélité, votre soutien et vos encouragements quotidiens.

22 commentaires
Pape Francois : l’année de tous les défis 9 janvier 08:58, par MARTIN

Mieux vaut être un croyant "hors les murs" et observer de loin l’institution cléricale. Le haut clergé et la technostructure cléricale empoisonnent la foi.

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Petite question. 5 janvier 17:44, par Julie Gorbiane

Peut-on savoir à quelle source vous avez puisé la statistique que vous citez selon laquelle 15% des prêtres seraient pédophiles ?

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