Parution : 12 janvier 2018
Le pape au Chili ou le voyage de tous les dangers

Trente ans après Jean Paul II, le pape François se rend au Chili, où il séjournera trois jours, du 15 au 18 janvier. Mais le contexte de ce voyage diffère à bien des points de vue de la situation qui avait permis au pape polonais de faire de sa visite un événement majeur.
Le Chili d’aujourd’hui a beaucoup évolué par rapport à celui qui avait reçu Jean Paul II. En 1987, le pays comptait 80.000 migrants (0,7% de la population). Ils seraient actuellement 465.000 (2,5%). Le taux de fécondité est tombé de près de 3 enfants par femme à 1,8. L’espérance de vie a augmenté de 10 ans. La population a augmenté de 50 % passant de 12,4 à 18,3 millions.
En 1987, l’Eglise catholique du Chili participait activement à organiser le départ de Pinochet, ce qui avait créé une forte attente à l’égard de la présence du pape. Aujourd’hui, les conditions du voyage pontifical sont beaucoup moins favorables. Le retour à la démocratie s’est fait selon des règles constitutionnelles héritées du pouvoir militaire, et révisées depuis, seulement à la marge, ce qui aboutit à un Etat faible. Le pays est confronté à des problèmes notamment la question des mapuches, une immigration récente mais qui s’accélère, une revendication territoriale de la Bolivie. Avec l’élection de Sebastian Pinera, la droite revient à La Moneda, mais avec 50 % d’abstention, et un parlement qui ne sera pas très coopératif.
François a choisi, pour ce court séjour, de visiter, outre Santiago, deux points chauds : Temuco, en pays mapuche et Iquique, dans le nord, lieu où se concentre une (relativement) forte population immigrée, située par ailleurs dans la région qui ‘‘intéresse’’ la Bolivie. Mais surtout, l’Eglise catholique est largement déconsidérée par un positionnement qui tourne le dos à ce qu’il était il y a trente ans, et par des problèmes de pédophilie, particulièrement aïgus.

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Pendant la période du régime de Pinochet (1973-1989), l’Eglise du Chili passe pour avoir eu un rôle exemplaire pour la défense des droits humains. Tempérons : le premier mouvement n’a pas été de condamner unanimement le coup d’Etat, la conversion demanda un peu de temps, et pour certains évêques, ne vint jamais. Il reste toutefois que, quelques semaines après le coup d’Etat du 11 septembre 1973 contre le président Salvador Allende, un « Comité de la Paix » a été créé à l’initiative de l’archevêque salésien de Santiago (1961-1983), le cardinal Raul Silva Henriquez. Il associait catholiques, protestants, juifs et autres dans la lutte contre les violations des droits humains commises par les forces armées chiliennes.

La junte de Pinochet contraignit en 1975 le Comité à se dissoudre, amenant l’archevêque de Santiago à obtenir du pape Paul VI la création, en 1976, du Vicariat de la Solidarité, placé sous la protection pontificale. De nombreuses actions pour rendre publiques les atteintes graves aux droits humains, et pour soutenir les victimes et leurs familles, ont laissé des souvenirs bien vivants. Le Vicariat travaillait dans le domaine juridique, et dans le domaine de l’aide sociale assurant des soins médicaux et des aides alimentaires. Il fut distingué par des prix internationaux, et notamment de l’ONU.

L’action du Vicariat se poursuivit au temps du cardinal Juan Francisco Fresno (1983-1990) qui initia, en 1985, les actions en vue du retour à un ordre démocratique. Il cessa de fonctionner en 1992, avec la transition vers la démocratie. Il fut remplacé par une Fondation du Vicariat de la Solidarité, qui continua à émettre des rapports sur les droits de l’homme au Chili, et qui constitue un lieu de mémoire de l’Eglise et de la société chilienne, souvenir des temps difficiles.

Et depuis ?

Au cours des vingt dernières années la proportion de catholiques dans la population a diminué de près de 20 %. Actuellement, ils représentent 57 % de la population. Comme aucune autre Eglise latino-américaine, l’Eglise chilienne a subi l’impact des scandales d’abus sexuels du clergé, et le manque de collaboration des autorités religieuses pour rendre justice aux victimes. Les laïcs sont choqués. Les jeunes perçoivent le clergé comme une étrangeté. Le cléricalisme en général est devenu insupportable. Cette désaffection est probablement la cause principale de la demande des évêques pour une visite du pape au Chili. Ils en attendent une relance du dynamisme des catholiques.

Dans un article publié le 14 novembre, Jorge Costadoat, jésuite, adresse au pape François des demandes « qui, soulevées depuis ce coin de la planète, peuvent être pertinentes pour le gouvernement de l’Eglise ». Ses demandes portent sur l’annonce aux pauvres que le Royaume de Dieu leur appartient, la participation des femmes à la vie de l’Eglise, « conformément aux normes de la civilisation contemporaine », la place des laïcs, une proclamation intelligible de la foi, plutôt que d’essayer de transmettre le credo dans une langue que personne ne comprend ou ne supporte plus », la création de communautés de base, telles que celles « qui se rassemblaient autour de la lecture de la Bible », mais qui ont été torpillées. On voit que si l’Eglise est universelle, les problèmes le sont aussi !

Mais Costadoat dresse aussi un diagnostic sur le positionnement actuel de la hiérarchie : «  De 1961 à 1991, (l’) approche pastorale peut être qualifiée de catholicisme social. En 1961, l’épiscopat décida la cession des biens des diocèses, ce qui fut fait par Manuel Larrain4 et le cardinal Silva Henriquez. De 1973 à 1991, par son action de défense des victimes de violations des droits humains..., l’Eglise catholique du Chili a vécu l’Evangile comme elle ne l’avait jamais fait dans son histoire... » Il dénonce ensuite la résistance des milieux conservateurs aux réformes du concile Vatican II, qui se sont renforcés, en mettant l’accent sur les questions de morale familiale et sexuelle : « Une nouvelle étape pastorale s’est ouverte que l’on peut appeler catholicisme sexuel. Mais rien n’a été pire, poursuit Jorge Costagoat, que d’avoir déclaré une crise de la morale sexuelle dans la société, pour ensuite constater au grand jour de graves abus sexuels du clergé envers des mineurs et des personnes fragiles, ainsi que la négligence et les efforts d’une partie de la hiérarchie catholique pour les couvrir... En vingt-cinq ans ans la perte de notre crédibilité (nous les prêtres) a mis en danger la transmission de la foi. »

Le 26 octobre, une enquête d’opinion a été publiée5, basée sur 20.200 entretiens réalisés dans 18 pays d’Amérique latine, entre le 22 juin et le 28 août 2017. Il en ressort clairement que l’Eglise est l’institution qui recueille la plus grande confiance sur le continent (65 %), dépassant largement tous les corps constitués. Mais c’est au Chili que l’Eglise enregistre le niveau de confiance le plus faible, avec seulement 36 % de personnes qui lui font confiance.

Le financement du voyage

S’agissant d’une visite pastorale, le gouvernement ne financera que ce qui est du ressort de la visite d’Etat de François, en tant que chef de l’Etat du Vatican. Seuls les frais découlant du protocole et de la sécurité des personnes seront pris en charge. Ils sont estimés à 7 milliards de pesos (9,5 millions d’euros). Le reste, soit 4 milliards de pesos (5,4 millions d’euros) devra être financé par l’Eglise :
- appel aux entreprises qui bénéficieront d’une déduction fiscale ;
- appel aux institutions catholiques ;
- appel aux fidèles à qui on demande de « donner une journée de salaire au pape ».

Dans les paroisses pauvres, on n’arrive déjà pas à payer les dépenses courantes.
Et, même comme cela, il se trouve des voix pour exprimer leur révolte que les deniers publics financent une visite d’un responsable religieux qui n’était pas vraiment réclamée.

La Commission nationale pour la visite du Pape François, présidée par l’évêque auxiliaire de Santiago, Mgr Fernando Ramos, a lancé une campagne (« Pape François, je t’invite »), avec le concours d’experts en communication d’entreprise, ce qui a fait mauvais effet quand on a appris ce que coûterait la visite de François. Dans les milieux ecclésiaux, il se dit que les appels lancés aux entreprises privées n’ont pas été un franc succès : quand elles ont répondu, elles ont contribué d’une manière insuffisante.

Selon Cambio 216, « dans les réseaux sociaux et dans les émissions de radio interactives des classes moyennes et populaires, à travers tout le Chili, cette campagne a provoqué un rejet catégorique de François, car les dépenses annoncées pour sa visite sont considérées comme un scandale... dans un contexte où l’Eglise est perçue par les gens comme ayant couvert des prêtres pédophiles grâce à de puissants réseaux complices. » Le climat général et le rejet ainsi provoqué pourraient affecter l’autorité des propos de François, s’il s’avérait que le pape veuille leur donner une portée sociale. Pas de quoi déplaire, au fond, à l’Opus Dei dont il se dit, justement, qu’il maintient un contrôle sur les finances et la communication touchant à la visite pontificale. [découvrez l’intégralité de notre article dans Golias Hebdo n°509]

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Le pape au Chili ou le voyage de tous les dangers 23 janvier 18:56, par anne marie

nsi. Et je comprends, comme dit l’apôtre Pierre dans une de ses lettres, l’incendie qui s’est déclenché. »
Sa maladresse reconnue, le chef de l’Église catholique a cependant maintenu sa position sur le fond, à savoir qu’il n’existait aucune preuve établissant que le prélat aurait couvert les agissements de M. Karadima et que, par conséquent, ces accusations sont bien des « calomnies ». « Le cas de l’évêque Barros, je l’ai fait étudier », a-t-il longuement expliqué, et « il n’y a pas de preuve de culpabilité et il semble qu’on ne va pas en trouver. Il y a une cohérence en sens inverse ». Or, a ajouté le pape, sans preuve, il n’est pas question de le condamner. Au terme des enquêtes conduites au sein de l’Église, « je suis convaincu qu’il est innocent », a ajouté François.
Quant à savoir pourquoi il ne croyait pas la parole des accusateurs de Mgr Barros, qui affirment qu’il avait été témoin des abus sans tenter de les arrêter, le pape a dit : « Je n’ai entendu aucune victime de Barros. Ils ne sont pas venus, ils ne se sont pas présentés, ils n’ont pas produit de preuve dans un procès. »
Interrogé sur la déclaration du cardinal américain Sean O’Malley, qui avait pris la défense, samedi, des victimes qui s’étaient senties offensées par la remarque du pape au Chili, le pontife a dit que cette déclaration avait été « très juste », et a fait observer que M. O’Malley lui reconnaissait la volonté de mettre en œuvre une « tolérance zéro » sur la pédophilie dans l’Église. Il a annoncé que la commission pontificale de protection des mineurs, créée pour trois ans en 2014 et que présidait l’archevêque de Boston, serait et pour finir le pape jesuite se frotta les mains comme l eut fait en son temps ponce pilate, personnellement je me suis fait debaptise et je m en porte tres bien loin de ces hypocrites on chasse d’une main les enfants abuses ecoeurant

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