Parution : 30 janvier 2018
Art

On admettait naguère que son but était la recherche de la Beauté, et que ses temples étaient précisément les musées des « Beaux-Arts ». Mais aujourd’hui tout cela a bien changé. Certains « artistes » revendiquent hautement la laideur et la médiocrité de leurs créations. Ils assument par exemple totalement l’idée d’une mauvaise peinture (bad painting). Voyez la pratique de Jean-Michel Basquiat : l’« œuvre » est volontairement bâclée et négligée, elle mêle collages, graffitis, couleurs vives, traits grossiers, publicités, etc. Mieux, l’artiste belge Jacques Lizène revendique lui-même un « art nul » et des créations lamentables et sans intérêt. On peut consulter (preuve qu’il a de l’écho) sa notice sur Wikipédia.

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En pied de l'article.

Sur le même site on pourra voir la longue rubrique consacrée au Museum of bad art (MOBA), ouvert récemment dans le Massachussets. Ce musée s’est fixé pour but de collecter et d’exposer des œuvres « trop mauvaises pour être ignorées ». Ses fondateurs disent que la collection est un hommage à la sincérité des artistes qui ont persévéré, malgré la catastrophe du résultat : « Nous sommes là pour célébrer le droit de l’artiste à l’échec glorieux ». De fait, la sélection est sévère, et neuf tableaux sur dix sont refusés, car ils ne sont pas assez laids. Le but est de désinhiber les candidats-artistes, en leur montrant ce qu’il y a de pire, pour les délivrer de la peur à s’exprimer eux-mêmes – quitte évidemment à ce qu’ils fassent la même chose.
Le point de départ de la collection a été une toile déchirée découverte dans une poubelle de Boston, par quelqu’un qui à l’origine voulait en récupérer seulement le cadre. La déchirure même en a fait la valeur. Autrement dit, tout peut toucher, et l’intérêt qu’on porte à quelque chose n’a aucun rapport avec sa qualité.
Lorsque Bourdieu dans La Distinction affirmait la relativité des jugements esthétiques, avait-il prévu le résultat de son entreprise de déconstruction ? Arroseur arrosé, ou pompier pyromane, est-on fondé ensuite à critiquer le nihilisme, à quoi aboutit nécessairement la mise en avant de l’échec ?

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Art 1er février 00:19, par Françoise

Bonsoir Michel

Bourdieu n’a rien à voir avec le parti pris de ce qui s’appelle depuis la fin des années 60 l’Art Contemporain.
Basquiat a fait partie d’un projet politique qui remonte au début de la guerre froide.

Plus d’explications via ces deux liens :

https://www.youtube.com/watch?v=l8qQ5piQYYg

https://www.youtube.com/watch?v=58QTcf_mFag

De toute façon, l’Art n’a pas forcément pour objet la beauté. Ca a toujours fait débat car en réalité l’esthétique est quelque chose de très subjectif et personnel. Si l’on peut être influencé par les canons de la beauté d’une époque, le beau pour vous est différent du beau pour moi, pour mon voisin, votre cousine, ou pour l’anonyme qui passe.
Donc la notion de beau en réalité n’existe pas de façon autoritaire et fixe, mais multiple et personnelle à chacun.

Donc si quelqu’un trouve l’oeuvre de Basquiat belle, pourquoi pas ?
Là où par contre on peut poser une critique qui tient la route, c’est que techniquement, l’oeuvre de Basquiat reste médiocre. Il n’y a pas de volonté de précision ni d’effets, ni de travail. Tout est posé en vrac sans démarche. L’objectif est qu’avec une bonne communication, le pouvoir en place peut faire passer pour de l’art, tout et n’importe quoi : les habits neufs de l’empereur, quoi !

Mais ce type d’oeuvre correspond aux codes de l’Art Contemporain, c’est à dire, à un art plastique non technique mais essentiellement conceptuel, au sens où il a besoin d’une explication verbale pour se justifier , exister comme oeuvre(sinon le spectateur voit du grand n’importe quoi).

Est-ce encore de l’art dans la mesure où l’art suppose une communication non verbale et une base technique de qualité ?
Aude de Kerros et d’autres artistes (qu’ils soient ou non figuratifs) vous diront que non.

Personnellement, je suis partagée. J’ai tendance à penser que l’Art suppose technique, maîtrise et n’a pas besoin de concept ni d’explication, sinon c’est de l’arnaque.
Cependant, j’admets aussi que l’art appartenant au domaine sensible, il peut s’exprimer de façon forte, sans qu’il y ait forcément maîtrise technique absolue.

Je pense aussi que l’art épouse un certain nombre de questionnements humains, accompagne des préoccupations philosophiques, psy, scientifiques, littéraires...donc allant vers des domaines plus difficiles à traduire plastiquement, et pouvant nécessiter quelques explications.

Mais il peut aussi servir de promotion du pouvoir. C’est d’ailleurs à cette seule fonction que le réduisent les pouvoirs politiques, financiers, économiques et religieux en place.

Est-ce que l’art contemporain aujourd’hui ne sert pas à empêcher une critique politique tout en se revendiquant subversif alors qu’il n’offre que de la transgression adolescente ?

Je vous laisse avec ce questionnement.
Je continue personnellement d’y réfléchir dans mon travail professoral artistique et aussi dans mon approche personnelle artistique. Je n’ai pas encore trouvé de réponse définitive.

Cordialement
Françoise

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