Parution : 3 avril 2018
Dolorisme

Je viens de voir le dernier film de Xavier Giannoli, L’Apparition. Comme j’ai beaucoup aimé ses précédents, j’étais favorablement disposé pour le dernier. Malheureusement, il m’a beaucoup déçu. C’est l’histoire d’une jeune fille qui prétend avoir vu la Sainte Vierge, affrontée à un journaliste rationaliste enquêtant sur ce phénomène, et qui dit à la fin avoir été traversé lui-même par des perspectives jusque là inconnues de lui. Comme à aucun moment on ne sent de distance critique du cinéaste vis-à-vis des deux personnages, on peut penser que la vision qu’il nous offre de l’expérience religieuse est la seule qu’il connaît et donc forcément partage, puisqu’il montre son enquêteur enrichi par elle.

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Or cette vision est catastrophique. On y entend l’éloge constant de la souffrance rédemptrice, du martyre recherché et dont il faut « se rendre digne ». La Passion de la jeune fille est évidemment calquée sur celle du Christ : elle est complaisamment montrée, selon les habitudes propres au catholicisme romain. Ni les protestants ni les orthodoxes ne s’y reconnaîtront.
Et puis, ce thème du sacrifice rédempteur du Messie, que l’on doit à Paul et qui forme en effet le fond majoritaire du christianisme, n’en est pas la seule version possible. On peut voir dans la Croix l’échec d’une prédication qui a été refusée, et non pas un moyen de salut. Le thème du sang salvateur est un thème païen, que Paul a emprunté aux religions à mystères où un dieu meurt et ressuscite pour le salut de ses fidèles. Il est considéré comme tel par les juifs et les musulmans.
Lorsque Platon a été révulsé par la mort de Socrate, un juste injustement condamné, il n’a pas donné à cette mort une vertu salvifique, il ne l’a pas euphémisée : il s’est contenté, en réponse, de transmettre un enseignement. Mais les premiers disciples de Jésus n’ont pas suivi cette voie : ils ont transformé un échec en réussite, et très vite en modèle à suivre. Ce film emboîte le pas, en ne donnant du christianisme qu’une seule vision. Mais ne peut-on préférer le Christ enseignant qui nous sauve au Christ qui nous sauve en saignant ?

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Dolorisme 6 avril 21:49, par Françoise

Un film qui ne m’a pas du tout tentée, Michel.
Complètement improbable au niveau de l’enquête, jamais engagée dans la réalité avec des journalistes non croyants, mais uniquement avec des religieux ou des croyants. Et puis le glissement paraît téléphoné...ça va dans le sens réactionnaire et illuminé. En appuyant bien sur le drame personnel de l’enquêteur...Ca fait lourdingue, je trouve.
Si l’institution était si réticente face aux apparitions, elle n’aurait pas relayé à des moments bien précis de son histoire des apparitions mariales ou fait le commerce de reliques, plébiscité de faux saints, construits de toutes pièces. La réflexion du prêtre au journaliste dans la bande annonce m’a fait éclater de rire...
Franchement, sur la thématique spirituelle, je préfère les films de Bruno Dumont.

Bises et bon week-end, Michel !

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Michel Théron
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