Parution : 4 mai 2018
« Moi Clara, virée de l’église ! »

Il est incontestable que les procédures de licenciements sont devenues nos nouveaux territoires de guerre. On s’y affronte, on veut ce qu’il y a de mieux comme prime de départs, on menace de porter le litige devant les tribunaux. Un moment de froide détermination où le sentiment n’a plus sa place. Et l’Eglise diocésaine n’échappe pas à la règle. Si l’Eglise de France a pu compter encore récemment 10.000 salariés à son actif (et bien peu de travailleurs handicapés mais, chut !, c’est un sujet qu’on n’abordera pas ici), le temps est venu du dégraissage. Et le salarié laïc de découvrir
finalement sa nouvelle nature : variable d’ajustement.

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Au Canada, le pape François vient de rattacher le diocèse d’Alexandria-Cornwall (101.000 habitants dont 57 % de catholiques, 34 prêtres diocésains et 18 diacres permanents) à celui d’Ottawa (950.000 habitants dont 48 % de catholiques, 116 prêtres diocésains et 86 diacres permanents). Deux jours plus tôt, il créait un diocèse en Thaïlande (celui de Chiang Rai : 2,7 millions d’habitants dont 7 % de catholiques, 41 prêtres diocésains). La dynamique est plus que jamais orientée, les Eglises occidentales – dont la France – condamnées à se refonder. Il s’agit d’un secret de Polichinelle : en France, des diocèses comme ceux de Verdun, Pamiers-Couserans-Mirepoix, Mende…, pourraient – dans les deux prochaines décennies – être rattachés à un diocèse voisin, voire démembrés entre plusieurs diocèses. Après tout, le vicariat apostolique de Saint-Pierre-et-Miquelon vient-il lui-même d’être rattaché à celui de La Rochelle et Saintes… Et cela vaut pour tout l’Occident catholique.

Avant de restructurer les diocèses, les évêques et leurs conseils économiques auront dégraissé le mammouth jusqu’à l’os afin de retarder la fin, les yeux rivés sur les rentrées du denier de l’Eglise pour « continuer la mission de l’Eglise », laquelle, en l’espèce, demeure surtout l’indemnisation des prêtres et séminaristes. Les sacrifiés : les laïcs salariés et laïcs en mission ecclésiale (LEME). Ce n’est pas la première fois que nous évoquons ce sujet tabou dans l’Eglise, celui des charrettes de salariés (souvent féminins) constituées par les évêques pour des raisons économiques. Des gens formés, parfois atteints de handicap, à qui l’on a payé des études universitaires et qui, du jour au lendemain et sans ménagement bien souvent, sont invités à prendre la porte en se taisant, en faisant le moins de bruit possible, en acceptant cette « épreuve », en se convertissant au bénévolat. Les récalcitrants qui osent attaquer les évêques aux Prud’hommes entament bien souvent un véritable parcours du combattant qui vient s’ajouter au harcèlement moral vécu dans le cadre de leur travail.

L’enquête que nous publions dans ces colonnes, et qui fera date, démontre que la souffrance de ces laïcs s’apparente à celle vécue par les personnes violées. Une religieuse et thérapeute parle même de « prédation » : la personne qui sera sacrifiée est choisie comme le lion choisit sa proie dans la savane… Peu de prêtres témoins de ces méfaits réagissent : ceux qui s’insurgent sont isolés dans le presbyterium, considérés comme des traîtres. En parallèle, on investit des sommes faramineuses dans des maisons diocésaines, dans des centres diocésains et pastoraux… On pense à demain : il s’agit de doter des structures appelées quoi qu’il arrive à disparaître de bâtiments facilement transformables en bureaux et donc vendables à un bon prix – comme la maison Cardinal Billé à Laval, selon le témoignage d’un membre du Conseil économique diocésain que nous avions recueilli (cf. Golias Hebdo n° 494) ou à Lille, diocèse qui vire des laïcs mais refonde, en même temps, son séminaire installé dans le quartier bobo du Vieux-Lille… Cependant, les temps changent et certains de ces laïcs virés pensent à se constituer en association, afin de sortir de l’isolement auquel les condamnent les évêques, de peser face à ces injustices commises par des chrétiens sur des chrétiens (bien souvent) et de soutenir celles et ceux qui les subissent. Temps curieux que nous vivons : l’Eglise se débarrasse de ses laïcs alors qu’elle n’en a jamais eu autant besoin ! Toutefois, quand il n’y aura plus de laïcs, il n’y aura plus d’Eglise… [Découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n° 526 : http://golias-editions.fr/article5540.html]

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Je ne comprends rien à cette histoire. Comment oser réclamer un salaire à l’Eglise en France qui à la différence de sa sœur allemande dispose de si peu de moyens financiers ?

Ceux qui ont embauché des laïcs portent une lourde responsabilité. Ce sont des irresponsables.

L’eglise en France ne peut fonctionner qu’avec des bénévoles ou avec des prêtres qui se content de ressources très inférieures au SMIC !

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Il faut lire l’intégralité de l’article pour se rendre compte que le problème est dans la violence extrême, inutile et inexcusable, subie par cette personne, qui avait travaillé 29 ans pour le diocèse, qui était plus que très attachée à l’Eglise (c’était une vocation plus qu’un travail à ses yeux), et qui s’est retrouvée humiliée, laminée par cette Eglise "experte en humanité". Une religieuse chargée de ce genre de cas avoue n’en plus pouvoir : laïcs exclus, religieux et moniales chassés de leurs couvents, sont tellement poussés à "disparaître" qu’ils en sont suicidaires. Quand tous ces gens retournent dans leurs familles, retrouvent leurs entourages, qui apprennent leur histoire (et encore : ce que les victimes veulent bien leur dire) cela fait des dégâts énormes dans l’image, déjà peu reluisante, du catholicisme. Mais les responsables ecclésiastiques, avec leur autosatisfaction pérenne, n’y pensent même pas... Ou peut-on parler d’acte manqué ?

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« Moi Clara, virée de l’église ! » 7 mai 12:38, par Julie Gorbiane

Il est sans doute regrettable que l’Eglise ait besoin de se séparer d’un certain nombre d’employés laïcs. Mais dans la mesure où elle n’a pas assez d’argent pour continuer à les payer, on voit mal ce qu’elle pourrait faire d’autre.
Les clercs sont, à la différence des employés laïcs, une nécessité de structure pour l’Eglise catholique : pas d’Eglise sans prêtres ni évêques. En revanche les laïcs ne présentent pas, en tant qu’il s’agit d’employés rémunérés, la même caractère de nécessité. Une paroisse peut vivre sans secrétaire ou sans sacristain (dès lors qu’on peut trouver à faire accomplir ces tâches par des bénévoles et avec les grands flots de retraités, on a tout ce qu’il faut, pour peu qu’on cherche et qu’on soit attractif), mais elle ne peut pas vivre durablement sans prêtre.
Fusion de diocèses, de paroisses, c’est le lot commun des communautés chrétiennes dans un occident repu dans lequel la sécularisation continue son oeuvre. D’un autre côté on voit naître des communautés incluant des laïcs qui n’ont pas de problème pour rémunérer leurs permanents. Le sujet n’est économique que par ricochet : là où les communautés sont vivantes, elles savent trouver les moyens de financer l’aspect matériel de leur existence. Partout ailleurs, les choses s’effondrent. Je suppose que "Témoignage chrétien" et autres oeuvres des "cathos de gauche" ont aussi dû faire des plans sociaux vu l’effondrement de leur lectorat. On peut le regretter et comprendre l’amertume de ceux et celles qui se retrouvent sur le carreau. Mais aller en blâmer l’autorité ecclésiastique qui ne fait que tirer les conséquences d’un état de fait qui s’impose à elle n’a pas de sens.

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« Moi Clara, virée de l’église ! » 4 mai 21:51, par Françoise

Bonsoir Gino

Le principe de rentabilité touche aussi l’institution cléricale. La discrimination à l’embauche idem.
Ca ne devrait même pas être une surprise.
L’institution a toujours vu le profit.
Pourquoi croyez-vous que les institutions du Bon Pasteur utilisaient non seulement leurs jeunes pensionnaires comme domestiques gratuites, mais profitaient d’elles pour avoir de bonnes dotations d’industriels en échange du travail ouvrier gratuit des jeunes filles ; et cerise sur le gâteau financier, les religieuses revendaient les bébés de ces demoiselles, les poussaient à devenir religieuses et permettaient à des labos pharmaceutiques de les utiliser comme cobayes pour tester des vaccins, des traitements contre certaines maladies, sans bien entendu que les jeunes filles le sachent.
Alors ce qui se passe à présent en terme de licenciement, de rentabilisation des individus ne devrait étonner personne.

L’investissement doit pouvoir rapporter de l’argent.
Le travail des individus aussi et coûter le moins possible.
Ce qui n’empêche pas les diocèses de payer des interventions de communautés charismatiques pour des sessions psycho spirituelles, ou de faire payer des taxes supplémentaires aux prêtres pour payer les déplacements et frais personnels de l’évêque, etc.

Les services sont de plus en plus externalisés sur les communautés dérivantes sectaires. Il faut voir le battage publicitaire pour les sessions de guérison, les retraites ceci ou cela...tout ça coûte de l’argent qui ne tombe pas du ciel. Et en plus, ça pousse les croyants qui ne sont pas dans ces logiques identitaires, fondamentalistes, à fuir l’institution, car ne trouvant plus rien de non phagocyté qui par l’OD, qui par l’Emmanuel, qui par les Béatitudes, etc, etc...

Je ne comprends pas pourquoi les ex-employés ne rejoignent pas AC contre le chômage ou encore des associations de salariés précaires...Les situations sont les mêmes, l’exploitation similaire. Ce n’est pas parce que c’est l’Eglise qui est employeur que ça diffère des situations de salariés, chômeurs, précaires dans un autre secteur d’activités.

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« Moi Clara, virée de l’église ! » 4 mai 17:16, par Jean-Pierre

C’est pour cela que j’avais écrit , il y a quelque temps, qu’il faut beaucoup de courage aux prêtres, serviteur de l’Evangile, pour rester au sein de l’institution ecclésiale. Trop de clercs, quelque soit leur degré dans l’Ordre, sont devenus de vrais fonctionnaires ecclésiaux. Les Eglises diocésaines ont vécu dans l’opulence, il est temps qu’elles deviennent pauvres et se rappellent que les Pierres Vivantes sont les baptisés, laïcs et clercs et que la mission première de l’institution est d’annoncer la Bonne Nouvelle du Salut.

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