Parution : 20 septembre 2018
Comment sortir de la crise ? L’Eglise au bord du gouffre

A chaque jour son abus ! A chaque jour son lot de victimes ! De fait, il n’est pas un jour qui passe depuis la démission du collège des cardinaux à l’été dernier de l’archevêque émérite de Washington, Mgr McCarrick, sans que l’on apprenne ici et là un scandale d’abus clérical doublé par le libelle de Mgr Viganò, nonce apostolique émérite aux Etats-Unis, réclamant la démission de François qu’il accuse d’avoir protégé McCarrick alors qu’il l’a puni (cf. Golias Hebdo n° 541). Un naufrage… Chaque jour, on découvre que l’Eglise est empoisonnée par les abus commis par des clercs et par la protection de ces criminels par des évêques. L’écœurement est à son comble, tant chez les laïcs que chez les prêtres, ces derniers (en tout cas certains d’entre eux) n’osent plus sortir de chez eux… Et pourtant, rien n’est fait, rien ne se fait, comme s’il s’agissait de faire le gros dos alors que la coque du navire est franchement abîmée par l’iceberg et que la soute est d’ores et déjà inondée.

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On sait depuis sa Lettre au Peuple de Dieu que le pape jésuite voit, à juste titre, dans le cléricalisme la cause de tous les maux. Et pourtant, depuis cette lettre, quelles annonces ? Une convocation au Vatican des présidents des conférences épiscopales… en février 2019(1).

Alors que manifestement les évêques ont manqué à leurs devoirs les plus élémentaires, l’évêque de Rome a choisi une simple réunion au sommet pour en finir avec ce fléau (où aucun laïc et aucune victime ne sont pour l’instant parmi la liste des membres invités). On croit rêver mais c’est bel et bien la réalité. Comme sont bel et bien réelles ces 3.677 victimes de 1.670 clercs en Allemagne(2) de 1946 à 2014 (2014 !), ce qui remplit de « honte » l’épiscopat outre-Rhin qui ne peut que reconnaître avoir – certains d’entre eux – « manipulé ou détruit » quantité de preuves (et avoir donné accès aux archives qu’avec d’énormes pincettes, choisissant eux-mêmes les documents !), comme les premiers mafieux venus. Il y a des gestes dignes d’une organisation criminelle mais il y a aussi l’irresponsabilité et même la nullité de certains épiscopats.

Ainsi en France, après avoir fait un foin pas possible avec sa lettre pastorale, l’archevêque victorin de Strasbourg, Mgr Ravel, était remis en cause pour avoir protégé (comme ses prédécesseurs) alors qu’il était évêque aux Armées un prêtre criminel. Pour cet évêque aux Armées (à cette époque en place,), «  ses notations militaires [étaient] remarquables et ses compétences le dispos[aient] pour un poste administratif à la direction de l’aumônerie catholique de l’armée de l’air  »(3). On nous rappelait par ailleurs le souvenir de l’abbé Sarramagnan, du diocèse de Bayonne-Lescar et Oloron, jugé le 11 septembre dernier(4). Son évêque, Mgr Aillet, n’avait pas estimé opportun, ni son prédécesseur Mgr Molères, de le dénoncer à la justice car sa victime ne souhaitait pas porter plainte… Et la Conférence des évêques de France (CEF) ? Son conseil permanent a commis un ersatz de Lettre au Peuple de Dieu le 12 septembre dans lequel il note sans rire : « Notre estime et notre affection pour les prêtres de notre Église restent entières. Nous, évêques, voulons redire notre soutien aux prêtres de nos diocèses et appeler tous les fidèles à leur manifester leur confiance. »(5) Des propos qui tombaient à pic. Le lendemain de ce message, le vicaire général du diocèse de Saint-Etienne était suspendu de ses fonctions par Mgr Bataille (de la Société Jean-Marie Vianney) pour « des relations inappropriées [et] des gestes déplacés »(6) sur une mineure de 17 ans ; le 14, un prêtre de ce même diocèse, jadis abusé par un prêtre, accusait Mgr Bataille d’avoir logé son abuseur dans son immeuble même(7) ! Cerise sur la soutane, si l’épiscopat français a décidé d’inviter une victime membre de La Parole Libérée lors de sa prochaine Assemblée plénière en novembre, il a soigneusement évité le président de cette association, François Devaux, qui parle clairement et franchement. Chaque jour, un exemple des méfaits du cléricalisme nous est rapporté et nous accable. Les victimes sont innombrables et elles demeurent premières dans nos pensées. Des prêtres qui font correctement leur travail naturellement et les laïcs dans leur grande majorité sont interdits par tant de crimes protégés par l’Église institutionnelle, ce que note le jésuite chilien, Jorge Costadoat, dans un article que nous publions ci-après : il s’agit de réfléchir à de nouveaux «  critères » pour sauver l’Église (même si le soupçon généralisé qui touche le clergé et les candidats à la cléricature révèle une certaine fin, indéniable).

Par ailleurs, le bénédictin Ghislain Lafont nous a donné l’autorisation – et nous l’en remercions – de publier sa note de blog intitulée « Cléricalisme » dans laquelle il analyse le ministère presbytéral et esquisse des perspectives nouvelles. En effet, c’est bien le ministère et sa conception qui sont en crise à travers les abus révélés ; c’est bien l’idée de pouvoir sacré auquel certains clercs sont trop attachés car il les rend intouchables et gangrène le Corps. Le ministère presbytéral doit être profondément repensé, il ne peut plus être réservé qu’aux seuls célibataires, pour certains d’entre eux trop oisifs pour exercer une vraie activité, pour d’autres trop fragiles psychologiquement pour s’assumer, tous prétendant entendre un « appel ». Rendre service n’est pas une profession et le ministère presbytéral n’est pas un job. C’est un service de présidence qui ne peut être rempli que par un membre de la communauté, homme ou femme, marié ou célibataire, missionné par l’évêque pour un temps donné. Au fond, il s’agit de responsabiliser davantage les communautés, capables de discerner et qui savent mieux que personne leurs besoins propres. Des laïcs libres et libérés du joug clérical qui demandent des actes concrets après les beaux discours de contrition, les jeûnes et autres prières qui n’auront pas convaincu grand-monde. C’est d’ailleurs le drame de cette hiérarchie ecclésiale (pape, évêques et prêtres) : elle ne convainc plus personne.

Pour aller plus loin : http://golias-editions.fr/article5559.html

1. https://www.tdg.ch/monde/pape-convoque-eveques-monde-entier/story/11906736

2. https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/09/12/allemagne-des-milliers-d-enfants-abuses-par-des-pretres-l-eglise-se-dit-honteuse_5354102_3214.html

3. https://www.nouvelobs.com/societe/20180911.OBS2174/pedophilie-les-silences-coupables-de-l-archeveque-de-strasbourg.html (article payant).

4. Cf. « L’abbé Sarramagnan devant ses juges », Sud-Ouest, 11.09.18.

5. https://eglise.catholique.fr/conference-des-eveques-de-france/textes-et-
declarations/460249-message-eveques-conseil-permanent-adresse-peuple-de-dieu-france/

6. https://www.leprogres.fr/loire-42/2018/09/13/le-vicaire-general-de-saint-etienne-suspendu-pour-relations-inappropriees

7. https://www.20minutes.fr/societe/2336439-20180914-saint-etienne-pretre-pedophile-loge-eveque-batiment-victime

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Quelles périodes incriminées ? 2 novembre 2018 08:33, par JD

Dans un communiqué du 31 octobre 2018 Mgr François Jacolin, l’évêque de Luçon réagit au livre de Jean-Pierre Sautreau racontant son enfance volée – et violée : « Dans la période allant de 1950 à 1979, certains prêtres ont failli gravement en commettant des abus sexuels, gestes inacceptables, sur des enfants qui leur étaient confiés dans le cadre du petit séminaire de Chavagnes-en-Paillers ainsi qu’à l’institution Saint-Joseph de Fontenay-le-Comte. »

Ce communiqué semble faire une généralité d’ailleurs souvent présente dans la communication épiscopale. 1950, dans le cas présent correspond sans doute à l’ouverture du petit séminaire et 1979 à sa fermeture. Mais c’est faire comme si de tels abus n’avaient pas existé avant ni après.

Que dit Jean Pierre Saudreau : « Je relate le basculement d’une décennie heureuse dans une très longue période d’enfermement physique et psychologique au séminaire. L’année de mes 11 ans, j’ai été étonnamment recruté pour devenir prêtre. Je me suis retrouvé avec une centaine de gamins, en sixième, à Chavagnes-en-Paillers. J’ai vécu six ans d’exil comme un véritable arrachement, des miens, de mes copains, de ma vie ordinaire. Je relate la discipline et les rudes règles de vie de l’établissement. Les mécanismes très réfléchis par lesquels on visait à déconstruire les personnalités pour construire de parfaits soldats de l’Église. J’évoque aussi malheureusement la pédophilie de certains prêtres, dont j’ai moi-même été victime ».

On peut légitiment penser que ce système aboutissait aux mêmes résultats bien avant 1950… et qu’il a perduré après 1979…

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/la-roche-sur-yon-85000/vendee-des-affaires-de-pedophilies-secouent-le-diocese-6045923?utm_source=neolane_of_newsletter-generale_mediego&utm_campaign=of_newsletter-generale&mediego_ruuid=41ac813d-f5a9-4ddc-bb30-ea04cdb592c4_6&mediego_euid=715624&mediego_campaign=20181102_email_html&utm_medium=email&utm_content=20181102&vid=715624

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Comment sortir du gouffre ?
Aucune transparence, des prêtres qui veulent bien parler hors micro et en plus avec la voix masquée, des prêtres qui ne veulent pas qu’on les cite et ne sont pas sûrs d’eux ! Ces prêtres qui craignent les représailles du diocèse !
Qu’est-ce ce monde de peureux devant des crimes ? Ils devraient plutôt avoir peur de la sentence de Dieu pour n’avoir pas dénoncé ces crimes plus horribles les uns que les autres !
Ils ne parlent pas d’une même et seule voix mais sont divisés , comment peut-on être en désaccord pour faire éclater la justice et la vérité ?
La CEF se demande encore si elle va se lancer dans une étude sur la pédophilie en France ! On croit rêver !

https://www.riposte-catholique.fr/perepiscopus/abus-sexuels-que-va-faire-lepiscopat-francais

Il n’y a que le très intègre et courageux père Vignon pour avoir entendu les victimes de ces actes odieux.
Il est au coeur du sujet et il a pu mettre en ligne la pétition pour la démission du cardinal Barbarin.

https://www.change.org/p/appel-d-un-prêtre-au-cardinal-barbarin-pour-qu-il-prenne-ses-responsabilités-et-donne-sa-démission-suite-à-l-appel-du-pape-françois-invitant-les-catholiques-à-réagir

Les dernières infos du procès Preynat

https://www.franceinter.fr/emissions/le-zoom-de-la-redaction/le-zoom-de-la-redaction-01-octobre-2018

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Hommage à Tara Fares 29 septembre 2018 22:03, par famvict

Ancienne miss Irak, et après avoir connue l’Europe, elle a eue le tort à 22 ans de vouloir vivre ‘’à l’occidentale’’, et surtout de le faire partager sur les réseaux sociaux irakiens, et en plus, en s’affichant au volant d’une voiture de sport .
Trop, c’est trop, pour une telle société patriarcale et aux fondamentalismes religieux exacerbés. Elle a été exécutée par 2 hommes en scooter alors qu’elle conduisait sa voiture, en compagnie de son petit ami.
http://www.purebreak.com/news/tara-fares-l-influenceuse-et-ex-miss-irak-assassinee-en-pleine-rue-les-twittos-s-indignent/161380
http://www.leparisien.fr/faits-divers/tara-fares-miss-irak-et-influenceuse-abattue-en-pleine-a-kaboul-28-09-2018-7905837.php

Ce n’est pas hors sujet. Nous sommes tous concernés.
Surtout au moment où un groupe de plusieurs organisations du renouveau charismatique d’inspirations nord américaines et canadiennes, radicales et fondamentalistes veut « sauver l’identité chrétienne de l’Europe » en organisant des ‘’retraites’’ pour femmes :
<< Cette retraite s’adresse à toute femme désireuse de trouver le vrai sens de sa vie. Les révolutions qui ont bouleversé la condition de la femme s’accompagnent de conséquences qui nécessitent aujourd’hui une nouvelle réflexion de fond sur l’identité féminine.
Toute femme est faite pour être fille , épouse et mère dans son corps et dans son âme.
En partant de la relation au Père, fondatrice de notre véritable personnalité, nous verrons comment la femme assoiffée d’amour, de fille peut devenir épouse et mère de l’humanité d’une maternité qui dépasse celle de la chair qui est constitutive de son être profond… >>

http://www.sacrecoeur-paray.org/agenda/retraite-pour-femmes-mai-2018-2/

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et comme disait le maréchal Mobutu himself : ’on était au bord du gouffre et on a fait un grand pas en avant...’ et plouf. mais l’église (institution) n’est-elle pas déjà au fond du trou ?

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Comment sortir de la crise ? L’Eglise au bord du gouffre 29 septembre 2018 11:32, par Stéphanois

Vous évoquez dans votre article la triste éviction du vicaire général de St-Etienne. Il faut connaître l’histoire. Le père M. aurait eu des "gestes inappropriés" avec une jeune femme entre son 17e et son 27e anniversaire ! D’après ce qui se sait sur place, il n’y aurait eu ni viol ni passage à l’acte. La victime, une A.L.P., n’a d’ailleurs pas déposé plainte. Accompagnée de sa mère et cornaquée par le même prêtre qui accuse Mgr Bataille d’avoir logé son agresseur sous le même toit que lui (une nuit ou deux, et l’évêque l’ignorait évidemment)la jeune femme est allée raconter sa "liaison" à Mgr B. Et le prêtre en question, qui a toujours bénéficié dans le diocèse d’un statut privilégié en raison de l’agression dont il avait été victime, a obligé l’évêque à porter l’affaire sur la place publique à grand renfort de trompettes médiatiques discréditant à jamais un prêtre ouvert et estimé de tous.
Question : si une relation ne vous convient pas, attendez-vous dix ans avant de rompre et de signaler le fait à l’autorité compétente ? A noter que c’est le vicaire général qui a cessé les envois de mails (fréquents) et les rencontres (peu fréquentes).
La majorité des catholiques foréziens voient dans cette triste affaire l’expression de la rancoeur d’une femme délaissée et celle d’un prêtre en conflit avec son évêque et qui lui reproche à tort, ainsi qu’à ses prédécesseurs, de ne pas l’avoir suffisamment paterné. C’est lamentable et en dit long sur le climat délétère qui règne dans le diocèse sous le nouvel épiscopat. On y prie non-stop, mais pour ce qui est de la miséricorde il y a du chemin à faire !

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à quand une enquete nationale en France sur l’eglise et la pédophilie des années 50 à nos jours ????

cOmme en Allemagne, il est souhaitable d’expurger ses prédateurs et faire du nettoyage dans ce milieu de prétres et Eveques aux mœurs dépravées !

quand aux victimes….quand on voit une Eglise soi disant porteuse de la compassion divine ….agir avec un tel mépris et une si offensante désinvolture face à ces victimes (au point de les ignorer dans de nombreux dioceses…)il n’est pas étonnant que de si nombreux fidèles quittent les bancs de cette institution et qu’elle ait perdu toute crédibilité dans l’ensemble de ses messages et sur quelque sujet que ce soit.!!

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Comment sortir de la crise ? L’Eglise au bord du gouffre 23 septembre 2018 17:55, par Laurent W

L’article du Nouvel Obs du 11 septembre 2018 révèle en effet l’attitude scandaleuse de trois évêques aux Armées (Mgr Dubost, Mgr Le Gal et Mgr Ravel) qui, de 1996 à 2016, ont admis sciemment dans leur diocèse un prêtre condamné au civil en 1996 pour agression sexuelle sur un mineur ! Ce prêtre, l’abbé Jacques Griffond, s’est même retrouvé promu par eux au rang d’aumônier général de l’armée de l’Air (c’est-à-dire patron de tous les aumôniers de l’armée de l’Air) ! Il a même été décoré de l’ordre national du Mérite en 2010. Absolument écoeurant !

Photo de l’abbé Jacques Griffond : https://zupimages.net/up/18/38/2zvj.png

Article de l’Obs : https://www.nouvelobs.com/societe/20180911.OBS2174/pedophilie-les-silences-coupables-de-l-archeveque-de-strasbourg.html

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L’Eglise au bord du gouffre... et maintenant les suicides 23 septembre 2018 03:38, par Dom Quichotte

Il y a eu Philippe Dockwiller au couvent de la Tourette. Il y a maintenant Jean-Baptiste Sebe à Rouen. Tous deux enseignaient dans les instituts catholiques, tous deux prêtres "parfaits", graines d’évêques, surchargés, brillants, admirés, nourris par leur succès et broyés par l’engrenage de celui-ci. Sur leur lieu de travail. Tous deux morts en raison des conséquences d’actes troubles, d’ordre sexuel ; morts non pas à cause de leur faute - vraie ou supposée - mais à cause de ceux - laïcs et supérieurs ecclésiastiques - qui les écrasent de travail et d’exigences, et ne sont là que pour protéger l’institution quand vient l’heure des dénonciations. Morts à cause du hiatus entre une certaine théologie, dont ils pensaient maîtriser les concepts, et la vie qui leur a échappé.
Alors on pleure. On verse des larmes de crocodiles. On fait des conférences de presse avec des airs de chattemite : rien ne laissait prévoir ! (... tu parles ! si vous n’avez rien vu venir en sachant qu’il "passait un moment difficile" vous êtes incompétents). On suggère, on murmure que les victimes ne devraient pas dénoncer leurs agresseurs trop vite.... On annonce des funérailles "en l’honneur" du défunt, et pourquoi pas en ornements blancs ? Et pourquoi pas une canonisation ? Et on oublie soudain les faits reconnus et les victimes mises au pilori à leur tour : ne serait-ce pas à cause d’elles que ce pauvre prêtre s’est suicidé ? Et bien NON : ce n’est pas A CAUSE de la dénonciation que ces prêtres sont morts. Comment soudain accuser les victimes ?
Ne serait-ce pas plutôt à cause du narcissime et du perfectionnisme dans lesquels la société civile, les laïcs, les "familles chrétiennes" et bien pensantes, emprisonnent l’image du prêtre et du religieux ?
C’est lorsque ces prêtres étaient vivants qu’il fallait les accompagner et les soutenir, les corriger et orienter leur idéal. On ne convoque pas un prêtre pour lui annoncer une dénonciation comme on convoque une cuisinière pour lui reprocher d’avoir raté un soufflé avant de la renvoyer à ses fourneaux. On ne retire pas ses charges et ses enseignements à un confrère engagé, sans l’accompagner heure par heure, et autrement qu’en publiant son nom au tableau d’affichage de toute sa province. Où est la différence entre couvrir pédophiles ou prêtres concubinaires pour éviter le scandale, et provoquer le scandale en poussant au suicide les plus fragiles - victimes du narcicisme clérical, tété au sein de leur institution, au point de se briser avec le miroir de leur réputation !?
Qui donc avait parlé de sépulchres blanchis ? Quand donc aura-t-on le courage de décevoir en expliquant que la perfection de l’Evangile n’a rien à voir avec le fait de ne pas avoir de tache sur sa soutane ? Quand donc en finira-t-on avec l’Ecole française de spiritualité ? Jacques Maritain posait la question il y a des décennies, à propos de la "spiritualité sacerdotale" Bérulienne, cautionnée par le haut clergé parce qu’elle hypostasie le prêtre, l’assimile au Christ de manière inhumaine (ou déshumanise le Christ), et fige les rapports clercs laïcs dans une relation d’autorité verticale et de perfection descendante. Il serait grand temps que le catéchisme des Scouts d’Europe fasse l’objet d’une sérieuse révision.
J’accuse l’Eglise catholique d’être responsable - par incurie, par lâcheté, par perfectionnisme, par bêtise et par cupidité - des suicides de l’abbé Sebe et de Philippe Dockwiller. Tous deux morts de la honte provoquée par les procès en sorcellerie dont ils se savaient menacés alors que l’autorité ecclésiastique couvre impunément des prêtres coupables de faits bien plus graves, sinon civilement du moins moralement, quand elle y trouve son avantage..
Aucun doctorat en théologie ne peut apprendre à "s’aimer humblement soi-même comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ". Pour survivre à nos limites il n’y a pas d’autre voie. Ni miséricorde "lave plus blanc" : la perfection n’est pas de ce monde, l’enjeu est d’accepter ses limites. Ni Miséricorde "cache-misère" : il faut rendre des comptes et assumer ses actes. Bernanos avai raison : c’est une grâce. Il se peut qu’elle ne puisse atteindre ceux qui en ont le plus besoin. Il se peut qu’on passe à côté. On ne parle plus que de sexualité. On ferait peut-être mieux de ne pas oublier de rester humains.

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Comment sortir de la crise ? L’Eglise au bord du gouffre 21 septembre 2018 23:58, par jean-luc Lecat

Pour sortir de la crise, lutter contre la racine du clericalisme : le sacerdoce ministeriel
Clericalisme et pouvoir
Il me semble que le cléricalisme dénoncé par François est lié au pouvoir (le "pouvoir sacré " dit Vatican II) que l’on a attribué à certains hommes (les clercs) au nom de l’Évangile. Et tant qu’on ne remettra pas en cause ce pouvoir, le cléricalisme demeurera.
La difficulté fondamentale est que ceux qui détiennent ce pouvoir (clerical) sont ceux qui devraient le dénoncer, alors que leur être comme leur existence sont construits dessus. Comment scier la branche sur laquelle on est assis ? (Le drame de François lui-même n’est-il pas que c’est au nom de son pouvoir qu’il dénonce ce pouvoir, ...ce qui est encore du cléricalisme).
En fait c’est vraiment le peuple des baptisés qui, seul, est en droit - et en obligation - de le dénoncer. Mais en a t-il réellement le pouvoir et comment ? ...puisque immédiatement les clercs (évêques, prêtres et diacres) en poste risquent de réagir et de crier au délit, à la désobéissance ou au sacrilège, à moins qu’ils ne parlent d’incompétence théologique ou de méconnaissance de l’histoire de l’Eglise...
Selon moi, on ne peut pas lutter contre le cléricalisme sans contester le sacerdoce ministériel, cette aptitude quasiment divine donnée à quelques hommes de pouvoir parler au nom de Dieu, agir au nom de Dieu, pardonner au nom de Dieu, consacrer au nom de Dieu, condamner au nom de Dieu !...
Nous sommes tous membres d’un peuple, à égalité de dignité et de responsabilité... Nous pouvons avoir des fonctions différentes mais nous n’avons pas des êtres différents (un être "prêtre" et un être "laïc " !) : nous sommes tous baptisés dans le même Esprit, et si sacerdoce il y a, il n’y en a qu’un : notre sacerdoce commun.
Or l’Eglise a créé un sacerdoce ministériel transmis par une ordination qui confère un caractère décrété ineffaçable, comme le baptême : " tu es prêtre pour l’éternité". Ceci est pour moi une erreur à la racine, radicale.
Qu’il y ait besoin de ministres, de gens - hommes et femmes bien sûr- , assumant des fonctions dans le peuple de Dieu, c’est évident, mais ce ne peuvent être que des fonctions temporaires de service, de fonctionnement, sans aucun pouvoir spécifique "sacramentel".
Ce pouvoir "sacramentel" donné à des hommes, et seulement à des hommes ! , pour traduire l’action de Dieu est, me semble-t-il, la racine même du cléricalisme : on en fait des êtres humains différents, revêtus de pouvoirs exceptionnels et réservés, et dès lors la dérive n’est pas loin pour que toutes leurs actions ( même non "sacramentelles" ) deviennent auréolées, inattaquables... Tant qu’on ne voudra pas le reconnaître on risque de n’apporter que des remèdes passagers et superficiels.
Bien sûr, j’en suis certain, bon nombre de prêtres n’ont jamais voulu profiter de ce statut pour dominer, ou abuser des chrétiens jeunes ou moins jeunes, pour gérer les finances qui leur étaient confiées ou pour briguer des postes de puissance ou de domination.
Il n’en reste pas moins que ce statut de prêtre, à part, allant même jusqu’à être configuré au Christ, avec tous les pouvoirs qui y sont attachés, crée un type de relation de dépendance, de soumission, de la part de ceux qui vivent dans l’environnement ou sous la coupe de ce pouvoir. Il suffit de voir comment, même dans des communautés apparemment "éclairées", le rôle de prêtre reste absolument central et déterminant. "Monsieur le curé a dit... monsieur le curé veut que... monsieur le curé ne pense pas que... qu’en pense monsieur le curé ?..."
Nous n’avons vraiment qu’une chose à faire, en ce temps de tempête pour l’Église, et comme nous y invite François, c’est de lutter de toutes nos forces contre le cléricalisme et pour une vraie responsabilité de tous les chrétiens. "Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme" (Lettre du pape François au peuple de Dieu" 20 août 2018)
Et permettez-moi de le redire en poussant la logique jusqu’au bout : lutter contre le clericalisme n’est-ce pas avoir l’audace et le courage de dire non à la source même du cléricalisme, le sacerdoce ministériel, quelles que soient toutes les raisons historiques ou théologiques que l’on puisse en donner ?
Un seul sacerdoce, celui de tout le peuple des baptisés. Rêve ou utopie créatrice ? C’est en tout cas ma conviction profonde et, pour moi, le seul vrai moyen d’échapper au clericalisme qui engendre tant d’abus, non seulement au niveau de la sexualité, qu’au niveau de l’argent et du pouvoir.
Et si cette intuition s’avérait juste, comment vivre une telle révolution théologique et culturelle sans tout détruire ?
Comment permettre à chacun, prêtre ou laïc d’aujourd’hui, de se reconstruire avec les autres, en Eglise, dans sa conscience de disciple du Christ appelé à être témoin de Bonne Nouvelle pour notre monde si chahuté et si nouveau ?
Cherchons et inventons ensemble ! ...À l’écoute de l’Esprit bien sûr !
Jean-Luc Lecat-Deschamps
29/08/18

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Comment sortir de la crise ? L’Eglise au bord du gouffre 20 septembre 2018 16:13, par Hélène

Bonjour
Pour les débordements presbyteraux, malheureusement je crains qu’ils n’aient de beaux jours devant eux.

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Comment sortir de la crise ? L’Eglise au bord du gouffre 20 septembre 2018 12:05, par Julie Gorbiane

L’article me semble exagérer grossièrement : qualifier par exemple de "bel et bien réelles ces 3.677 victimes de 1.670 clercs en Allemagne(2) de 1946 à 2014 (2014 !)", ne tient pas. La vérité est qu’on n’en sait rien (il n’y a eu ni enquêes ni procès, ni vérifications d’aucune sorte. Il serait plus exact de dire qu’il y a eu 1670 allégations d’abus sexuels sur 70 ans et j’ai pour ma part les plus grands doutes sur ce chiffre comme j’ai les plus grands doutes sur les "abus sexuels" dont on nous dit qu’Holywood et d’autres industries cinématographiques auraient été le théâtre habituel. Que des filles cherchant à se pousser dans leur carrière aient couché avec des réalisateurs qui ne demandaient que ça n’est pas douteux, mais ça n’en fait pas des abus sexuels. Certes elles n’auraient pas couché avec eux si elles n’avaient pas espéré en retirer un bénéfice, mais précisément, coucher pour obtenir un avantage, ce n’est pas un viol, c’est de la prostitution. Il faut appeler un chat un chat.
S’agissant de l’Eglise, M. Hoel a la main bien lourde. Il cite par exemple comme abus sexuel le cas du vicaire général du diocèse de Saint-Etienne était suspendu de ses fonctions par Mgr Bataille (de la Société Jean-Marie Vianney) pour « des relations inappropriées [et] des gestes déplacés »(6) sur une "mineure de 17 ans". On ne sait pas exactement de quoi on parle, mais le fait de tripoter une fille de 17 ans n’est tout simplement même pas une infraction si la fille est consentante (la majorité sexuelle est à 15 ans, rappelons-le, et parler d’une "mineure de 17 ans" dans le contexte d’une relation sexuelle est tout simplement un abus de langage consistant à confondre la majorité civile et la majorité sexuelle) : a-t-elle été forcée ? c’est ce qui n’est pas dit et qu’on ne sait pas. Certes je comprends la décision de l’évêque : si ce prêtre, qui était tenu par un voeu de célibat, l’a rompu, cela suffit à justifier qu’on le mettre à l’écart, même si la jeune fille était consentante, pour le reste j’attends ce qu’en dira la justice s’il y a des poursuites, ce qui n’est même pas dit (et ne semble d’ailleurs pas être le cas à l’heure où nous parlons).
Les temps ont changé et ces faits ont été pour l’essentiel commis à une époque post-soixtante-huitarde où ces faits étaient considérés comme absolument normaux. Un journal comme "Libération" faisait pratiquement l’apologie de la pédophilie au nom de la "liberté sexuelle des enfants". Un auteur comme Gabriel Matzneff avait chronique ouverte dans le monde alors qu’il se vantait de coucher avec des filles de moins de 15 ans. Roger Peyrefitte publiait dans ses volumes de "propos secrets" le récit de ses virées à la foire du trône où dans certains cinémas, souvent accompagné de Montherlant, où il "consommait" des gamins de 13 ans ou moins (quand la barbe commençait à leur pousser, ça ne l’intéressait plus). Tout cela tombait déjà sous le coup des tribunaux, mais tout le monde s’en fichait et il n’y avait pas de poursuites. Aujourd’hui on ne s’en fiche plus et on nous fait au contraire un foin terrible de ces histoires (en ciblant la seule Eglise, alors qu’on sait que ça se passait et que ça se passe partout, et d’abord dans les familles).
Entendons-nous : ces agissements sont criminels et doivent être traités comme tels. Mais le battage médiatique qu’on fait autour actuellement, est de la dernière mauvaise foi, et se fonde sur des dénonciations que ne sont que pour partie crédibles. Quant aux conclusions, elles ne tiennent pas la route. Dire que c’est le "cléricalisme" ou le célibat sacerdotal qui sont la cause de ces abus est une absurdité. Irait-on dire que la paternité est un état pathologique ou une institution à abolir au motif qu’il y a des incestes, des pères qui abusent de leurs enfants ?
Il faudrait garder un peu le sens du contexte et des proportions, ce que ne fait nullement cet article qui semble être animé uniquement d’une volonté de nuire. Je n’en fais pas de compliments à l’auteur.

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- Dans la rubrique: L’info du jour de GOLIAS
Gino Hoel
Parution : 1er février 2019
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