Parution : 19 octobre 2018
Intériorité

Nous venons à peine de terminer nos vacances d’été, que déjà on nous propose des destinations pour celles de Toussaint, voire celles de Noël. J’ai pensé alors à la belle formule d’Angelus Silesius, dans Le Pèlerin chérubinique : « Arrête-toi, où veux-tu encore aller ? Le ciel est à l’intérieur de toi. Si tu le cherches ailleurs, jamais tu ne le trouveras. » (I, 82)

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Je regrette beaucoup la fin de l’intériorité chez nos contemporains. Ils comblent leur vide intérieur par des voyages incessants. À eux s’applique le conseil de Sénèque à Lucilius : « Tu fuis avec toi-même. C’est d’esprit que tu dois changer, non de ciel (Tecum fugis. Animum mutare, non caelum) ». En fait le vrai ciel, le ciel spirituel, c’est en soi qu’on le trouve, par le recueillement immobile.
Je pense aussi à la demande du Notre Père concernant le Royaume ou le Règne : c’est à lui de venir en nous, et non à nous d’y aller. On lit plus loin : « Comme au ciel, ainsi sur la terre ». L’ordre des mots est très important : si le ciel ainsi mis en premier, c’est qu’il doit descendre en nous, et que notre vie dès maintenant peut être céleste. Mais quand on traduit chez nous par inversion des termes : « Sur la terre comme au ciel », on fait de la terre une simple antichambre du ciel, vers quoi on nous invite à aller. Bossuet comprenait : « Que ce qui se commence ici, s’achève là ! » Mais à quoi sert de se déplacer, si la destination est déjà présente ?
En vérité, le Royaume est « à l’intérieur de vous », comme le dit l’évangile de Luc (17/21), malgré toutes les traductions faussées qu’on fait de ce passage (« parmi vous », etc.), en faisant passer l’idéologie avant la philologie. Tant l’intériorité fait toujours peur, et tant on préfère l’attente des choses toujours différée à la possibilité de leur présence immédiate ! C’est bien lâcher la proie pour l’ombre.
Les agents de voyages ne comprendront pas grand-chose à ces considérations. Laissons-les à leurs mercantiles calculs. Et rassurons ceux qui attendent de l’extérieur ce qui jamais n’arrivera. Car que peut-il arriver qui ne naisse pas de nous-mêmes ?

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Intériorité 20 octobre 00:04, par Françoise

Bonsoir Michel

j’aime beaucoup cette thématique que vous proposez.
Et j’ai la joie de découvrir cette intériorité dans la peinture mais aussi le jardinage et la cuisine qui sont des occasions de méditation extraordinaires. J’y puise paix, harmonie, renouvellement. Autant que dans la prière quotidienne.
C’est vraiment à chaque fois un moment particulier où beaucoup nous est donné sur l’instant, à condition d’être attentif, ouvert, en totale disponibilité et réception sans vouloir retenir les choses ni les contrôler.

C’est ce lâcher prise qui va nous ouvrir à la beauté éphémère et offrir les plus beaux moments.
Ces instants sont précieux entre tous et rayonnent une énergie puissante, intense, très nourrissante et apaisante aussi.

J’en discutais avec une dame, mardi, à qui je donne des cours particuliers et qui elle, enseigne la médecine chinoise et le qiqong : elle me faisait part de sa joie d’avoir des activités récréatives qui lui permettent de se régénérer et continuent de développer son intériorité.
Elle mesure d’autant plus à quel point c’est important pour mieux enseigner ce qu’elle enseigne aux autres, et aussi garder un recul et une humilité.

C’est aussi une grande voyageuse mais ce n’est pas forcément dans les voyages qu’elle va cultiver l’intériorité mais dans des activités toutes simples et des rencontres, en herborisant, en se promenant dans la campagne.

Une autre dame me confiait que le tricot lui permet à la fois de rêver mais aussi de se ressourcer, comme si elle se reconstruisait.
Une autre encore retrouve sa vitalité en faisant de l’art textile et en se fabricant des bijoux fantaisie en pâte à sel.

Un homme me racontait ses randonnées à la recherche d’herbes sauvages, de champignons...Un autre me parlait de ses balades à bicyclette, si vivifiantes qu’il se sentait en rentrant chez lui, comme réinventé.

Alors rassurez-vous, ce n’est pas la fin de l’intériorité.
Vous avez encore énormément de personnes qui cultivent cette intériorité et la réactualisent aussi, par les activités qu’elles pratiquent, les relations qu’elles tissent.

Si dans le brouhaha du monde, beaucoup de choses semblent avoir disparu, il suffit de se pencher avec attention pour constater que ces nourritures intérieures sont encore régulièrement recherchées et appréciées.

Bises amicales

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