Parution : 16 novembre 2018
Les sacrifiés de Dieu

Parmi les témoignages de victimes d’abus commis par des prêtres, celui porté par Jean-Pierre Sautreau dans son livre(1) est précieux. Il met en lumière des pratiques ecclésiales pour satisfaire le besoin de prêtres et démontre surtout que les abus dans l’Eglise ont toujours existé. L’auteur de cet ouvrage délicat, magnifiquement bien écrit, narre l’expérience vécue au début des années 1960 dans l’ancien Petit Séminaire de Chavagnes-en-Paillers, en Vendée.

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L’auteur décrit le processus qui l’amène dans ce Petit Séminaire, comment un « monseigneur à la main leste » recrutait dans les familles les gamins de 10-11 ans afin de préparer le clergé de demain mais aussi satisfaire son penchant pour la chair de jeunes garçons. Avec une certaine mansuétude de la part de la hiérarchie. Pour arriver à bonnes fins, le prédateur faisait miroiter un avenir radieux aux jeunes pousses et à leurs parents, bien heureux à l’idée que leur enfant puisse s’élever socialement en servant l’Eglise et d’avoir « une bouche de moins à nourrir ». Violences sexuelles, violences physiques, violences verbales…

L’époque était assurément violente, l’enfant – et sa parole – sans poids dans le monde des adultes, ces derniers – surtout ceux qui n’avaient pu faire de longues études – s’en remettant avec la plus totale confiance à ceux qui avaient de l’instruction : maire, instituteur et bien sûr prêtre. En ce dernier, en Vendée notamment, la confiance était absolue, son jugement écouté. C’était l’époque où petits et grands séminaires constituaient la voie royale. Pourtant, à certains moments, on ne sait plus si, à Chavagnes, il s’agit d’un Petit séminaire ou d’une arrière-cuisine de l’enfer, où opèrent des démons habillés en curés. Ces gamins passent leur temps à prier en silence, soumis totalement à la cléricature sachante, « gourous » en soutane qui détiennent leur pouvoir de Dieu lui-même. « Du coup l’enfant se retrouve seul. Et quand il sera agressé comme moi et la plupart des abusés par son directeur de conscience, il sera perdu, incapable de comprendre et de peser l’acte et s’enfermera dans une solitude dépressive », note Jean-Pierre Sautreau qui ne sortira de ce carcan que des décennies plus tard, avec la publication d’Une croix sur l’enfance. Combien sont-ils dans son cas ? Combien en sont ressortis brisés à vie ? Combien ont survécu à ce déchaînement de mal ? Combien ont oublié ? Combien n’ont pas parlé ou ne parleront jamais ? De ce récit glaçant, on retient aussi que ces prédateurs ne furent jamais jugés, ils purent continuer de vivre sereinement, continuer de repérer des proies en paroisses pendant que les victimes tentaient de se reconstruire. En l’espèce, Jean-Pierre Sautreau ne fut pas cru, ni par la hiérarchie ni par ses proches. Cette solitude qu’il avait connue au petit Séminaire infernal de Chavagnes persistait au dehors ; comme le désert, l’enfer a-t-il une fin ? Cet ouvrage – témoignage bouleversant – est salutaire : pour les victimes en premier lieu, pour les chrétiens ensuite souvent ignorants de ces turpitudes, pour l’Eglise enfin qui doit affronter ce passé si elle veut se régénérer. Ainsi, il serait temps d’ouvrir les archives et de mettre en accusation ceux qui défigurèrent le visage du Christ, quand bien même ils sont désormais décédés ; pour les victimes et le Peuple, cette exigence de vérité est inévitable. Pour aller plus loin : http://golias-editions.fr/article5569.html

1. Jean-Pierre Sautreau, Une croix sur l’enfance, La Crèche, La Geste Editions, 2018.

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Les sacrifiés de Dieu 22 novembre 2018 20:15, par pierre

hier comme aujourd’hui, l’Eglise porte le mal et la perversité en son sein.
Son systeme (soi-disant divin….) portant une sacralisation à outrance,une hiérarchisation d’un pouvoir sans contradiction,des lois et dogmes issus de conciles qui n’etaient autres que des rapport de forces humains, (et une aversion pour l’être au féminin)…..entrainant l’hypocrisie, le mensonge et les mœurs dépravées de ses membres du clergé….. autant naguère qu’aujourd’hui !
Simplement avec la facilité et la multitude des moyens de communication,"tout est sur la table" et aux yeux de tous aujourd’hui !
Ce n’est que le début…...
la souillure si grave de la pédophilie de l’Eglise Catholique lui sera certainement fatale,...…..!
.
déjà depuis quelques années les fidèles ont desertés en nombre les clochers et les sacristies à cause d’un fondamentaliste et d’une inadaptation à la société d’aujourd’hui (position sur les divorcés-remariés, PMA…et autres évolutions de notre temps), vient désormais le temps plus grave de la perte de sa crédibilité qui sonne comme le début de la fin !
sa crédibilité entachée va etre la balle dans le pied d’une Eglise qui d’ici peu ne sera plus que l’ombre d’elle-même ! On la regrettera certainement pas !

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Les sacrifiés de Dieu 18 novembre 2018 16:36, par Sébastien

Jean-Pierre Sautreau fait oeuvre de salut public en écrivant son histoire. De ce que je comprends, ce livre ne parle pas seulement des violences criminelles d’une dizaines de prêtres dans un petit séminaire, il décrit une société paysanne où l’on se soumet au dictat du prêtre et de l’Eglise, où l’on sacrifie ses enfants à un système clérical bien rodé qui ne cherche qu’à se perpétuer, et dont l’intérêt prime sur toute autre considération. Je voudrais vraiment le lire mais cela me fait aussi un peu peur, à cause des nombreuses similitudes avec ma propre histoire traumatique pas cicatrisée.

Ce qui me semble très important, alors qu’une commission d’enquête vient d’être annoncée, c’est que l’on ne permette pas une fois de plus aux clercs et aux laïcs dans le déni de parler de pommes pourries, de cas isolés, etc. On a affaire ici (et ailleurs, je pense à Provolo) à une organisation criminelle mafieuse qui s’occupe bien peu de l’Evangile et ne cherche qu’à asseoir son pouvoir sur les consciences, les corps et les portefeuilles. Dans deux jours s’ouvrira le procès du Père Peyrard, violeur en série qui sera jugé pour une seule victime dont, grâce à Dieu, les faits ne sont pas prescrits. Une autre victime devenue prêtre, l’abbé Jean-Luc Souveton, déclare dans une interview à France 3 qu’il est crucial que l’institution soit présente à ce procès. Je suis à 100% d’accord avec lui mais il se fourre hélas le doigt dans l’oeil. Même dans le cas de Mgr Fort à Orléans, ce n’est pas l’institution qui est mise en cause, c’est juste un ancien évêque lâché par son successeur.

Cette "commission indépendante" saura-t-elle, voudra-t-elle, mettre le doigt sur cette mécanique mafieuse à l’oeuvre dans les diocèses mais aussi, et peut-être surtout, dans des communautés non diocésaines plus ou moins sectaires ? Ce qui me désole c’est que les instituts de droit pontifical, qui ne dépendent pas des diocèses et ne sont pas membres de la Corref, échapperont très probablement à la commission alors qu’une affaire vraisemblablement de grande ampleur a justement été révélée il y a quelques mois dans un de ces instituts (Sainte-Croix de Riaumont, à Liévin). Quant à la Fraternité Saint-Pie-X, ne rêvons pas, ils ne coopéreront jamais non plus avec cette commission : dans leur dernière "lettre à nos frères prêtres" (http://laportelatine.org/publications/bulletin/lettrefrerespretres/lettre79_1809.pdf) l’abbé de Jorna, supérieur pour la France, écrivait bien que ces "affaires morales" ne les intéressent pas vraiment, qu’ils s’occupent, eux, seulement de théologie et de doctrine (et de politique, accessoirement). Ils ne devraient donc pas se fatiguer à lire la deuxième édition du Livre Noir de la FSSPX, que l’AVREF a annoncé avant la fin de l’année. Mais Jean-Marc Sauvé non plus, ne devrait pas s’en préoccuper, je le crains.

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