Parution : 23 novembre 2018
Pour ne plus fermer les yeux devant les dérives sectaires dans l’Église : agissons ensemble !

« À partir du moment où la victime fait exploser sa prison,
la vie devient très difficile pour les prédateurs.
Ce qui est en train de se passer sous nos yeux doit se faire dans toute la société. »

« Suite à la lettre du Pape François au Peuple de Dieu que je reçois dans son entier, il me paraît évident que l’heure est venue de passer aux actes. »

Pierre Vignon, prêtre et Juge ecclésiastique

10 commentaires
En pied de l'article.

Déplorer les abus, c’est déjà en prendre conscience, mais agir, chacun et chacune à sa mesure, c’est encore mieux si l’on souhaite, à terme, les éradiquer. À cet égard, depuis que la loi du silence s’est fissurée sous l’impulsion de la société civile et des médias, force est de constater que l’Église catholique nous montre désormais une face bien moins évangélique. C’est peu dire, tant les abus commis de par le monde sont innombrables et de notoriété publique.

Parmi ces abus, je voudrais aborder, plus particulièrement, les abus de pouvoir sur les consciences qui trahissent de profondes dérives sectaires. La gravité et l’ampleur de celles-ci ont été révélées en 2013 au travers des médias français. Pour mémoire, le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier, avait alors répondu officiellement à une quarantaine de victimes d’abus sexuels et spirituels mettant alors en cause pas moins de quatorze communautés, mouvements d’église et congrégations religieuses(1) : Béatitudes, Famille monastique de Bethléem, Légion du Christ, Regnum Christi, Fraternité Eucharistein, Emmanuel et Fraternité de Jésus, Sœurs mariales d’Israël et de Saint Jean, Ancien collaborateur du père Labaky, Memores Domini (Communion et Libération), Communauté de Nazareth, Opus Dei, Points-Cœur, Communautés Saint-Jean, Fraternité diocésaine de Saint-Jean-de-Malte.

Dans un ouvrage paru en 2010 (le temps passe vite), Olivier Legendre(2) relevait déjà, de son côté, les propos audacieux d’un Cardinal : «  Quatre mouvements principaux ont fait l’objet d’accusations de dérives sectaires : les Focolari, le Chemin Néocatéchuménal, l’Opus Dei, les Légionnaires du Christ. Il est dangereux de couvrir ces accusations du manteau du silence, il serait préférable d’investiguer pour arriver à une conclusion claire. »

Abus et dérives sectaires : une pétition pour agir

Depuis l’invitation du pape François « au Peuple de Dieu », les langues commencent à se délier au sein même de l’Église pour dénoncer le cléricalisme et ses dérives.

Ainsi, dans sa lettre du 20 août 2018, le pape invite expressément chacun et chacune :« ...chaque baptisé (doit) se sentir engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin. [...] Il est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu. Plus encore, chaque fois que nous avons tenté de supplanter, de faire taire, d’ignorer, de réduire le peuple de Dieu à de petites élites, nous avons construit des communautés, des projets, des choix théologiques, des spiritualités et des structures sans racine, sans mémoire, sans visage, sans corps et, en définitive, sans vie. Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Église – si commune dans nombre de communautés dans lesquelles se sont vérifiés des abus sexuels, des abus de pouvoir et de conscience – comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui «  annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple. » Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme. »(3)

Dans un article fort instructif retraçant l’histoire du cléricalisme catholique, que je vous invite à lire attentivement, Jacques Musset résume parfaitement notre propos en ces termes : « Commençons d’abord par une brève définition du cléricalisme en général, car le cléricalisme n’est pas le monopole du catholicisme. Le mot désigne la manière autoritaire dont le clergé d’une religion convaincu de détenir la Vérité par mandat divin prétend imposer sa doctrine et sa loi aux fidèles de cette religion et même au-delà. On en trouve de nos jours une illustration hors christianisme en Iran où non seulement l’Islam est religion d’État, mais où le clergé chiite exerce un pouvoir tout puissant en matière de foi, de mœurs et de politique, les résistants risquant la prison voire la mort.

Le cléricalisme catholique, lui, se manifeste par la manière dont les responsables de l’Église (pape, évêques et prêtres) et par extension certains groupes catholiques traditionalistes, tendent à imposer autoritairement la doctrine et la morale catholique officielle à l’intérieur de l’Église et aussi dans la société civile. Ces autorités catholiques sont en effet persuadées que l’Église catholique est dépositaire de la Vérité divine dont les autres Églises et traditions religieuses ne possèdent que des fragments, et en conséquence elles se croient mandataires du Christ et de Dieu pour diriger l’Église, conserver et interpréter la révélation divine transmise par le Christ et inspirer la conduite des affaires publiques dans le sens des principes catholiques. Tel est ce qu’on peut appeler le cléricalisme catholique. »(4)

C’est dans le contexte prérappelé que souhaite s’inscrire la présente démarche. De quoi s’agit-il au juste ? Par le biais d’une pétition en ligne sur « Change.org »(5), il s’agit prioritairement de dénoncer les abus commis dans et par certaines communautés et mouvements d’église et, de manière plus spécifique, au sein de la Légion du Christ, de l’Opus Dei et des Focolari.

Ces abus avaient encore été épinglés dans un livre paru en 2017 : « De l’emprise à la liberté. »(6) La parole, une fois n’est pas coutume, y est donnée à des personnes ayant été victimes de dérives sectaires dans les communautés et mouvements précités. Il importait également que ces témoignages soient analysés et interprétés par une diversité d’experts, étant en l’espèce : Dominique Auzenet, Prêtre, Exorciste (France), Vitalina Floris, Soeur, Ermite (Belgique), Vincent Hanssens, Psychosociologue, Professeur émérite à l’Université catholique de Louvain, Jean-Marie Hennaux, S.J., Professeur à la Faculté de Théologie des Jésuites de Bruxelles, Pascal Hubert, Avocat au barreau de Bruxelles, Damiano Modena, Assistant personnel de feu le Cardinal Carlo Maria Martini (Italie), Renata Patti (Italie), Miguel Perlado, Psychanalyste (Espagne), Monique Tiberghien, Psychothérapeute (Belgique) et Pierre Vignon, Juge ecclésiastique (France). Louis-Léon Christians, Professeur à l’Université catholique de Louvain, a préfacé l’ouvrage collectif.

Pierre Vignon, coauteur du livre « De l’emprise à la liberté. » et auteur de la pétition appelant à la démission du cardinal Barbarin(7), est également l’un des signataires de la présente pétition.

Pour vous faire une idée plus précise des dérives dénoncées et des (cinq) objectifs que soutient la pétition, je vous invite à vous rendre sur mon blog « Deviens ce que tu es. » (PINDARE)(8) (avec mises à jour régulières). Si, vous aussi, vous êtes convaincus de la nécessité de passer aux actes, pour faire « changer les choses », venez signer la pétition sur « Change.org  »(9).

Au vu notamment du soutien qui lui sera réservé, d’autres actions pourraient suivre.

Pour toute suggestion, n’hésitez pas à m’écrire : hubert.pascal333@gmail.com

1. Yves Hamant, Xavier Léger, Aymeri Suarez-Pazos, Appel de Lourdes 2013 : nous avons été entendus !, http://www.lenversdudecor.org/Appel-de-Lourdes-2013-nous-avons-ete-entendus.html. Voy. également : Golias Hebdo, n° 312, 21 au 27 novembre 2013.
2. Olivier Legendre, Confessions d’un Cardinal, J.-C. Lattès, 2010, p. 266.
3. http://urlz.fr/7DmH
4. Jacques Musset, « Lutter contre le cléricalisme catholique », Protestants dans la ville, octobre 2018, http://urlz.fr/83dq
5. À l’adresse http://urlz.fr/81n9
6. Sous la direction de Vincent HANSSENS, « De l’emprise à la liberté. Dérives sectaires au sein de l’Église. Témoignages et réflexions », éditions Mols, 2017.
7. «  Appel d’un prêtre au cardinal Barbarin  », Change.org, http://urlz.fr/81mC
8. À l’adresse suivante : http://urlz.fr/83dk
9. http://urlz.fr/81n9

10 commentaires

Bonjour,
je me suis empressé de signer moi aussi cette pétition et je remercie Françoise de nous éclairer sur l’ampleur de cette catastrophe, notamment concernant l’Opus Dei, que j’avais tendance à minimiser jusque-là.
Mais je me pose une question. Lorsqu’on apprend dans les médias que l’intervention de l’Eglise ou du Vatican aurait été déterminante dans l’amélioration des relations entre tel ou tel Etat (je pense par exemple à la levée des sanctions contre Cuba opérées jusque là par les EU), serait-ce dû à un rôle joué par l’Opus Dei ou par un tout autre et plus noble canal diplomatique ?
A vous lire
Amitiés
Jean-Marc

repondre message

Hello Pascal !

Déjà signée depuis une quinzaine. C’est mon amie espagnole, Ana Azanza (blog Sin Miedo al Opus Dei) avec laquelle j’enquête sur l’Opus Dei depuis quelques années (nous coordonnons nos découvertes personnelles pour essayer de mieux comprendre les origines, les objectifs et les structures opusiennes), qui m’a passé la pétition qui remonte en fait à cet été. Nous avions été surprises toutes les deux de ne pas avoir été prévenues plus tôt, alors que ça fait un moment que nous luttons contre les dérives sectaires et faisons notre part...D’autant que sur l’Envers, j’interviens assez régulièrement, Ana aussi. Et que nous disons régulièrement Ana et moi à quel point il faut fédérer un maximum de personnes et pas que des victimes, pour lutter contre ces groupes dérivants sectaires et pourquoi ils ont pris autant de pouvoir et d’importance au sein du catholicisme romain et du Vatican. Beaucoup de choses ne sont pas dites je trouve :
l’utilisation de l’Opus Dei par le Vatican comme milice armée et rapprochée ou milice ambassadrice sur plusieurs pays (voir le documentaire de Anja Romfeld), comme dissimulateur de cadavres (voir le livre Péché Originel de Gianluigi Nuzzi), comme liquidateur (voir le livre Un crime sous Giscard de Jesus Ynfante), comme employé et conseiller bancaire (IOR), comme conseiller moral des papes (j’ai appris incidemment que tous les papes depuis JP2 étaient obligés de se confesser à un prêtre opusien), on voit que via Zenit, les Légionnaires ont aussi acquis beaucoup de pouvoir de communication au Vatican, certainement aussi pour ce qui concerne la formation des prêtres. On a également l’Emmanuel et les Béatitudes qui vampirisent de plus en plus de paroisses et de lieux d’apparitions mariales en s’associant avec des groupes idéologiques d’extrême droite et essayant de noyauter toutes les activités localement autour d’eux ou sous leur seul contrôle (La Ligue des droits de l’homme à Paray le Monial avait recueilli récemment un grand nombre de témoignages en ce sens).

Et on voit que tous ces mouvements dérivants sectaires se retrouvent régulièrement dans des opérations politiques avec l’extrême droite et qu’ils alimentent pays à pays tout un climat idéologique qui accompagne la montée du fascisme.

Et vous voyez qu’une partie des hauts-clercs via l’Institut Pour la Dignité Humaine et leur partenariat avec Steve Bannon, et dans lequel on trouve aussi les groupes dérivants sectaires, développent là aussi une espèce de coordination qui rassemble tous ceux et celles qui désirent un catholicisme fondamentaliste et dérivant sectaire pour conserver un système d’impunité totale où, bien évidemment, ni pédophilie, ni dérive ni opération meurtrière de quelque nature soient-elles ne seraient condamnées.

On comprend donc bien que toutes ces opérations ont pour but essentiel de conserver un système de gouvernance et d’emprise complètement abusive, criminelle, inique.
Ce que dénonçait déjà dans une certaine mesure Eugen Drewermann, non ? (hélas non cité dans les références alors qu’il est je trouve un des premiers qui ose appeler un chat un chat, bien avant le cardinal anonyme d’Olivier le Gendre).

Une fois qu’on a compris tout ça, il faut je crois qu’on puisse réfléchir tous ensemble à comment agir, et aussi dire les choses et que c’est inacceptable au regard de la foi qui nous porte, au regard de la dignité humaine dont certains hauts-clercs en font une définition si galvaudée et dérivante...

Pour avoir, avec Ana, Anja Romfeld, constaté l’aspect meurtrier et politique milicien de l’Opus Dei, je disais hier sur l’Envers du Décor à Pierre Vignon qu’il fallait, au-delà du problème pédophilie cléricale, aussi commencer à parler de l’utilisation dans les épiscopats de cette organisation dérivante sectaire comme chaperon de certains évêques, comme moyen de pression et d’intimidation aussi contre les plus récalcitrants, comme modérateur presse aussi (et on sait que depuis l’installation des reliques de Balaguer et Portillo en France chez les Assomptionniste à Notre-Dame de Longpont sur Orge, que la Croix prend régulièrement la défense de l’Opus Dei sur ses colonnes).
Ca devrait choquer tout le monde, mais curieusement, personne n’en parle.
Or si personne n’en parle, ça laisse un boulevard à l’organisation dérivante sectaire pour conquérir de nouveaux territoires. Et encore accentuer ses pressions et faire peser son couvercle sur l’ensemble du clergé et des croyants.
Il me semble que ce n’est plus possible de se taire.
Ana pourrait vous raconter à quel point l’Opus Dei pèse dans tous les rouages de la vie espagnole et depuis bien longtemps. Je n’ai pas envie qu’on vive ça en France et si on observe bien depuis les années 80, on nous a quelque part imposé l’Opus Dei à différents niveaux et clérical et politique, sans évidemment nous le dire à nous autres croyants. Vous savez qu’en Belgique, l’Opus Dei a fait du dégât même si l’échelle et le nombre de membres sont beaucoup plus faibles. Votre collègue Philippe Liénard s’en est fait l’écho dans un livre il y a un an environ.

https://www.btlv.fr/philippe-lienard-auteur-avocat%E2%80%89lopus-dei%E2%80%89-mythes-mysteres.html

Donc faudrait un peu comme je le disais hier à Pierre, qu’on la crache la Valda, histoire de déverrouiller la loi du silence et la violence qui pèse aussi bien sur le clergé dans son ensemble que sur les croyants, souvent maintenus dans l’ignorance des tractations, des influences et des manigances qui s’opèrent soit disant pour leur bien, mais qui provoquent concrètement plus de catastrophes et de souffrances et de blessures et de traumatismes que de bien.

Une coordination ne serait-ce qu’au plan européen me paraîtrait nécessaire. A voir tous ensemble, non ?

Au plaisir de vous lire.

repondre message

- Dans la rubrique: Libre Pensée
Pascal Hubert
Parution : 16 mars 2019
Parution : 3 mars 2019
Parution : 11 janvier 2019
Parution : 23 octobre 2018
| © Le site officiel de GOLIAS pour les informations d’actualité 2009-2019 | Fait avec : SPIP et Thélia plugin thelia |

| Courriel à la Rédaction | RSS RSS | Adresses Postale et bancaire | Mentions légales | à propos de Golias |

article jeune