Parution : 11 janvier 2019
Vaticom : la reprise en main du pape Francois

C’est donc sur de nouvelles bases que François veut démarrer 2019 : les démissions du porte-parole de la Salle du Saint-Siège et de son adjointe, Greg Burke et Paloma García Ovejero, le 31 décembre dernier, ont pris de court le microcosme romain qui ne s’attendait pas à pareille décision. Car le pape jésuite n’a pas cherché à les retenir ; mieux, personne n’a cru bon de prévenir le préfet du Dicastère pour la communication, Paolo Ruffini, mis devant le fait accompli quelques heures avant l’annonce officielle. Plus que jamais l’évêque de Rome, grand communicant devant l’Eternel, veut reprendre en main son image, surtout que 2019 s’annonce peu ou prou aussi explosif que 2018…

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En vérité la communication du Vatican a vécu maints soubresauts l’an dernier. En mars, Mgr Dario Edoardo Viganó, préfet du Dicastère de la communication, démissionnait après avoir caviardé une lettre du pape émérite (cf. Golias Hebdo n° 521). Ce personnage controversé, très autoritaire, avait réussi – sur la volonté de François – à récupérer un certain nombre de services jusqu’alors disséminés ; entre 2015 – date de création de ce nouveau Dicastère pour la communication – et 2018, au moment de son retrait, Mgr Viganó avait avalé le Conseil pontifical pour les communications sociales, la Salle de presse du Saint-Siège, la Librairie éditrice vaticane, le bureau internet du Vatican, Radio Vatican, le Centre de télévision du Vatican, le service photographique, la Typographie vaticane et L’Osservatore Romano (ouf !). Certes démis de sa charge, le pape argentin le maintenait comme assesseur dans le même dicastère afin de mener à bien la « fusion »(1) de L’Osservatore Romano (dépendant, comme la Salle de presse du Saint-Siège, de la Secrétairerie d’Etat) avec le Dicastère pour la communication. En effet, le processus d’intégration de L’Osservatore Romano dans ce dicastère venait d’être lancé au moment de sa démission. Moins de trois mois plus tard, François nommait Paolo Ruffini comme préfet de ce dicastère, premier laïc à exercer cette fonction à la Curie. Petit-neveu du très conservateur cardinal-archevêque de Palerme (1945-1967), Mgr Ruffini, journaliste réputé, Paolo Ruffini possède aussi un caractère plus accommodant que son prédécesseur et a réussi, enfin, à unifier les organes de communication du Saint-Siège. Première conséquence : le 18 décembre dernier, changement de directeur à la tête de L’Osservatore Romano et nomination d’un (premier) directeur éditorial du Dicastère pour la communication2. Le très ratzingerien Giovanni Maria Vian, responsable de l’organe de presse du Vatican depuis 2007, laissait sa place à Andrea Monda, proche de La Civiltà Cattolica, revue jésuite dirigée par le P. Spadaro, spin doctor du pape argentin. Et arrivait dans le dispositif, le même jour, le vaticaniste bergogliophile Andrea Tornielli, journaliste à La Stampa et responsable du site multilingue Vatican Insider. La promotion de ce dernier laissait clairement entendre que François voulait absolument s’assurer de la parole publique émanant de ses services, mettre en place une dream team. Surtout, la nomination de Tornielli vidait, d’une certaine manière, de sa substance la Salle de presse.

Vaticom : version 2.0

De fait, celle-ci – dans cette nouvelle configuration – n’avait plus la main sur la communication officielle du pape. Il faut signaler que Greg Burke et Paloma García Ovejero n’avaient aucun accès direct à François – à la différence de leurs prédécesseurs sous Jean Paul II et Benoît XVI et même le pape argentin : Joaquim Navarro-Valls de l’Opus Dei (1984-2006) et le père jésuite Lombardi (2006-2016) – et que leurs parcours respectifs ne concordaient plus vraiment avec les visées bergogliennes. Greg Burke, né il y a 59 ans dans le Missouri et membre de l’Opus Dei (lui aussi), fut journaliste entre autres dans la presse conservatrice : National Catholic Register et Fox, chaîne de télévision nord-américaine pro-Trump. Son adjointe madrilène de 43 ans, Paloma García Ovejero, première femme à occuper de telles fonctions à Rome, fit toute sa carrière à Cadena COPE, radio espagnole financée par la Conférence des évêques d’Espagne (CEE). Proche de la « Reine-Mère » de l’épiscopat espagnol, le cardinal-archevêque émérite de Madrid (1994-2014), Mgr Rouco Varela, cette membre du Chemin néo-catéchuménal3, comme Greg Burke, a préféré prendre les devants et démissionner le 31 décembre plutôt que d’être remerciée, sans doute avant le sommet des évêques sur les abus dans l’Eglise, par l’évêque de Rome. Celui-ci n’a pas oublié les crises émaillant cet annus horribilis qui pétrifièrent ses porte-parole, incapables d’allumer le moindre contrefeu. Du Chili aux attaques de l’ex-nonce aux Etats-Unis, Mgr Viganò (qui n’a rien à voir avec l’ex-préfet du Dicastère pour la communication), du scandale McCarrick (ex-cardinal-archevêque de Washington qui a rendu sa barrette rouge) aux révélations en cascades d’abus sexuels un peu partout sur la planète, Greg Burke et Paloma García Ovejero ont failli, aux yeux de François, dans leurs missions. Du reste, il avait demandé aux journalistes d’enquêter sur Mgr Viganò après le libelle demandant sa démission. Et qui écrivit un ouvrage, si ce n’est un rapport, sur l’ex-nonce, ses accointances avec les milieux ultra-conservateurs, ses contre-vérités ? Andrea Tornielli4 justement, qui trouve ici sa récompense en devenant le superviseur éditorial de tous les médias du Vatican !

Le 1er janvier, pour succéder aux deux démissionnaires, entrait en fonction Alessandro Gisotti, 44 ans, comme porte-parole intérimaire de la Salle du Saint-Siège. Journaliste à Radio Vatican depuis 2004, ce Romain bon connaisseur des réseaux sociaux a été formé par le Père Lombardi et est décrit comme un proche du préfet Ruffini. Après un intermède nord-américain, la parole pontificale redevient italienne et surtout digne de confiance. [Découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n° 558 : http://golias-editions.fr/article5577.html]

1. http://press.vatican.va/content/dam/salastampa/it/bollettino/documentazione-linkata/Lettera%20del%20Santo%20Padre.pdf

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Vaticom : la reprise en main du pape Francois 15 janvier 01:40, par Françoise

Merci pour l’explication du comment du pourquoi !
Reste à espérer que c’est pas lâcher un facho pour en reprendre un autre. L’OD filerait-elle un début de mauvais coton ? Il serait temps.
Cependant ne pas se réjouir trop vite dans la mesure où l’OD a toujours agi aux mieux de ses intérêts et qu’elle ne lâche jamais un poisson si elle pense qu’elle peut profiter d’un plus gros. Je viens d’avoir quelques échos espagnols plutôt inquiétants, relevant comme d’hab de magouilles judiciaires, politiques et financières (affaire Josefina Hurtado---voir le site en espagnol d’Opus Libros). Ah ça, le graissage de patte, le "ripolinage" et l’auto-promo, ils savent faire. Caliméro aussi apparemment si l’on en croit la grande scène que nous ont joué Barbarin et ses acolytes ces derniers jours. Ca reste du théâtre de boulevard, des fanfaronnades histoire de faire parler d’eux sans pour autant que rien de sérieux ne soit entrepris ni acté pour les contrer et les empêcher de nuire.
Même l’affaire actuelle les concernant aux US pourrait être une vaste opération de communication plus qu’un jugement pénal leur étant défavorable.

Rester zen et bien observer les comportements de ces prochains mois côté secte et Vatican. Ils seront sans doute révélateurs des stratégies engagées fin d’année dernière.

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