Parution : 18 janvier 2019
Barbarin en procès

La presse est unanime : ce procès devant la justice correctionnelle de Lyon fut « exemplaire », notamment grâce à la présidente Brigitte Vernay, « dure avec les forts et d’une profonde délicatesse avec les fragiles »4. Quatre jours durant (du 7 au 10 janvier), neuf victimes du P. Preynat purent exposer leurs griefs à l’endroit de six accusés : un cardinal, deux évêques, un prêtre et deux laïcs. Ils n’eurent pas beaucoup de difficultés à démontrer la conspiration du silence, certains accusés préférant se taire ou botter en touche en dépit des enjeux… que le cardinal Barbarin n’a visiblement pas vraiment compris.

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« Barbarin traîne ! Barbarin attend un an avant de faire quelque chose et, bon, ça déclenche tout parce que cette attente, ça dit : ‘‘L’Eglise n’en a rien à faire !’’ ou ‘‘l’Eglise ne prend pas les choses au sérieux !’’ En fait, c’est ça qui s’est passé. Ce n’est pas que Barbarin a couvert les choses. Alors, on peut dire qu’il a couvert dans le sens où il savait des choses sur Preynat et qu’il aurait dû prendre des mesures plus tôt (…). Ce qui nous encombre un peu l’horizon, d’ailleurs, parce que si Lyon avait mieux géré, on n’aurait pas eu d’affaire Preynat. »(1) Ces propos forts furent tenus aux journalistes de France 3 Auvergne – Rhône-Alpes par l’évêque eudiste du Puy, Mgr Crepy, par ailleurs président de la Cellule permanente de lutte contre la pédophilie au sein de la Conférence des évêques de France (CEF). C’était quelques jours avant la citation directe devant la 17e chambre correctionnelle de Lyon pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs du cardinal Barbarin(2) et pour omission de porter secours (cette seconde citation concerne également Régine Maire). Un procès hors-norme, celui de l’omerta, qui demeurera dans les annales judiciaires, bouleversant à plus d’un titre, tournant dans la crise des abus commis par des clercs. Procès des fidèles aussi : l’attitude de Pierre Durieux lors du procès, refusant de répondre aux questions, est complètement symptomatique de la posture de vassal conditionné que possèdent certains laïcs. N’oublions pas que les parents de deux victimes avaient manifesté leur soutien au P. Preynat malgré les aveux de leurs propres fils !

Au-delà des personnes jugées, c’était le fonctionnement de l’Eglise qui était assis au banc des accusés, c’étaient les façons de faire de la Curie romaine qui étaient pointées du doigt. Grand absent pourtant convoqué : le cardinal-préfet jésuite de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), Mgr Ladaria Ferrer, lequel – lorsqu’il était le secrétaire de cette même congrégation – avait conseillé à l’archevêque de Lyon de prendre « les mesures disciplinaires adéquates tout en évitant le scandale public » à l’endroit du P. Preynat. Le chien de garde de la doctrine bénéficia de l’immunité diplomatique d’autant que l’on s’empressa d’expliquer dans le même temps que le Code de droit canonique entend par scandale public « fournir à une autre personne l’occasion de pécher »(3) et non pas taire des faits répréhensibles à la justice… Tout est médiéval dans cette Eglise : le rapport à la hiérarchie, le droit, la diplomatie… Plus que jamais, cela permit de prendre totalement conscience que la déification de la personne du prêtre (reconnue par le Code de droit canonique qui recourt à un langage évocateur) est une perversion du service de l’Eglise. Ce procès, en outre, nous en apprit davantage sur les rapports évêques/Rome en matière d’abus, le primat des Gaules expliquant qu’il avait fait ce que Rome lui avait dit de faire et que, « mon autorité à moi, quand je ne sais plus quoi faire, c’est Rome. » Irresponsable et non-coupable.

Justice sera rendue le 7 mars prochain, après le sommet romain sur la crise des abus et la sortie sur les écrans de Grâce à Dieu réalisé par François Ozon sur l’affaire Preynat et la naissance de La Parole Libérée. Quelle que soit la décision prononcée, on ne pourra plus désormais traiter de ces faits avec légèreté dans l’Eglise ; mieux : ce procès donne des arguments à celles et ceux qui dans l’Eglise souhaitent des réformes. La crise des abus touche de fait tous les domaines : dogmatique, disciplinaire, canonique… Et donc le train de réformes est immense : on a tellement attendu, contre-réformé l’Eglise en introduisant des concepts cléricaux qui ont abouti à cette crise que la tâche semble insurmontable. Elle l’est, en effet, pour le clergé qui ne se voit pas abandonner sa place dans l’Eglise et ses pouvoirs ; elle l’est pour la Curie dont la responsabilité dans cette crise ne peut plus être minimisée. La centralité romaine ne peut plus être de mise et c’est bien cette vision viciée du Peuple de Dieu qui fait que nous en sommes aujourd’hui là. L’heure de vérité approche pour l’Eglise, laquelle ne pourra l’affronter qu’en innovant radicalement. Il en va de sa crédibilité. (Photo © Rolland Quadrini / KR Images Presse) Pour aller plus loin : http://golias-editions.fr/article5578.html

Notes : 1.https://www.youtube.com/watch?v=CauXsIBvBn4 (à partir de 2’05)
2. A ses côtés, comparaissaient Mgr Gardès, archevêque d’Auch et ex-archidiacre du Roannais (1994-2004) ; Mgr Brac de la Perrière, évêque de Nevers et ex-vicaire général du diocèse de Lyon ; le P. Grillon, vicaire épiscopal dans l’Ouest lyonnais ; Régine Maire, déléguée à l’écoute des victimes du diocèse de Lyon ; Pierre Durieux, ex-directeur de la communication du diocèse de Lyon.
3. https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/Affaire-Barbarin-Vatican-rappelle-limmunite-cardinal-Ladaria-2018-10-18-1200976950 (article payant)

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Barbarin en procès 21 janvier 20:36, par GOLIAS - modérateur

Monsieur Jacques HULOTTE, cela suffit de nous inonder de vos commentaires...

Nous n’en pouvons plus de lire vos commentaires où vous voulez toujours avoir raison.

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Barbarin en procès 19 janvier 13:48, par professeur Tournesol

L’article parle des "aveux" des victimes (fin du 1er §) ce qui est pour le moins maladroit.
Je consate que l’on parle beaucoup plus de mgr Barbarin que de B Preynat, certes le 1er est plus célèbre, mais la non dénonciation est elle plus grave que le crime ?
Autres questions : n’est ce pas d’abord aux victimes de porter plainte, plutôt qu’au supérieur de l’accusé ? A quoi aurait il servi que Barbarin signale à la Justice des faits prescrits ? N’y a-t-il pas prescription pour la non dénonciation, vu qu’il y en a bien pour le crime ?
Certes moralement on peut faire des reproches à mgr Barbarin, et surtout à ses prédecesseurs, mais laissons les tribunaux juger selon le Droit.

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Barbarin en procès 18 janvier 17:11, par Nathanaël

Je le dis sans attendre : j’espère, je souhaite que le cardinal Barbarin et les autres seront condamnés. Par la justice française car on n’a rien à faire de la justice du Vatican qui n’est qu’un faux semblant.
Pour moi, je l’ai déjà écrit ici je crois, quand un prêtre ou un ecclésiastique de haut rang est condamné pour pédophilie, il faut qu’il soit remis dans le statut du laïcat ipso facto et illico presto (sans pour autant le jeter à la rue, évidemment). Si un évêque ou un cardinal est condamné pour avoir couvert ou laisser traîner un affaire de pédophilie : même sanction. Et cela en plus des sanctions du jugement des tribunaux de la République.
Le problème est souligné dans l’article de Golias : "La
déification de la personne du prêtre est une perversion du service de l’Eglise". Le prêtre doit rester un "ancien" (sens étymologique du mot prêtre) et ne doit pas être un "sacerdote", l’homme du sacré, lequel sacré est un reste de paganisme. Jésus nous a libéré du sacré, non ?
Autre question : comment se fait-il que les medias ne parlent pas de problèmes de pédophilie chez les pasteurs protestants ? J’imagine que ça doit aussi arriver chez les protestants comme partout ailleurs, hélas ! Mais c’est un fait : la pédophilie du clergé reste cléricale-catholique. Pourquoi ? Je pense que le célibat obligatoire des prêtres y est pour beaucoup. Je pense que certains deviennent prêtres
- parce qu’ils sont homosexuels et sont donc sûrs de vivre dans un milieu essentiellement masculin (mais l’homosexualité n’a rien à voir avec le problème de la pédophilie)
- parce qu’ils manquent de maturité humaine et affective et ne peuvent affronter la relation avec une femme. Pour assouvir leurs pulsions sexuelles, ils se rabattent (si l’on peut parler ainsi) sur le facile : les enfants
- parce qu’ils sont pédophiles dans leur être profond : prêtres, ils sont sûrs de trouver facilement à se satisfaire. S’ils n’étaient pas devenus prêtres, ils seraient aussi passés à l’acte, fort probablement : tous les pédophiles ne sont pas prêtres !.
Si Barbarin s’en tire sans sanction, c’est très grave. Grave pour la crédibilité de l’Eglise catholique. Grave pour l’Evangile.
signé : Nathanaël, 73 ans, victime d’un prêtre à l’âge de 11 ans

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Barbarin en procès 18 janvier 14:58, par Jacques Hulotte

Juste quelques rappels de faits qui ne sont pas évoqués par l’article et qui sont pourtant importants pour resituer l’affaire dans son contexte :

1) les faits dont il est question ont été commis bien avant l’arrivée du cardinal Barbarin à la tête de l’archidiocèse de Lyon (et ils ne devaient pas être si évidents que ça puisque, comme le rappelle d’ailleurs l’article, les propres parents des victimes n’ont pas cru leurs enfants).

2) la procédure, largement médiatisée, contre le cardinal Barbarin a été diligentée non pas par le ministère public, qui estimait qu’il n’y avait pas lieu à poursuivre le cardinal, mais à l’initiative des intéressés qui ont utilisé la procédure dite de "citation directe". Le Parquet, comme on pouvait s’y attendre, n’a requis aucune condamnation contre le cardinal Barbarin.

Inutile d’en dire plus pour le moment. On aura le verdict en principe au début du mois de mars. Je comprends qu’en attendant et du point de vue M. Hoël, le cardinal (et pas que lui) est déjà condamné. Nous verrons bien ce qu’en dira la République.

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- Dans la rubrique: L’info du jour de GOLIAS
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